M. Marleix ne manque certes pas d'expérience : cet ex-responsable des élections de l'UMP était déjà en charge du fameux redécoupage dit Pasqua en 1986. Selon lui, les propositions qu'il a transmises à la commission chargée de les vérifier, ont été conçues « sans malice ». En tous cas elles ne l'ont pas été sans arrières-pensées. Selon une dépêche AFP du 23 avril, Jean-François Legaret, candidat UMP dans la circonscription, aurait déclaré que quel que soit le cas de figure, "la première circonscription de Mme Billard exploserait. Dans son contour actuel, elle est irrécupérable pour la droite".

Si la circonscription explose, ce n'est pas ainsi ni par manque de cohérence territoriale, ni par nombre d’habitants insuffisant, mais parce que l'UMP désespère de la gagner. Selon les échos que nous obtenons difficilement, le 4e arrondissement serait collé en un étrange V à des quartiers du 11e (extraits de la circonscription de Patrick Bloche, PS), tandis que le 1er et le 2e rejoindraient le 9e et un morceau du 8e, garantissant une circonscription bien à droite pour Pierre Lellouche (UMP). Pour finir le 3e serait adjoint au 10e arrondissement. Or, il est possible de maintenir la 1ère circonscription en lui adjoignant si nécessaire un ou deux quartiers du Sud du 9e arrondissement pour être dans la moyenne du nombre d'habitants des futures circonscriptions.

Cela permettrait de ne pas remettre en cause des années de travail avec les réseaux associatifs, syndicaux et les collectifs d'habitants et de garder un minimum de lisibilité pour les habitant-e-s des quatre arrondissements du Centre. Il est déjà tellement difficile, à Paris, de s'y retrouver entre mairie d'arrondissement, Hôtel de Ville, département de Paris, préfecture de police et préfecture de Paris, qu'avoir un seul interlocuteur à l'Assemblée nationale n'est pas un luxe ! D'autant que les problèmes du Centre sont souvent commun aux quatre arrondissements ou concernent des zones à cheval sur plusieurs d'entre eux.

Mais le charcutage parisien ne s'arrête pas là. La circonscription d'Yves Cochet, autre député Vert (14e arrondissement), serait redécoupée de façon à basculer à droite, tout comme celle d'Annick Lepetit, à cheval sur le 17e et le 18e arrondissement.

Le redécoupage aurait dû supprimer en premier les circonscriptions trop petites. Mais cela concernait trois circonscriptions de droite. Insupportable pour l'UMP ! Ce sont donc trois circonscriptions de gauche qui vont disparaître. Et une fois de plus les circonscriptions les plus peuplées seront celles qui enverront des députés de gauche. Il semblerait même qu'une nouvelle circonscription créée dans l'Ouest de Paris ne compterait pas plus d'habitant-e-s que l'actuelle 1ère circonscription ! Or, le Conseil constitutionnel a fixé comme seule référence le nombre d'habitant-e-s et non le nombre d'inscrit-e-s sur les listes électorales, critère derrière lequel se réfugie M. Marleix pour justifier ses choix.

Le paradoxe consiste aussi, à un moment où il est beaucoup question d'absentéisme des députés, de supprimer sans raison une circonscription ayant une députée reconnue comme assidue dans les débats de l'Assemblée nationale.

Malheur aux écologistes et aux femmes dans ce redécoupage : que ce soit à Paris ou en province, ce sont les deux catégories qui vont payer le plus lourd tribu à ce nouveau tripatouillage.

Il s'agit donc bien d'une volonté politique de favoriser l'UMP. Il semblerait de plus que le gouvernement souhaite que tout soit bouclé pendant l'été, y compris l'accord du Conseil constitutionnel, "afin de ne pas maintenir les députés dans l'anxiété", dixit M. Marleix. Je me passerais bien d'une telle attention !