Adieu donc ce voyage qui devait aussi m'emmener en Uruguay et au Paraguay. Décidément je n'arriverai jamais à aller dans ce dernier pays. La dernière fois, c'était en 1986, j'habitais à Buenos Aires et j'étais invitée dans une communauté. Mais je n'ai pas pu obtenir de visa car j'étais ressortissante d'un pays socialiste ! Sur le coup je n'arrivais pas à comprendre, je répétais mais non je suis française. Mais pour la dictature de Stroessner, Mitterrand, président de la République, nous ravalait au même niveau que les pays de l'Est.

Donc pas de forum, pas de grand meeting jeudi. Et tout le travail de préparation effectué par les camarades de la commission internationale et la commission écologie du Parti de Gauche, inutilisable momentanément. Quelle frustration, quelle déception !

J'ai été sidérée par certaines interviews de voyageurs bloqués retransmises au journal télévisé. J'avais l'impression d'enfants gâtés en train de trépigner parce qu'on leur avait confisqué leur jouet. Et encore cette fois-ci, nous avons échappé à l'expression consacrée : difficile en effet d'accuser un volcan de vous "prendre en otage" ! Mais il n'a pas fallu attendre beaucoup de jours pour voir réapparaître l'expression de "naufragés". Quels sont les réels dommages ? Contrarier les départs ou retours de vacances principalement. Seulement voilà, nous sommes dans une société où le "bougisme" est érigé au rang de philosophie de vie et où le moindre contre temps est devenu insupportable. Les seuls heureux en ce moment, sont les riverains des divers aéroports fermés qui peuvent enfin goûter un peu de tranquillité.

Cette éruption démontre donc la fragilité de nos sociétés et l'échec de la toute puissance de la technologie face à des événements naturels imprévisibles. Si cela pouvait nous redonner un peu plus d'humilité devant la nature ! Parce que finalement ce que nous vivons ces jours-ci n'est que l'avant-goût de ce qui va se passer avec la fin du pétrole : fini les voyages à tout bout de champ et uniquement pour le plaisir. La société du futur sera une société de moindre déplacement ou en tous cas de déplacement plus court ou moins rapide. Il va nous falloir réapprendre à vivre autrement. Mais le plus prévisible, est qu'une fois passée cette éruption tout le monde s'empresse d'oublier jusqu'au prochain problème. Déjà des voix s'élèvent pour critiquer le principe de précaution et le coût financier que cela représente. Que n'aurait-on dit si les vols avaient continué et qu'un avion était tombé entraînant de nombreux morts, pour cause de nuage de cendres volcaniques ? Il vaut parfois mieux prévenir que de pleurer les conséquences de notre sentiment de toute puissance doublé du prima de l'économie sur l'humain.