Ce procès est très politique, n'en déplaise à la procureure qui n'a pas eu peur du ridicule en affirmant d'entrée de réquisitoire que "la politique ne peut pas passer la porte de ce prétoire" ! La suite montrera qu'elle ne s'en priva pas point.

Alors que ce projet d'aéroport est absurde économiquement et écologiquement, Jean-Marc Ayrault s'est obstiné à l'imposer envers et contre tout, d'abord comme maire de Nantes et président d'agglo et maintenant comme premier ministre. L'opposition n'a jamais faibli et hier encore plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées devant le tribunal où étaient jugées Clément et Sylvain. Aujourd'hui Delphine Batho, ministre de l'écologie, a réaffirmé la décision de construction de l'aéroport comme si le maintien de la mobilisation inquiétait le gouvernement.

J'avais accepté d'être témoin politique en faveur de Sylvain Fresneau, au côté de François Bugel, blessé par un coup de matraque porté à la tête lors de cette manifestation, Dominique Michenot, agriculteur et élu local, Christophe Dougé conseiller régional EELV Pays de Loire, et François Dufour, vice-président EELV du conseil-régional de Basse-Normandie.

Dans mon témoignage, j'ai insisté sur le fait que Sylvain Fresneau était la figure même de citoyen qui ne se bât pas pour son intérêt personnel mais au contraire pour l'intérêt général. Au moment où tous les chiffres concernant le réchauffement climatique dépassent la cote d'alerte, où une conférence gouvernementale sur la transition énergétique est annoncée, il est absurde de prévoir cet aéroport par ailleurs inutile économiquement. En tant que députée ayant effectuée deux mandats, je ne peux qu'adhérer à la nécessité de respecter la loi. Mais pour que nos concitoyens en soient convaincus et gardent confiance en notre système démocratique, encore faut-il que les lois soient appliquées, réellement, dans leur esprit, et non de manière formelle comme dans le cas de cette enquête publique.

Il est fondamental qu'il y ait des citoyens, comme Sylvain Fresneau, qui se battent pour l'intérêt général, car ce sont souvent eux qui empêchent la réalisation de projets absurdes comme par exemple en Pays de Loire il y a es années avec le projet de transformer les marais salants de Guérande en marina.

Or ces dernières années, nous assistons à une volonté de limiter l'expression citoyenne en réprimant tous ceux qui luttent et en premier lieu les animateurs, syndicalistes, militants associatifs, militants paysans pour, en faisant des symboles de la répression, faire peur à tous les autres. Mais cela aura l'effet inverse.

Voilà en gros la teneur de mon témoignage (un témoignage c'est oral, il n'est évidemment pas question de lire un texte)

Je rajouterai, que cette répression a eu lieu le 21 juin, soit sous la présidence de François Hollande, et que dans un premier temps, comme indiqué par l'avocat lors du procès et non démenti par la procureure, cette dernière a hésité à engager des poursuites.

Alors une question se pose : le nouveau pouvoir socialiste a-t-il donné son feu vert à l'engagement de poursuites contre Sylvain Fresneau ?

Je ne peux croire que Christiane Taubira, ministre de la justice, se retrouve dans une demande de peine d'interdiction de manifestation ! Une telle peine serait une grande première dans notre République, une atteinte aux droits de l'homme digne de pays dont le non respect des libertés publiques est épinglé chaque année par la FIDH. Il marquerait d'une tâche indélébile le gouvernement.

Jean-Luc Mélenchon et moi-même avions demandé l'amnistie et l'abandon des poursuites pour tous les militants syndicalistes et associatifs lorsque François Hollande nous a reçu à l'Elysée en tant que dirigeants de parti. C'était le 5 juin. Il nous avait répondu que c'était une bonne idée et qu'il verrait si cela pouvait être inscrit dans l'ordre du jour de la conférence sociale.

Or non seulement cela n'a pas été inscrit, mais depuis silence totale malgré nos relances et maintenant de nouvelles poursuites.

Il faut que le gouvernement comprenne que ni à Notre Dame des Landes ni contre la ligne THT dans la Manche, la répression ne fera taire tous les citoyens qui se battent contre ces projets écologiquement aberrants.

Le changement c'est maintenant, disait un candidat à l'élection présidentielle. Alors qu'il le montre : le changement cela doit aussi être l'arrêt des poursuites contre les militants, l'amnistie pour ceux déjà condamnés, la réintégration dans leur emploi pour les syndicalistes licenciés.

On ne lâche rien ! ainsi que le chantaient les opposants à l'aéroport de Notre Dame des Landes hier devant le tribunal de Saint Nazaire.

Relaxe pour Sylvain et Clément. NON à l'aéroport de Notre-Dame des Landes