Elections au Venezuela : pour rompre avec les mensonges
Mercredi, 3 octobre 2012, 23:14 - International et Europe - Lien permanent
Dimanche 7 octobre aura lieu l' élection présidentielle au Venezuela. Alors que j'ai déjà été dans plusieurs pays du cône sud de l'Amérique Latine (Chili, Argentine, Uruguay, Bolivie, Pérou), ou que je me suis intéressée à d'autres (Paraguay, Equateur), jusqu'ici mon attention s'était peu portée sur le Venezuela et mes informations se limitaient surtout à ce qui apparaît dans la presse française. Or le discours général des médias français consiste surtout à expliquer que le gouvernement de Chavez s'apparente à une dictature, qu'il n'y a pas de liberté de la presse, que tout est fait pour empêcher l'opposition de s'exprimer.
Aussi, j'ai accueilli positivement la possibilité d'aller voir sur place.
Je suis donc à Caracas depuis lundi soir et je découvre ce pays avec beaucoup de curiosité. D'abord contrairement aux pays du sud du continent c'est un pays très tourné vers les Caraïbes. La population est très métissée. Ayant séjourné en Espagne à l'époque franquiste et au Chili sous la dictature de Pinochet, je peux au moins faire des comparaisons d'ambiance. Rien à voir, pas ce sentiment d'oppression, de police avec le doigt sur la gâchette. Au contraire une ambiance décontractée, bon enfant.
Ma première préoccupation a donc été de vérifier si les médias étaient si verrouillés que cela. Surprise, au niveau des chaînes de télévision proposées : 77 dont FOX, CNN en espagnol, la télévision d'Espagne etc … Pour ce qui est des chaînes locales, ayant l'avantage de parler couramment espagnol, je peux donc regarder les différents journaux télévisés et me faire une idée. En fait, chaque camp a ses télés. Idem pour ce qui est de la presse écrite avec un avantage très net à la droite qui possède les journaux les plus vendus. Une affirmation donc qui tombe : oui il y a bien pluralisme des médias au Venezuela et même plus qu'en France puisque le gouvernement s'est effectivement donné les moyens d'avoir une presse, des radios et des télés indépendantes des pouvoirs financiers au service de la droite. La différence avec la France est, que selon le média que vous choisissez, vous avez la vision de l'opposition ou celle du gouvernement. Et franchement les deux sont aussi engagés politiquement ! Le journal télévisé de Globovision ou le quotidien El Universal valent le Figaro et la Une sans problème !
Il y a 7 candidats à la présidentielle. En fait seulement 2 comptent réellement : l'actuel président Hugo Chavez qui postule à être réélu et Henrique Capriles, candidat de la droite, unie pour la première fois depuis longtemps. Et on ne voit partout dans les rues que la propagande pour ces deux candidats. Mais nouvelle surprise, les affiches et fresques des deux cohabitent sans problème. Quand j'explique à mes interlocutrices vénézuéliennes qu'en France nous nous livrons à des bagarres d'affichage, elles sont toutes étonnées parce que cela ne viendrait à l'idée de personne ici d'arracher ou de recouvrir celles des adversaires, et c'est même interdit par la loi.
De la même façon, ce matin me promenant dans une rue piétonne très fréquentée, je croise simultanément les militants de Capriles puis ceux de Chavez distribuant leurs tracts et affiches et interpellant les passants pour les convaincre de voter pour leur candidat. Cela m'a permis de récupérer les tracts des uns et des autres. Un peu plus et je pouvais me croire rue Montorgueil pendant les dernières élections. Encore un mensonge de plus qui tombe. Vers midi, j'assiste d'ailleurs à une marche de 2000 jeunes dans cette rue pour appeler à voter Capriles.
Hier mardi, j'étais dans la quatrième ville du Pays Barquisimeto, 1 million d'habitants pour un forum pour expliquer la situation en Europe. Débat intéressant avec des militants du PSUV (le parti qui soutient Chavez) et d'autres citoyens. L'un des présents viendra d'ailleurs discuter un moment à la fin en me disant qu'il est descendant de juifs estoniens qui ont tous péri à Treblinka. Je me dis que s'il soutient Chavez, c'est quand même que les accusations d'antisémitisme souvent reprises en France et tout récemment encore par Cohn Bendit n'ont pas grand chose à voir avec la réalité. Même ambiance dans cette ville (avec un centre ancien très beau) qu'à Caracas. Nous avons même déjeuné dans un café avec, à la table d'à côté, des militants de Capriles.
Voilà ce dont je peux témoigner pour l'ambiance générale, bien loin de ce que nous racontent les divers médias français, y compris ceux se disant plus près de la gauche que de la droite.
Le programme du candidat de la droite tourne autour de trois grands axes : réduction du rôle de l'état aux stricts missions régaliennes. C'est drôle, c'est un discours que nous avons entendu durant ces dix dernières années dans la bouche des ténors de l'UMP décentralisation avec transfert de pans entiers d'interventions de l'état au niveau local : écoles y compris la fixation des programmes, l'état n'interviendrait plus que pour le paiement des enseignants ; santé etc … retour à l'économie de marché qui serait mise à mal par les nationalisations. Ainsi, il veut ouvrir le capital de l'entreprise nationale du pétrole. Une autre proposition porte sur le statut de la banque centrale du Venezuela qu'il veut modifier pour lui donner un statut semblable à celui de la BCE. Ainsi elle ne prêterait plus à l'état. Lorsqu'on voit le désastre que cela provoque en Europe avec des banques qui s'enrichissent sur les différences de taux d'emprunt à la BCE et de prêts aux états ou entreprises, on ne peut que frémir sur les conséquences que cela pourrait provoquer pour l'économie vénézuélienne.
En résumé, le programme de la droite est un programme de facture libérale traditionnelle. Le gouvernement d'Hugo Chavez a beaucoup fait pour améliorer les conditions de vie de la population. L'arrivée de Capriles au pouvoir représenterait une vraie régression sociale.
Les sondages donnent Chavez gagnant. Les bureaux de vote ouvrent dimanche à 6 heures du matin et doivent fermer à 6 heures du soir. Mais différence avec la France, s'il reste des électeurs qui font la queue pour voter à 18 heures, le bureau ne ferme que lorsque tout les présents ont voté. Le système est informatisé avec impression du bulletin de vote qui est ensuite déposé dans l'urne. Il est donc facile de vérifier qu'il y a adéquation entre le nombre de votants et le nombre de bulletins déposés dans l'urne. Ce système est considéré par diverses instances internationales comme très sur. Il est donc particulièrement inquiétant que la droite refuse de s'engager à respecter les résultats et ait déjà appelé ses partisans à descendre dans la rue dès 16 heures et ce alors que les bureaux ne ferment qu'à 18 heures. Pourtant ses représentants siègent à la commission électorale et seront présents dans tous les bureaux de vote ainsi que de nombreux observateurs internationaux venus de tous les pays et de toutes les forces politiques. La CNE (commission nationale électorale) est chargée de vérifier le respect du déroulement des élections dont la partie financière puisque la loi oblige à une transparence totale. De fait, l'opposition semble attirée par une stratégie de la tension en annonçant que si les résultats ne lui conviennent pas, elle ne les reconnaîtra pas : déclaration d'un dirigeant du principal parti de droite qui soutient Capriles. Ceci est par ailleurs repris par la droite à l'échelle internationale (exemple le journal ABC d'Espagne). Leur volonté est de délégitimer Hugo Chavez à défaut de pouvoir le battre démocratiquement. Nous pouvons donc nous attendre à ce que lundi en France les médias prennent le relais.
Je ne regrette donc pas d'être ici car cela me permet de voir de visu ce qu'il en est. Mon but n'est pas de dire que tout est parfait au Venezuela (mais quel pays l'est?), de dire que je suis d'accord à 100 % avec Hugo Chavez (bien sûr que non à commencer par ses relations avec l'Iran) mais de discuter sur ce qui se passe réellement et non sur des mensonges qu'on nous assène régulièrement en Europe.

Commentaires
Merci à Martine Billard pour son témoignage qui permet de rétablir la vérité sur la situation au Venezuela. Nos médias français, très indépendant, sauf du pouvoir financier, devraient éviter de rejouer avec le Venezuela, le combat que leurs prédécesseurs avaient mené contre le Chili il y a 40 ans. A cette époque, ils avaient, abondamment et complaisamment, relayé les insultes, les calomnies et les mensonges contre Salvador Allende, déversées par la droite française avec un Michel Debré (le père) très en pointe dans cette opération d’intox!
L’histoire éternel recommencement… La guerre froide avançaient ils alors pour tenter de se justifier et aujourd’hui quelle guère ? Comme toujours celle de la finance internationale !
Merci beaucoup Martine pour ce billet très détaillé. On nous reproche souvent de ne pas avoir d'expérience du terrain lorsqu'on parle du Venezuela. Maintenant on a du solide pour défendre Chavez et les socialistes contre toute la propagande de dénigrement qui les affecte !
Juste une remarques : quelques petites fautes d'orthographe se sont glissés ici et là, à mon avis une ultime relecture permettrait de les évacuer.
Le point de vue de Martine Billard est intéressant. Il est pourtant bien différent de celui véhiculé par nos médias qui pour la quasi majorité d'entre eux sont de droite. Nous avons encore des efforts à faire pour devenir une démocratie...
Merci pour ce petit compte rendu oui, c'est très important pour avoir des positions fermes, argumentés, ne reposant pas que sur du "on dit" ou du vent quoi, inflexibles.
Ah, il fallait entendre l'émission de france-Culture, ce matin, une caricature comme la décrivent les commentaires:
http://www.franceculture.fr/emissio...
Cher Martin, le tourisme n'est pas la même chose à l'émigration, en particulier le type de tourisme que vous faites. Je suis étonné de voir à quelle vitesse vos arrive a d' conclusions.
C'est pourquoi je veux vous poser une ou deux questions, mais d'abord je veux que vous pensiez comme si c'était en France:
Il semble normal le niveau de violence au Venezuela? La violence a Marseille est un jeu d'enfant comparé au Venezuela.
Avez-vous pensé ou nombre de morts par la violence depuis que Chavez est en charge?
Il vous semble normaux le niveaux de la corruption?
Et normal l'état des infrastructures publiques: hôpitaux, les université, écoles, routes, etc etc PDVSA.
Il semble naturel que, dans le de la démocratie Chavez et ou pouvoir depuis plus de 11 ans?
Il semble normal, la façon dont il a démantelé les structures de base démocratique pour reste ou pouvoir?
il est normal que des milliards sont dépensés sur des projets à l'extérieur du Venezuela alors que le pays s'effondre.
Cher Martin, je vous conseille de faire une tournée dans le pays, sans le filtre un diplomate.
Capriles n'est probablement pas le meilleur candidat, je le sais pas, et même si je n'ai pas confiance en lui, c'est le seul moyen de sortir du trou. Si cela semble désespérée, mais telle est la situation au Venezuela, une situation que vous ne pourrait probablement pas voir à travers les fenêtres noir de la voiture diplomatique.
Mathieu.
Ce serait bien de sortir un peu de l'angélisme là.
"ambiance décontractée, bon enfant" dans une ville du top 10 des villes les plus dangereuses du monde ? Ca donne d'entrée de jeu l'état d'esprit dans lequel vous avez commencé ce séjour.
L'argument du juif qui soutient Chavez... pitié, pas ça ! Quand on en arrive à ce genre d'argument, en général, ça sent le sapin. Une militante politique telle que vous ne peut y avoir recours !
J'ai voté pour le Front de gauche, je suis en général d'accord avec ce qui s'y dit, mais cette campagne aveuglée que vous organisez pour Chavez est juste surréaliste !
On ne peut pas se contenter d'écrire tout un article en disant que c'est Bisounoursland et simplement dire à la fin "je ne suis pas d'accord à 100% avec Chavez (mais bon...)" sans rentrer un peu plus dans les détails.
Effectivement, ses relations avec l'Iran montre qu'il a une politique extérieure démente (c'est le moins qu'on puisse dire et ça démontre son attachement aux valeurs que vous défend(i)ez pourtant)
Mais en n'évoquant que cela, vous vous placez au même niveau que la plupart des journalistes qui ne se sont jamais vraiment intéressés au Venezuela et qui pense avoir trouvé ainsi un "argument massue" à peu de frais de recherche.
Les véritables problèmes sont intérieurs. Voyez le livre de Rafael Uzcategui, militant pour les droit de l'homme qui nous offre une critique de gauche.
Le FDG ne fait que se discréditer avec Chavez. Nationaliser le pétrole, oui, c'était superbe. Mais cela ne doit pas voiler, pour les 1000 ans à venir, la face de votre parti sur ce qui se passe dans ce pays.
Insécurité, Criminalisation de la protestation sociale, verticalisation du pouvoir, sa personnalisation... Que diriez (dites) vous de tout cela en France ? N'attendez vous donc rien de mieux pour le peuple Venezuelien ? Ne le mérite t-il pas ? Appliquez vous la politique du moins pire, en acceptant de gommer tout ce qui pourrait gêner ?
Les Vénézueliens ont droit à une véritable analyse politique. Ils méritent que vous fassiez preuve des mêmes exigences dont vous faites preuves lorsque vous vous battez pour le peuple français. N'avons nous tous pas les même droits ?
Article salutaire et juste.
RUE89 l'a publié en le présentant comme une “Tribune”. Pour le lecteur de Rue89, il s'agit d'une réponse à une longue diatribe anti-chaviste parue (le 03/10/2012 ) sur Rue89 et signée “Vicente Ulive | Ecrivain de romans de fiction” (sic).
Des lecteurs attentifs de Rue89 ont cru déceler que cette “Tribune” n’est pas une réponse, mais un article publié sur le blog de Martine le mercredi 3 octobre, sans doute en méconnaissance de l’article auquel on pourrait croire qu'elle répond.
J’aimerais savoir si Martine Billard a envoyé l’article de son blog à Rue89 où s’ils sont allés le chercher en le présentant implicitement comme une réponse (bien incomplète). Dans ce dernier cas, était-elle informée ?
Dans le passé, ils (Haski et Riché, alors à Libération) ont publié en “Courrier des lecteurs” (tronqué pour mieux le contredire) un article de Romain Migus démontant sur le web la fable de “l’antisémitisme” de Chavez.
Alors ? Martine Billard, avez-vous demandé la publication de votre article à Rue89 ?
MV
Pour Rue89 un contributeur m'a demandé s'il pouvait mettre un lien vers l'article de mon blog. Comme je n'ai rien à cacher, j'ai répondu positivement mais je ne savais pas que ce serait présenté comme une réponse à un autre article que par ailleurs je n'ai pas lu.
(j'ai d'ailleurs essayé de corriger les fautes d'orthographe depuis entre deux coupures du wifi ce qui n'aident pas à écrire !)
Sur les diverses réactions : j'avais pris soin de préciser que je parlais couramment espagnol car justement cela me permet de discuter avec qui je veux et sans filtre. Sur l'insécurité, je le redis, personne ne le nie mais attention à ne pas en rajouter. il faut aussi savoir qu'avant le gouvernement de Chavez, il n'existait pas de police nationale mais seulement des polices dépendant des municipalités et des gouverneurs. On peut se promener en centre ville en plein jour et dans le métro sans risquer sa vie ! Par contre, même dans ces quartiers il est conseillé de ne plus sortir une fois la nuit tombée (et cela se produit vers 18 heures donc tôt). Sur la répression, il est quand même significatif que même l'opposition ne dénonce jamais l'existence de prisonniers politiques. S'il y en avait, elle ne se gênerait pas. Je ne comprends toujours pas pourquoi il faudrait exiger du Venezuela plus que de la France en terme de débat démocratique, de respect des procédures etc ...
Je suis désolée , mais ce n'est pas en une semaine que l'on peut se faire une idée juste d'une situation. Restez -y un an , regardez le fonctionnement du pouvoir et là votre vision aura de la valeur pour moi.