En meeting à Longjumeau, mardi 24, il a déclaré : « je suis pour la préférence communautaire mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être pour la préférence nationale ». Au Raincy, jeudi, il a exalté le « peuple de France », « indéracinable, ininfluencable », pour mieux rappeler qu’il est le peuple de souche, en opposition avec ceux qui n’en feraient pas partie. Il a également proposé, en reprenant une proposition de Marine Le Pen, la « présomption de légitime défense pour les policiers ». Un alignement complet sur le Front National. Marine Le Pen s’en est d’ailleurs réjouie en saluant une « victoire idéologique » pour son parti.

Et puis, surtout, ce « vrai travail », qui, comme la « vrai terre », ne saurait mentir. Cette expression est tellement pathétique qu’il s’en est rendu compte et a nié l’avoir utilisé ! Mentir avec aplomb reste sa méthode ordinaire. Sur ce thème du travail, il avait déjà, le 28 février à Montpellier, assuré que « c’est par le travail qu’on devient libre », et à Longjumeau, que « le travail libère, c’est le chômage qui aliène ». Tout est désormais en place pour un véritable discours d’extrême droite : l’exaltation de la patrie et une vision essentialiste de son peuple, du « vrai travail », des racines chrétiennes de la France, de la famille « qui compte plus que tout » et dont la « primauté » doit être défendue, le rejet de l’immigration synonyme de perte de valeurs et d’identité pour le pays.

Lorsqu’il utilise ces mots, ces expressions, lorsqu’il reprend à son compte des idées contenues dans le programme du FN, cet homme n’est pas nécessairement un fasciste. Il est plus probablement un cynique effrayant, prêt à tout pour conserver un pouvoir qu’il a si mal utilisé pendant les cinq années qui se sont écoulées. L’idée de le battre, déjà particulièrement prégnante parmi nous, devient chaque jour plus indispensable à la France. Depuis dimanche, toutes les limites ont été franchies, et Nicolas Sarkozy s’expose non seulement mais à la défaite mais aussi à la honte d’une campagne menée avec des arguments fallacieux et nauséabonds qui déshonorent la République française, son histoire et ses valeurs fondamentales. Dans cette campagne, il avait le choix entre le déshonneur et la défaite. Il a choisi le déshonneur, infligeons lui la défaite.