La question de ce que nous mangeons n'est pas si triviale qu'elle peut paraître au premier abord. Révélatrice de la culture dans laquelle nous nous inscrivons, notre nourriture en dit long sur notre modèle de société.

  • Quel rapport au temps ?

Ralentir la société, c'est au cœur de la démarche écologiste. Libérer du temps par rapport au travail contraint, à l'aliénation consumériste, à la société du spectacle, pour créer du lien, de la richesse sociale non quantifiée par les indicateurs économiques mais bien plus réelle que la monnaie de singe des spéculateurs... Le pied de nez du mouvement slow-food face à l'empire du "fast food" a toute sa place dans une vision écologiste du monde. Le temps du repas est synonyme, dans nombre de sociétés, de temps de convivialité. C'est d'ailleurs sous ce prétexte que se fonde la propagande de la restauration rapide en direction du public jeune, en prétendant lui offrir un lieu où se retrouver - mais de quelle qualité, à quel prix et imprégné de quelles valeurs ?

  • Le rapport aux consommateurs, notamment aux jeunes

L'argument du prix est souvent avancé. En fait, les tarifs sont élevés, et le rapport qualité-prix très bas. Quand bien même l'argument du prix tiendrait, est-ce parce que telle ou telle catégorie de la population dispose de peu d'argent qu'elle ne devrait pas accéder à de la qualité, de la diversité, du goût - et pas en arôme artificiel !

  • Uniformisation ou diversité ?

Critiquer l'uniformisation culinaire à l'échelle planétaire ne revient pas à critiquer la diffusion et le métissage des cuisines du monde. C'est tout le contraire ! Ce que proposent les chaînes de restauration rapide, ce n'est pas de la cuisine typique des États-Unis d'Amérique, avec spécialité hamburger pour les unes, poulet pour les autres ou encore tex-mex... Ce sont des dérivés bas de gamme, sans grand rapport avec les originaux (d'autant plus difficiles à trouver !), une cuisine internationale uniformément répandue à travers la planète. Le Mac Do est à la cuisine américaine ce que le globish est à l'anglais, version britannique ou version américaine. Vous pouvez faire le tour du monde sans rien connaître des cuisines locales en fréquentant uniquement ces chaînes et de temps à autres les hôtels internationaux.

  • Les conditions de travail, les salaires, la place des syndicats

Quand on dit qu'il vaut mieux ne pas voir ce qui se passe en cuisine de tel ou tel établissement, c'est souvent par allusion à des problèmes d'hygiène. Pour moi, cela renvoie aussi aux questions sociales. Aujourd'hui, des progrès ont été réalisés par Mac Do, et d'autres chaînes exploitent plus durement leurs salarié-e-s. Mais cette évolution n'a rien de spontané, ni de philanthropique ! Comme partout dans le monde du travail, ce sont les luttes qui ont permis de poser quelques garde-fou, et qui permettent de les maintenir. Le remarquable travail syndical de quelques jeunes salarié-e-s, bravant la répression, est à l'origine de ces avancées et le compte n'y est pas encore, loin s'en faut. Dans le centre de Paris, nous sommes bien placés pour suivre la question de près !

  • Les questions de santé publique

Introduire des salades dans la carte est une chose, bannir les excès de graisses, de sucre et de sel des plats les plus consommés en est une autre. Cette question croise le problème du public visé et de sa caractérisation sociale. La santé des adolescents, sur le long terme, requière particulièrement une alimentation équilibrée. Qui plus est, c'est au moment où se prennent les habitudes alimentaires qui vont structurer leur vie que les jeunes ont besoin d'une éducation dans ce domaine. Enfin, les différences d'espérance de vie selon les classes sociales recoupent aussi les différences d'alimentation. Plusieurs facteurs jouent, à commencer par les revenus, mais nous ne pouvons négliger le caractère aliénant de certains modes de consommation, y compris dans le domaine alimentaire. Plutôt que de faire payer aux malades une part toujours plus grande de leurs dépenses de santé, développons une vraie prévention des risques par une vraie politique de santé environnementale, avec la part de normes nécessaires, et les moyens concrets de les faire respecter.

  • Les rapports Nord-Sud

Mac Do France a retenu du démontage de son établissement de Millau par la Confédération paysanne la nécessité de se fournir sur le marché français. Pour autant, le lien n'est pas rompu avec la maison mère, qui pousse la paysannerie des pays du Sud à l'exportation, participant au pillage des ressources locales, au détriment des populations concernées, et avec un bilan environnemental catastrophique.

Quelles que soient les qualités et les limites des textes soumis à pétition dans le 2e et le 4e, je soutiens ces initiatives et vous invite à leur apporter votre signature.