Prenant prétexte d'événements dramatiques survenues à Saint Aignan, les expulsions brutales de familles Roms de leurs lieux de vie se multiplient partout en France, dernièrement à Saint Denis ou encore à Dunkerque, à Saint Étienne et à Montpellier. Le Gouvernement met en place une politique discriminatoire :

Procédant par amalgame, il stigmatise les Gens du voyage et les Roms. Alors que le Gens du voyage sont des Français qui ont la particularité de vivre en caravane et d'être itinérants toute ou partie de l'année, les 15 000 Roms présents en France sont essentiellement venus de Roumanie et de Bulgarie. Citoyens européens, ils bénéficient de la liberté de circulation au sein de la communauté européenne.

Le Gouvernement oublie ses responsabilités :

En 2007, lors de l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie au sein de l'Union européenne, le Gouvernement français a imposé des mesures transitoires qui excluent les ressortissants de ces deux pays du marché de l'emploi et du droit aux prestations sociales.

Le Gouvernement néglige complètement les droits sociaux en vigueur, et en particulier le droit à l'hébergement social et au logement.

En effet, les articles L 345-1 et suivants du Code de l'Action sociale et des familles (CASF) confirment le droit d'accès à l'hébergement pour toutes les personnes en difficulté ou en détresse sans aucune restriction afférente aux conditions de séjour sur le territoire. Les textes rappellent que l'État est chargé de la mise en œuvre de ces dispositions.

Depuis leur arrivée sur le territoire, les populations Roms ont été exclues de ce droit. Lors des récentes expulsions, les représentants de l'État dans les départements ont ignoré ces dispositions affirmées en particulier par la loi du 29 mars 2009, relative à la mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion.

De plus, l'État n'a pris aucune disposition contraignante à l'encontre des communes qui devaient réaliser les aires d'accueil prévues par la loi du 5 juillet 2000, relative à l'accueil et l'habitat des Gens du voyage, et respecter l'obligation légale de construction de 20% de logements sociaux sur leur territoire. Cette politique n'est malheureusement pas unique en Europe.

Un document d'Amnesty International (Avril 2010) révèle les pratiques intolérables d'un grand nombre d'États européens. La Bulgarie, la Grèce, l'Italie, la Roumanie et la Serbie notamment procèdent à des expulsions en violation de leurs obligations au regard du droit international, privent les communautés Roms d'accès au logement ou les relèguent dans des quartiers isolés. Inspirée par les théories xénophobes les plus viles, et tolérée par les instances européennes, la ségrégation des Roms se perpétue inexorablement.

Nous exigeons l'abandon immédiat de ces pratiques barbares et la mise en œuvre d'une politique cohérente, respectueuse des droits sociaux et de la dignité humaine conformément aux recommandations du CNCDH (2008), de la Halde (2009), Ecri /Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe 2010. La réponse au niveau européen concernant l'exclusion des droits fondamentaux dont les Roms sont victimes dans leur pays d'origine (travail, culture, santé, logement, services, droits sociaux) doit s'accompagner en France par l'abrogation des mesures transitoires pour ces citoyens européens, en leur permettant un libre accès à l'emploi, et au droit à un habitat digne pour tous par la construction massive de logements accessibles. Déjà victime de discriminations dans leur pays d'origine, Sarkozy préfère en faire les boucs émissaires d'une politique sécuritaire inefficace.