A commencer bien sûr par les Le Pen (au FN, on a droit au père, à la fille et à la petite fille). Mais c'est plutôt comme une décoration quand ils s'en prennent au Front de Gauche et à son candidat Jean-Luc Mélenchon.

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Mais, les dirigeants d'EELV sont devenus eux aussi fort nerveux ces derniers jours. Il faut dire que semaine après semaine, de nouveaux soutiens historiques des Verts appellent à voter pour Jean-Luc Mélenchon : l'actrice Anémone (elle avait soutenu la liste des Verts que je conduisais aux municipales de 1995 dans le 20e arrondissement de Paris), Paul Ariès, directeur du Sarkophage, Jacques Testart, biologiste (autre soutien historique) et aujourd'hui Claude-Marie Vadrot, journaliste écologiste bien connu.

Eh oui, aujourd'hui dans la campagne électorale, l'écologie est plus et mieux représentée par le Front de Gauche que par la candidature d'Éva Joly. Il faut dire que l'accord PS-EELV est tellement apparu comme un troc de circonscriptions contre la fermeture de réacteurs, que la campagne d'EELV était mal partie. De plus, François Hollande répète strictement ce qu'avait fait Jospin en 1997. Ainsi, répétant le même schéma, il considère que cet accord ne l'engage pas car il est signé entre partis. D'ailleurs, après la valse hésitation sur le MOx, disparu, réapparu mais plus tout-à-fait, au gré des coups de fil d'Aréva et de leur révélation au public, le candidat socialiste s'est empressé d'annoncer qu'il n'était pas question de fermer d'autres réacteurs nucléaires que ceux de Fessenheim. Puis que cette fermeture ne pourrait se faire qu'à la fin de son mandat. Dans le même temps le PS signait un accord avec le MRC qui est, comme en 1997, contradictoire avec bien des points de l'accord avec EELV. C'est plus pratique pour n'en faire qu'à sa tête en mettant sur le compte des divisions entre "petits alliés" la nécessité d'un arbitrage par la composante principale de la nouvelle majorité - composante qui devient ainsi hégémonique.

Et Éva Joly n'arrive pas à décoler dans les sondages. Mais au lieu de se concentrer sur sa campagne, elle n'a pu s'empêcher de tacler Jean-Luc Mélenchon en l'accusant d'être "encore dans le schéma productiviste" et de n'avoir "aucune légitimité pour parler des questions écologiques, n’étant pas non plus clairement antinucléaire." Là franchement, je me suis demandée s'il fallait que je me pince. Car où était Éva Joly avant les élections européennes de 2009 ? Depuis quand montre-t-elle de l'intérêt pour l'écologie ? Au moins Jean-Luc a-t-il eu l’honnête de reconnaître publiquement que c'était une erreur de ne pas avoir compris les enjeux écologiques plus tôt. Éva Joly me fait penser aux nouveaux convertis qui sont toujours les plus sectaires. Quant au nucléaire, si elle fait allusion au référendum, qu'elle explique pourquoi elle même a signé un appel à référendum en mai dernier.

Après elle, cela a été au tour de Cécile Duflot, secrétaire nationale d'EELV, de s'y mettre. Ainsi pour elle : "la Bastille, la Commune, il y a un petit côté nostalgique sympa, les moments où il y a avait des grands tribuns et puis d'ailleurs il n'y avait pas de femmes, c'était plus pratique". Renvoyer ainsi la chute de la tyrannie en 1789, la résistance du peuple de Paris à l'envahisseur et sa lutte pour un monde meilleur (1870-1871) à la nostalgie relève surtout du mépris de l'histoire qui a fait notre pays et même au delà, avec la devise "Liberté, Égalité, Fraternité" qui a représenté pour tant de peuples le drapeau de la liberté. Et qui malheureusement reste tant d'actualité sur cette planète, y compris ici en France. Enfin, sa dernière remarque sur les femmes relève soit de l'ignorance soit de la recherche du bon mot, ce qui est pire. Car Cécile Duflot oublie Olympe de Gouge, Louise Michel, Élisabeth Dmitrieff, Nathalie Lemel et tant d'autres femmes connues ou même moins connues mais sans qui il n'y aurait eu aucune des avancées comme la reconnaissance de l'union libre, l'égalité des droits pour ce qui est des salaires des enseignants, etc.

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Pour finir, Jean-Vincent Placé a montré qu'il n'avait rien compris à la situation actuelle car pour lui refuser les diktats européens actuels, vouloir maintenir de l'industrie en France, ce serait de la nostalgie et un repli franco-français. Voilà un écologiste qui n'a rien compris aux principes des circuits courts et de la relocalisation. Ou Jean-Vincent Placé croit-il qu'on peut se passer de sidérurgie ? Mais peut-être ignore-t-il que pour construire des tramways, des wagons de chemin de fer, des éoliennes, il faut de l'acier, et que pour faire de l'acier, il faut de la sidérurgie.

Alors oui, il faut absolument que l'écologie soit au cœur de la campagne. Mais après un tel florilège de déclaration émanant des trois dirigeants d'EELV les plus en vue, heureusement qu'il y a le Front de Gauche pour réaliser la jonction entre social et écologie, pour soutenir les projets alternatifs portés aujourd'hui par les travailleurs eux-mêmes, pour aller de l'avant en maintenant une industrie en France au bénéfice de tout le pays et en intégrant les contraintes écologiques. Que savent-ils du projet alternatif développé par les salariés de Florange et leurs organisations syndicales, visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre et à économiser le minerai de fait, en privilégiant le traitement de la ferraille récupérée en France, et pour l'heure expédiée en Chine ? Manifestement, rien, ou alors ils n'en tirent aucune conséquence.

Au moment où de nombreux militants d'EELV rejoignent le Front de Gauche, ou, au minimum, décident de voter pour Jean-Luc Mélenchon, il serait plus utile pour l'écologie qu'EELV se batte à nos côtés sur la reconversion écologique de l'industrie. L'écologie n'est la propriété de personne, elle a besoin de toutes les bonnes volontés et de toutes celles et ceux qui veulent s'engager.