La laïcité, c'est la liberté de conscience, ce qui va bien au-delà de la liberté de vivre sa foi (éventuelle). C'est surtout la séparation de l'État et des églises, le fait que l'État ne reconnaît aucune religion et ne salarie aucun représentant des cultes. Ce qui n'est hélas pas le cas en Alsace-Moselle, où il est insupportable qu'encore de nos jours, et dans un État qui se réclame de la laïcité, les parents qui ne souhaitent pas que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux à l'école soient obligés de faire une démarche pour le demander.

La laïcité, c'est le fait que l'État ne s'occupe pas de l'organisation des religions. Mais inversement les religions n'ont pas à vouloir organiser la société. Les croyances religieuses relèvent de la sphère privée et n'ont pas à chercher à empiéter dans la sphère publique.

Concrètement aujourd'hui, cela signifie donc que l'État n'a pas à se mêler de l'organisation de quelque religion que ce soit, pas plus de la religion musulmane que des autres. Et s'il ne doit pas financer la construction de lieux de cultes, il n'a pas non plus à s'y opposer, ni à multiplier les empêchements à partir du moment où les règles d'urbanisme en vigueur sont respectées. Il a juste à garantir la liberté de culte dans le respect des lois de la République, ce qui veut dire le droit de ne pratiquer aucune religion, d'en changer et de ne pas respecter les prescriptions de l'une ou de l'autre.

Cela veut dire aussi le refus que les prescriptions religieuses quelles qu'elles soient s'imposent dans la sphère publique : ainsi, il n'est pas admissible que l'une ou l'autre des religions exige des lieux de culte sur les lieux de travail ou d'enseignement, exige la séparation femmes-hommes à l'école, dans les lieux de pratique du sport ou ailleurs, exige des repas répondant à des prescriptions religieuses dans les cantines scolaires ou d'entreprises, etc.

La laïcité, c'est la défense des droits de tous les citoyens contre l'imposition de règles religieuses, c'est la défense des droits et des libertés de chacun dans le respect des règles de la République.

La laïcité s'applique à toutes les religions. Il n'est pas question que cela serve d'arme de guerre contre une seule. Or aujourd'hui Sarkozy cherche à l'utiliser contre l'islam en dressant les Français les uns contre les autres en fonction de leur religion. C'est sinistre. N'oubliez pas les pays où la religion est inscrite sur les papiers d'identité avec toutes les dérives que cela entraîne, allant jusqu'aux pogroms contre les uns ou les autres.

Pour des raisons bassement électorales, il cherche à opposer musulmans et non musulmans, osant revendiquer des racines chrétiennes millénaires pour la France. C'est ignorer tout ce que notre pays a emprunté à d'autres courants de pensée, antérieurs au christianisme ou existant simultanément ; c'est ignorer que croyance et incroyance ont coexisté de longue date, avec des rapports de force qui n'ont cessé d'évoluer. Mais même en faisant abstraction de ces réalités historiques, les "racines chrétiennes" évoquées par Sarkozy seraient au mieux des racines catholiques. Et il fait mine d'oublier tout simplement la Saint Barthélémy, les massacres contre les Albigeois, contre les cathares, l'Inquisition, les persécutions contre les juifs, celles contre le Chevalier de la Barre et tant d'autres...

Si c'est ce genre d'histoire dont il se réclame, je lui laisse sans problème. Moi je me réclame des Lumières et de la République. Celle qui ne fait pas de différence entre les Français. Celle qui a su tout au long de son histoire accueillir celles et ceux qui fuyaient les persécutions et se tournaient vers la patrie des droits de l'Homme.

Parce que les enjeux sont essentiels pour notre République, le Parti de Gauche prépare une grande proposition de loi sur la laïcité, qui sera finalisée et déposée d'ici l'été. Un atelier s'est tenu à ce sujet le 5 février et nous avions eu un débat très intéressant à ce sujet fin août. Vous pourrez retrouver l'ensemble de ces éléments sur le site du PG.

Question de Hervé de Charrette :

Laïcité

M. le président. La parole est à M. Hervé de Charette, pour le groupe Nouveau Centre. (Applaudissements sur les bancs du groupe NC.)

M. Hervé de Charette. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.

Depuis quelques semaines, on nous annonce avec insistance, dans les cercles du pouvoir, l’ouverture d’un débat public sur la place de l’islam en France.

Cette annonce suscite controverses, inquiétudes et interrogations. D’abord, il est bien étrange que, dans le pays de la laïcité, les responsables politiques organisent un débat sur la pratique d’une religion, fût-ce la religion musulmane. (« Très bien ! » et applaudissements sur certains bancs du groupe SRC.)

Que dirait-on si les instances politiques se mêlaient d’organiser un débat public sur la place de la religion catholique ou de la religion protestante ou de la religion juive en France ? (« Très bien ! » et applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Ne peut-on laisser les musulmans de France pratiquer leur religion en paix, au nom de la loi de 1905 sur la laïcité, qui fait de la religion une affaire privée et non publique ? (Mêmes mouvements.)

Que reprochent aux musulmans les organisateurs de ce débat malsain, si ce n’est d’être musulmans ? Qu’ont-ils fait qui contrevienne aux principes de la laïcité ?

Tout fait craindre que ce débat ne conduise à stigmatiser les musulmans de France, à les montrer du doigt. (Murmures sur les bancs du groupe UMP.) Tout montre les dangers d’un débat dont on redoute qu’il conduise, non pas à comprendre mais à inquiéter, non pas à rassembler mais à opposer les Français entre eux.

On entend même dire que, dans la perspective de l’élection présidentielle à venir, il faudrait opposer la droite et la gauche sur cette question de la place de l’islam en France. Faut-il donc prendre en otage les musulmans de France pour je ne sais quel obscur calcul politicien ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Enfin, est-il bien venu de lancer ce débat au moment où le monde arabe s’est mis en mouvement, dans un élan historique vers la liberté et la démocratie ? Est-il bien venu que la France s’isole dans une attitude renfrognée, quand il faudrait qu’elle se tourne vers ces peuples en mouvement pour leur tendre la main ? Ne vaudrait-il pas mieux tout simplement abandonner l’idée de ce débat ? (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes NC, SRC et GDR.)