La première leçon grecque, c'est l'effondrement des partis qui ont soumis le pays à la troïka FMI/Commission/BCE. La droite (Nouvelle Démocratie) passe de 33,48 % en 2009 à 18,87 %. Le parti socialiste de Papandréou (PASOK) s'effondre de 43,92 % à 13,19 %. Même le LAOS, le parti des nostalgiques du régime des colonels, qui ne cache pas son antisémitisme, qui était entré au gouvernement avec l'aval de la troïka, et avait avalisé les politiques d'austérité avant de se raviser, passe de 9,87 % à 2,90 %, perdant toute représentation au Parlement.

Manifestement les politiques austéritaires ne payent pas, et le coût est particulièrement élevé pour ceux qui se disent de gauche tout en s'y ralliant. Cette question mérite toute l'attention du nouveau président de la République française.

La presse française pointe surtout la montée du parti néo-nazi (Aube dorée). Certes, il passe de 0,29 % à 6,97 %, ce qui lui permet d'obtenir 21 sièges. Mais avec la chute du LAOS, l'extrême-droite progresse de 5,92 % à 9,87 %, score à relativiser du fait d'une abstention qui est montée de presque 6 points. C'est beaucoup, évidemment beaucoup trop, mais le phénomène principal est un déplacement interne à l'extrême-droite, du parti qui s'est compromis avec la troïka vers celui qui n'exerçait aucune responsabilité. Et, faut-il le répéter tant son arrivée au gouvernement était passée comme anecdotique dans la presse française, le LAOS est un vrai parti d'extrême-droite ! Il n'empêche que la radicalisation de l'extrême-droite et son ancrage dans toute l'Europe sont à étudier, décortiquer et contrecarrer. Nous avons raison de ne rien laisser passer face à ces gens là ! Les faire reculer est l'une de nos tâches prioritaires.

Toujours à droite, la fraction qui s'est détachée de la Nouvelle Démocratie pour cause d'opposition au mémorandum de la troïka, le parti des "Grecs indépendants", obtient 10,60 % et 33 sièges.

Venons en enfin à la partie de la gauche qui assume son identité de gauche et choisit la confrontation avec les politiques austéritaires. Une coalition assez semblable au Front de Gauche s'est constituée sous le nom de Syriza. Elle comporte notamment le Synaspismos, parti membre du Parti de la Gauche Européenne, tout comme le PCF et le PG. Son président, Alexis Tsipras, est à la tête de Syriza et a été chargé aujourd'hui de tenter de mettre en place un gouvernement. Syriza est passé de 4,60 % en 2009 à 16,76 %, obtenant 52 sièges. Comme le Front de Gauche en France, Syriza montre que la dynamique d'union à gauche sur des bases clairement antilibérales est attendue dans le pays et peut viser à obtenir le pouvoir. Mais l'union, en Grèce, n'a pas été à la hauteur des espérances populaires. En effet, Syriza a tenté d'élargir la coalition en direction du Parti communiste (KKE), de la Gauche démocratique (DIMAR) et des Verts. En vain, hélas. Le KKE paye son sectarisme, ne progressant que de 0,9 points pour obtenir 8,47 % et 26 sièges. Et à cette heure, il refuse encore d'entrer dans un gouvernement dirigé par Syriza. La Gauche démocratique a obtenu 6,10 % et 19 sièges. Les Verts, avec 2,93 %, n'ont pas de député. Le système électoral grec montre à quel point cette division peut coûter cher. Les 300 sièges du Parlement sont répartis selon la règle suivante. Le parti arrivé en tête a une prime de 50 sièges. Les 250 sièges restants sont répartis à la proportionnelle entre les partis qui ont obtenu plus de 3 % des suffrages exprimés. Ainsi, avec moins de 19 % la Nouvelle Démocratie obtient un total de 108 sièges, dont seulement 58 à la proportionnelle, plus la prime de 50 sièges parce que ce parti est en tête. Arrivé derrière avec 2,11 % de moins, Syriza n'a que les 52 sièges obtenus à la proportionnelle. Dans de telles conditions, notre camarade Alexis Tsipras n'a guère de chances de constituer un gouvernement, et la Grèce s'oriente vers de nouvelles législatives en juin.

Cette leçon là, c'est que l'union des forces de gauche, écologistes, clairement positionnées sur une alternative aux politiques d'austérité doit être la plus large possible. Souhaitons que Syriza réussisse son élargissement en Grèce. Travaillons au développement et à l'élargissement du Front de Gauche en France.

Ce sera d'autant plus nécessaire que, passée la déclaration de Nicolas Sarkozy reconnaissant sa défaite, nous avons vu revenir une droite plus revancharde que jamais. Or, des défis majeurs sont devant nous dans les toutes prochaines semaines : le rapport à la finance, le sommet Rio + 20, le sommet de l'Otan consacré au projet de bouclier anti-missiles.

Soyons à la hauteur ! On ne lâche rien !