Et au fait, Laurent Wauquiez, il a fait quoi dans sa vie ? Fils d'industriel, énarque, membre du Conseil d'État, député sans avoir à se battre pour conquérir une circonscription puisque son mentor, Jacques Barrot, nommé en juillet 2004 au poste de commissaire européen, lui laisse la première circonscription de Haute-Loire. C'est ainsi qu'il se retrouve député à 29 ans. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Laurent Wauquiez n'a jamais eu trop à se battre pour s'en sortir dans la vie. Mais cela ne l'empêche pas de vouloir donner des leçons de travail à celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de naître comme lui avec une cuillère d'argent dans la bouche. Quelle honte aussi dans ce cas !

Quand j'entends des gens de cet acabit donner des leçons à ceux qui se battent au quotidien pour arriver à boucler tant bien que mal, et plutôt mal que bien, leurs fins de mois, une terrible envie me prend : et si on condamnait tous ces beaux parleurs à vivre plusieurs mois avec les revenus qu'ils osent dénoncer comme des revenus d'assistanat ?

Comment peut-on accepter que toutes ces belles personnes de l'UMP viennent donner des leçons de morale lorsqu'on voit comment ils se comportent, en considérant normal de vivre aux crochets de l'État : Christian Blanc avec ses cigares, et nombre de ministres adeptes des vols privés comme Alain Joyandet, Christian Estrosi et plus récemment Dominique Bussereau, épinglé lui aussi pour des frais d'avions abusifs. Et maintenant nous avons le droit à Luc Ferry, qui trouve normal d'être payé 4 499 euros net par mois pour des cours qu'il ne donne pas, parce que son activité de président du Conseil d'analyse de la société serait particulièrement prenante. Jugeons-en : 7 rapports rendus par ce conseil depuis sa création en 2004, soit une moyenne d'un par an et une réunion par mois. J'imagine que beaucoup de nos concitoyens seraient très heureux de percevoir un tel salaire pour un rythme aussi échevelé de travail ! Quant aux allocataires du RSA, je suis persuadée que si on lance une annonce pour ce poste, beaucoup de personnes très capables pourront répondre pour l'occuper et ainsi ne plus dépendre de « l'assistanat » comme dirait Laurent Wauquiez !

Tout cela me rappelle les beaux temps de l'État RPR avec les emplois fictifs et tant d'autres affaires comme le rapport de Xavière Tibéri. Mais ce qui ne passait déjà pas hier, devient aujourd’hui intolérable alors que les mêmes qui profitent osent expliquer qu'il faut se serrer la ceinture, que l'État n'a plus les moyens.

C'est au moment où Wauquiez, Copé et leurs amis lancent la chasse aux pauvres, toujours accusés de vouloir profiter du système de protection sociale, que le gouvernement n'a rien trouvé d'autre que de rogner une fois de plus l'impôt sur la fortune, l'ISF. Rappelez-vous, en 2007, Sarkozy tout juste élu, faisait voter par le parlement la loi TEPA qui incluait entre autres le bouclier fiscal : pas de revenu taxé à plus de 50 %. C'était au nom de la justice fiscale... et de beaucoup de mauvaise foi.

D'abord aucun salarié n'a de risque de voir ses revenus du travail taxés à une telle hauteur. Mais cela fait toujours bien aux 20 heures de TF1 pour faire pleurer dans les chaumières, de dire comme Nicolas Sarkozy l'a fait à l'époque que le bon sens veut qu'on ne donne pas la moitié de son temps de travail pour payer des impôts. Sauf que la tranche d'impôt qui taxe à 41 % concerne les revenus imposables supérieurs à 70 830 € par an et par part fiscale. On est donc bien loin de payer 50 % sur l'ensemble de ses revenus.

Ensuite, dans le bouclier fiscal sont aussi inclus les impôts locaux et la CSG, c'est à dire les cotisations pour l'assurance maladie. Ainsi, plus on est riche, moins on paie pour l'assurance maladie et pour les services que nous fournissent les collectivités locales. Malgré tous les discours de Nicolas Sarkozy et de l'UMP, le bouclier fiscal était devenu le symbole de l'Injustice (avec un grand I) fiscale. Il sera donc finalement supprimé, mais pas avant 2014. C'est vrai, il ne faudrait pas faire risquer un infarctus aux plus riches. Bizarre, quand d'habitude il s'agit d'augmenter les impôts de tous, cela s'applique toujours immédiatement. Mais, si Sarkozy a dû se résoudre à brûler ce qu'il adorait il n'y a pas encore si longtemps, il lui était insupportable de penser que ses amis allaient devoir payer plus d'impôts, d'autant qu'il leur avait promis le contraire.

La tentation était donc grande d'en profiter pour remettre en cause l'ISF, cet impôt honni ! Mais impossible de le supprimer totalement, sous peine d'annuler tout bénéfice de la disparition du bouclier fiscal. Il suffira donc de le vider de sa réalité. D'abord en remontant le seuil de 800 000 euros à 1,3 million. Il faut quand même dépasser les 100 m2 dans le centre de Paris pour avoir un appartement d'une telle valeur puisque de plus une décote de 30 % s'applique sur les résidences principales, et ce à condition d'avoir fini de le payer. Cela ne concerne quand même pas grand monde. De plus, le nombre de tranches est réduit à 2, les patrimoines situés entre 1,3 et 3 millions d’euros, seront taxés à 0,25 % et ceux supérieurs à 3 millions d’impôts seront taxés à 0,5 %. Une décote est instituée pour éviter les effets de seuils. Ainsi ceux qui possèdent un patrimoine de 1,3 et 1,4 millions d’euros, ou de 3 à 3,2 millions d’euros, sont assurés de ne pas payer plus d’impôt que dans l’ancien système. L'allégement de l'ISF se traduira, au total, par un "moins à payer" de 1,8 milliard d'euros pour les 560 000 actuels assujettis à cet impôt alors que le bouclier fiscal ne « coûtait » que 600 millions d'euros. Un cadeau surtout pour les foyers disposant d’un patrimoine de plus de 17 millions d’euros. Ceux-là devraient économiser 700 millions d'euros, sur les 1,2 milliards de perte nette pour l'État, soit deux fois le coût du bouclier. Justice fiscale, vous avez dit. Un cadeau fiscal chasse l'autre mais au total ce sont toujours les mêmes qui s'y retrouvent.

Dans les pays arabes, bon nombre de révoltes ont démarré contre les inégalités sociales et l'impudence des pouvoirs corrompus. Partout en Europe la révolte gronde contre les politiques d'austérité imposées aux peuples qui ne sont pas responsables de la crise. Il est vraisemblable qu'à un moment le peuple français ne supporte plus tant d'arrogance des riches lorsque les prix grimpent alors que les salaires stagnent.

Ces derniers temps, une chanson me revient souvent en mémoire. Elle dit :

Oui mais ! Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.

Il s'agit de La semaine sanglante, écrite en 1871 à la fin de la Commune de Paris par Jean-Baptiste Clément, plus connu pour Le temps des Cerises. Bien sûr, la situation n'a rien à voir et je ne souhaite surtout pas que nous en arrivions à une situation de violence. Mais certains feraient bien de se rappeler qu'on ne peut pas impunément écraser les peuples sous le mépris. Ceux-ci finissent par se révolter. Les Grecs, les Portugais, les Espagnols et maintenant les Italiens montrent qu'ils ne sont pas prêts à accepter les diktats des politiques d'austérité ni le mépris. Alors, vite la révolution citoyenne aussi en France pour dire : « Sarkozy dégage et nous voulons une autre politique. »

Et pour l'analyse de la situation économique et des dernières exigences de la commission européenne, je vous renvoie au dernier billet de Jean-Luc Mélenchon.