Lorsqu'on interroge nos concitoyens sur leurs demandes immédiates, les réponses sont à 76 %, l'augmentation des salaires et pour l'immense majorité, un plafonnement des hauts salaires, le durcissement de la législation sur les licenciements et la limitation des dividendes versés. Rien à voir avec le programme du FN.

Beaucoup ont cru en 2007 qu'ils allaient réellement gagner plus avec le slogan de Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus ». Le résultat est là : certains travaillent plus sans gagner plus, beaucoup d'autres sont au chômage et les charges incompressibles diverses explosent : logement, énergie, transport, santé... Ainsi ce matin on apprend qu'EDF voudrait encore augmenter ses tarifs pour arriver à une hausse de 30 % en 5 ans. L'INSEE a beau nous expliquer que le coût de la vie n'augmente pas, le décalage est tel entre les chiffres officiels et la réalité vécue qu'une impression de mensonge généralisé a tendance à s'installer. Comme en même temps, les banques affichent des profits toujours plus hauts alors qu'il y a peu elles pleuraient pour obtenir des aides des États, que l'an dernier 10 milliards d'euros ont été distribués en bonus, l'étalage de la richesse d'un tout petit nombre devient insupportable.

En face, à gauche, les réponses, il faut bien le dire, ne sont pas à la hauteur. La majorité des électeurs interrogés disent clairement qu'ils ne croient pas que le PS mènerait une politique économique différente.

Dans ces conditions, quelle est l'alternative ? Le Front de Gauche essaie vaillamment d'en construire une. Il part de l'idée qu'il faut rompre avec le discours que c'est la crise, que rien n'est possible, qu'il faut se résigner. Les discours de résignation font le lit de l'abstention et du vote FN. Le déficit du budget de l'État n'est pas dû à l'augmentation des dépenses mais à la baisse des recettes. Ainsi la part des recettes de l'État dans le PIB a baissé de 7,4 points en 27 ans (22,5 % en 1982, 15,1 en 2009), les exonérations fiscales et sociales (500 niches fiscales ! et 118 niches sociales) représentent 173 milliards pour 140 milliards de déficit (chiffres de la Cour des Comptes), les dividendes distribués (donc après investissements) ont atteint 40 milliards l'an dernier.

À quoi a servi tout cet argent détourné des finances publiques ? À la bulle immobilière, à la spéculation et au gaspillage nocif pour la planète.

Les quelques réductions d'exonérations fiscales introduites dans le budget 2011 ont porté sur les politiques bonnes pour l'environnement (aides à la conversion à l'agriculture biologique, photovoltaïque, éolien, aides à l'isolation des logements et au changement de mode de chauffage) montrant ainsi que la déclaration « l'environnement, ça commence à bien faire » de Nicolas Sarkozy avait une application immédiate.

Alors oui, il est possible de mener d'autres politiques pour des investissements utiles socialement, notamment pour l'emploi, et supportables écologiquement, pour la santé, le logement, la recherche, la culture…

L'argent il y en a en France. Il suffit de le répartir autrement

  • par une réforme fiscale qui rétablisse plus de justice fiscale en taxant notamment le capital comme le travail, les grosses entreprises plus que les petites, en en terminant avec bon nombre d'exonérations fiscales et sociales qui ne sont d'aucune utilité si ce n'est de toujours favoriser les mêmes qui n'en ont pas besoin, en fixant un revenu maximum (360 000 euros par an) au dessus duquel l'impôt est à 100 % ;
  • par la fixation d'un salaire maximum que nous proposons à 20 fois le salaire minimum de l'entreprise (soit 20 000 euros en cas de SMIC).

Les scores du Front de Gauche dans ces cantonales (11 % de moyenne sur les 1 660 cantons où il était présent) montrent que nous commençons à apparaître comme une alternative possible. Il nous reste bien évidemment encore beaucoup de travail à faire pour convaincre et aller de l'avant.

Ce score est à porter à l'actif de toutes les composantes du Front de Gauche puisqu'il y avait répartition des cantons et que chacun partait sous la bannière commune. De ce point de vue le refus du ministère de l'Intérieur de totaliser les chiffres sous la nuance « Front de Gauche » sous prétexte de non prise en compte des alliances électorales est inadmissible et surtout mensongère. En effet dans un document interne du ministère, l'appellation Front de gauche est bien recensée mais attribuée aux divers gauches. L'organisation de l'éparpillement du résultat du Front de Gauche, repris par certains médias, est lamentable.

Pour le second tour, le Parti de gauche appelle clairement les électeurs qui ont voté pour le Front de Gauche à voter pour le candidat de gauche arrivé en tête au premier tour. En effet, lorsqu'il y avait plusieurs candidats, PS, Front de Gauche, EELV, l'électorat de gauche a choisi lequel il voulait en tête. Nous considérons donc que nous devons respecter cette expression du suffrage populaire au second tour tout en sachant qu'il y a quelques cas où localement la situation peut amener exceptionnellement à une autre décision.

Mais nous récusons le positionnement national d'Europe Écologie. Il y a en effet une contradiction à passer des alliances au premier tour avec le Parti socialiste y compris dans nombre de départements comme en Ile de France pour faire la peau au Front de Gauche, pour ensuite au deuxième tour revendiquer la diversité. Ce discours pourrait à la limite être entendable si EELV était allé partout au premier tour sous sa seule bannière. Mais ce n'est pas le cas et du coup le positionnement pris nationalement de maintenir sauf exception ses candidats au second tour relève plus du braconnage que de la démocratie.

En cas de duels gauche-FN, il est clair pour nous que le seul vote possible est celui pour le candidat de gauche pour faire barrage à l'extrême-droite.

En cas de duel UMP-FN, pas une voix ne doit aller au FN, ni à tous ceux qui portent les mêmes idées xénophobes et racistes. L'UMP, par sa dérive xénophobe et sa politique de la terre brûlée pour se faire réélire à tout prix même en chassant sur les terres du FN est responsable de la situation : on ne peut demander aux pyromanes d'éteindre l'incendie qu'ils ont eux-mêmes allumé. Seuls les démocrates clairs sur les valeurs de la République peuvent espérer que l'électorat se mobilise dans un sursaut républicain.