Monsieur le Premier Ministre

Votre majorité fustige ces salariés irresponsables qui prendraient des arrêts-maladies abusifs.

Pourtant, la réalité aujourd'hui, c'est une intensification toujours plus grande des rythmes de travail, un stress toujours plus fort, avec des injonctions de performance intenables, menant certains salariés au suicide. Ce sont aussi des pressions inadmissibles des employeurs, pour ne pas déclarer les accidents de travail, renvoyant leur coût sur l'assurance maladie ; ce qui, ajouté aux 30 milliards d'exonérations patronales, participe du déficit.

Or, selon la CNAM, il n'y a pas de hausse du nombre d'arrêts maladie. Le taux d'absence au travail en France est un des plus faibles d'Europe et les contrôles recensent moins de 3% d'arrêts injustifiés. Le montant de la fraude aux prestations versées serait autour de 2 à 3 milliards d'euros. En revanche, côté employeurs, du fait du travail dissimulé, la fraude est estimée à 30 milliards, dix fois plus.

Mais vous croyez plus payant, électoralement, de stigmatiser les soi-disant « assistés » ou « tricheurs » que de dénoncer les employeurs fraudeurs.

Les 200 millions, espérés par l'instauration d'un quatrième jour de carence, représentent, selon l'INSEE, 45 voire 75 fois moins que le manque à gagner pour fraude au paiement des cotisations patronales.

Ce 4ème jour de carence est injuste car ce sont les médecins qui prescrivent en toute indépendance et non les salariés. Il frappe les salariés les plus précaires, ceux en CDD, en intérim, qui ont moins d'un an d'ancienneté ou dont la convention ne prévoit pas le paiement par l'entreprise. Et les jeunes et les femmes comme l'habitude seront parmi les plus touchés.

Mais comme vous instaurez un jour de carence pour les fonctionnaires, au nom de votre singulière équité, votre message aux employeurs serait-il de ne pas payer ce quatrième jour ?

Non! Les Français ne sont pas des voleurs et votre discours contre la fraude et les assistés n'a pour seul objectif que de masquer vos mesures d'austérité.