Les journalistes ont aussi reconnu qu'un grand moment de télévision politique s'était déroulé. Et pourtant, n'importe quel autre candidat à l'élection présidentielle qui aurait accompli cette performance, aurait obtenu de nombreuses reprises dans l'ensemble des médias le lendemain. Dans notre cas, il n'en a rien été. C'est ainsi : le système a décidé qu'il n'y avait que quatre candidats qui comptaient dorénavant (Sarkozy, Hollande, Le Pen, Bayrou), après l'effondrement d'Éva Joly, et ne peut accepter qu'un autre s'impose malgré eux.

Le lendemain de l'émission, l'agence Standard & Poor’s dégradait la notation de la France. Le Front de Gauche a été le seul à protester le soir même devant les locaux parisiens de cette agence. Seule force à refuser clairement le diktat de la finance et l'austérité qu'on veut nous imposer partout en Europe, le Front de Gauche porte ainsi l'espérance de toutes celles et ceux qui veulent que Nicolas Sarkozy et l'UMP s'en aillent, mais aussi que cela change, qu'il en soit terminé avec les fins de mois difficiles pendant qu'une petite minorité continue à s'enrichir, que l'accès au logement, à la santé, à l'éducation ne soit pas un luxe de plus en plus réservés à ceux qui ont les moyens de se les payer.

Nous sommes passés à une nouvelle étape. Cela se traduit par l'augmentation des ventes du programme, par la hausse des ventes de l'Humanité, celle du livre de Jean-Luc Mélenchon « Qu'ils s'en aillent tous ». C'est maintenant l'électorat populaire qui se tourne vers le Front de Gauche.

A Nantes, les retombées de l'émission ont amené certains à vouloir venir écouter en direct le candidat. Résultat : 6 000 personnes, très réactives, dans une salle où ondulaient les drapeaux, et qui sont reparties, toutes sensibilités politiques confondues, enchantées et regonflées à bloc. A Metz, plus de 2 500 personnes, dans une ambiance survoltée où Jean-Luc Mélenchon a choisi d'affronter directement Marine Le Pen en décortiquant son programme et en montrant en quoi il est dangereux et en quoi, contrairement à ce qu'elle essaie de faire croire, il n'a rien à voir avec les intérêts des classes populaires.

Les médias la mettent en avant, quitte à manipuler les chiffres comme l'a fait récemment le journal Libération. Voulant tant convaincre de la nécessité du vote pour François Hollande, sous prétexte de "vote utile", ce journal n'a pas hésité à ajouter des « oui peut-être » avec des « non, c'est peu probable » pour titrer en Une qu'il y aurait 30% des électeurs disposés à voter pour Marine Le Pen. Sauf qu'avec le même calcul sur les sondages de la période on arrivait à 50% pour Jean-Luc Mélenchon, mais Libération a préféré ne se concentrer que sur Marine Le Pen.

Et maintenant, c'est au tour de François Bayrou : lui aussi se retrouve avec des scores annoncés qui se dégonflent rapidement si l'on y regarde de plus près. Seuls 23% des électeurs recensés comme votant Bayrou disent être sûrs de le faire. En effet, son électorat est un des plus volatiles, hésitant entre Sarkozy, Hollande ou même Éva Joly à la différence de l'électorat du Front de Gauche qui est un des plus sûrs de son choix.

Le paysage est ainsi dessiné : quatre candidats dont Marine Le Pen, assignée candidate des ouvriers.

Le Front de Gauche est bien décidé à chambouler ce paysage médiatique. Déjà, nous voyons des électeurs socialistes, y compris des élus, nous rejoindre. De même du côté d'Europe Écologie. Et même depuis l'émission « Des paroles et des actes » sur France 2, des anciens électeurs de gauche qui s'apprêtaient à faire la folie de voter Marine Le Pen, viennent nous dire qu'ils voteront Jean-Luc Mélenchon.

Oui, le vote Mélenchon est le vote utile à gauche dans ce contexte, car il apporte des réponses pour refuser la soumission au système et il empêche le Front National de voir son audience augmenter dans les classes populaires.