STRUCTURE HOTEL DIEU 1 place du Parvis Notre-Dame 75181 PARIS CEDEX 4

Le 10 novembre 2011

Monsieur le Ministre de la Santé
Monsieur le Ministre de la Fonction Publique
Monsieur le Directeur Général de l’ARS
Monsieur le Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins
Madame la Présidente du Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins
Monsieur le Maire de Paris
Monsieur le Président du Conseil Régional Idf
Madame la Directrice Générale de l’AP-HP

Objet : Lettre ouverte aux décideurs de santé

Iriez-vous vous faire soigner dans un hôpital sans radiologue ni chirurgien de garde et sans lit d’hospitalisation ?

La question est simple. Elle reflète la préoccupation majeure de chaque Français et le premier droit des patients : l’accès aux soins en toute sécurité, et notre premier devoir de soignants : l’obligation de moyens. Nous vous posons cette question que nous amenons dans le débat public.

La réponse honnête et évidente est “non”. Pourtant, à l’Hôtel Dieu (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris), en plein cœur de Paris, des décisions en dehors de toute logique médicale nous conduisent, nous soignants, à exercer dans un hôpital universitaire sans chirurgien d’astreinte, sans radiologue de garde et bientôt sans laboratoire ni lits d’hospitalisation.

L’Hôtel-Dieu, hôpital de 300 lits, accueille 29 200 patients en hospitalisation chaque année, 226 000 consultations externes et 120 000 urgences et offre des soins en cancérologie, chirurgie thoracique, diabétologie, chirurgie oculaire, médecine interne, infectiologie, urgences, réanimations, psychiatrie, pneumologie,… dans des locaux déjà en grande partie rénovés et modernes.

Pour exercer notre métier et prodiguer des soins de qualité que tout un chacun est en droit d’attendre, un plateau technique (imagerie médicale, biologie,…) et des avis spécialisés (radiologue, interniste, chirurgien,…) sont indispensables pour le diagnostic et la prise en charge thérapeutique.

Or, de récentes décisions de l’administration suppriment l’astreinte opérationnelle de sécurité en chirurgie (aucun chirurgien ne peut venir sur place si besoin pour avis et/ou intervention chirurgicale en extrême urgence) et la garde de radiologie.

En l'absence de ces deux conditions, la totale sécurité des malades se présentant aux urgences ou étant hospitalisé n’est plus assurée : il est en effet des cas, certes peu fréquents mais qui ne manqueront pas de survenir, dont l'urgence vitale n'autorise pas le transport. De même, au quotidien, pour pouvoir prodiguer des soins de qualité et conformes aux recommandations en vigueur, nous n’avons plus le plateau technique (échographie notamment) ni avis chirurgicaux indispensables à notre pratique.

Des médecins et équipes soignantes de l'Hôtel-Dieu refusent d'engager la sécurité des patients. Chaque soignant, qu’il soit médecin, infirmier(ère), aide-soignant, brancardier, kinésithérapeute, travailleur social, etc… ou personnel technique de l’hôpital n’a qu’un objectif : être au service des patients en prodiguant des soins sûrs et de qualité.

Nous ne refusons pas les réorganisations, au contraire nous les réclamons mais Soigner doit rester le seul objectif. Dr Gérald KIERZEK L’Hôtel-Dieu rend un service indispensable à la population ; certaines activités seront transférées mais d’autres doivent y rester pour qu’il poursuive sa mission au service du public.

Aujourd’hui, le fonctionnement des structures administratives entrave dangereusement celui des structures de soins plutôt qu’il ne les conforte. Les conditions de travail actuelles sont devenues inacceptables car contraires aux règles et à l'éthique de l'exercice de la médecine.

Dans les hôpitaux, les soins — et donc les soignants et les soignés — ont été oubliés dans les réformes et décisions de restructuration. Les associer réellement et pleinement est une mesure simple et réaliste à rétablir d'urgence, faute de quoi vous, comme tout un chacun, irez bientôt vous faire soigner dans un hôpital qui n’en aura que le nom.

  • Dr Gérald KIERZEK, urgentiste
  • Dr Caroline REY, pédiatre et médecin légiste
  • M. Guillaume GANDOIN, infirmier
  • Dr Élisabeth ASLANGUL, interniste
  • Dr Delphine CANTIN, urgentiste
  • Pr Jean-Marc LEGEAIS, chirurgien ophtalmologiste
  • Dr Dinah VERNANT, anesthésiste-réanimateur
  • Dr Nicolas DANTCHEV, psychiatre
  • Pr Serge PERROT, rhumatologue et médecin de la douleur
  • Pr Dominique VADROT, radiologue