Émission de Mots Croisés du 7 janvier : c'était la première fois qu'un dirigeant socialiste acceptait de participer à un débat au sein de la gauche depuis le début de la campagne présidentielle l'an dernier. Ce n'est donc pas anodin. Et le ministre du budget a été identique à lui-même : hautain, imbu de lui-même et l'insulte à la bouche. J'ai bien reconnu celui qui déjà avait le même comportement en tant que député et plus encore en tant que président de la commission des finances. Croyant pouvoir écraser de sa superbe et de ses insultes Jean-Luc Mélenchon, il en a tant fait, s'est montré tellement odieux que cela s'est plutôt retourné contre lui. En voulant apparaître comme celui qui maîtrise ses dossiers contre celui qui est certes sincère mais dans l'utopie, il a surtout montré un homme froid qui ne s'intéresse qu'aux chiffres et oublie tout simplement l'humain. Alors que Jean-Luc Mélenchon plaçait d'emblée le débat sur les deux lignes politiques existantes au sein des forces politiques se réclamant de la gauche, il a tranquillement repris à son compte la caractérisation de social-libéral. Sa seule exigence est d'être taxé de social-libéral … de gauche ! Les électeurs socialistes qui écoutaient ont dû pour beaucoup recevoir un coup au plexus en l'entendant se féliciter de cette dénomination. Mais ce n'était que le début. Est venue ensuite l'affirmation que la réforme fiscale avait été faite. Circulez, il n'y a plus rien à réformer. Là c'est Yves Calvi qui est resté scotché sur sa chaise. A ce moment j'ai pensé à Thomas Piketty qui le 30 décembre dans Libération à la question « Voyez-vous vraiment le gouvernement Ayrault se lancer dans un grand soir fiscal en 2013 ? » répondait : « Malheureusement je crois qu’il n’en a ni la volonté ni le courage politique nécessaires. ». Comme quoi il avait bien vu ! Puis à la fin de l'émission est venue cette affirmation tranquille : « je n'ai jamais cru à la lutte de classes ». Ah oui ? Mais alors, monsieur Cahuzac comment avez-vous pu adhérer au Parti Socialiste en 1977 ? Il se réclamait de la lutte des classes à l'époque. Vous avez donc adhéré sur un mensonge ? Beau début en politique et quel cynisme ! Et à la fin la cerise sur le gâteau : sa charge contre Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il s'est tout d'un coup rappelé qu'il avait oublié un élément de langage, de ceux que savent si bien concocter les agences de com comme la sienne, Euro-Rscg : vous êtes un homme seul. Et là, sans même nous concerter sur le plateau, nous avons éclaté de rire. Seul, après la marche de la Bastille, les meetings du Capitole à Toulouse et celui du Prado à Marseille, et tous les autres meetings partout en France avec des milliers de personnes. Des millions de tracts distribués par une seule personne. Et pour finir 4 millions d'électeurs votant pour Jean-Luc Mélenchon candidat du Front de Gauche. Il faut vraiment être à court d'arguments pour sortir une telle énormité.

Je veut revenir sur un des points du débat, la CSG. A la question sur pourquoi il avait proposé la taxation à 75% par personne alors que l'impôt sur le revenu en France est calculé par foyer fiscal (motif d'invalidation utilisé par le Conseil Constitutionnel), il a rétorqué qu'après tout la CSG était bien un impôt individuel. Or la CSG n'a pas pas été créée ex-nihilo comme un nouvel impôt qui plus est individuel rompant ainsi avec le fonctionnement de l'impôt sur le revenu. Non, la CSG correspond à la fiscalisation de plusieurs cotisations sociales c'est à dire au transfert de cotisation sociale vers l'impôt. Mais ce n'est pas un impôt sur le revenu au sens de l'IRPP. Jérôme Cahuzac a donc menti par omission dans sa démonstration. Quant à la décision du Conseil Constitutionnel, si sur la forme elle est indiscutable à mon sens, la partie consistant à fixer un taux maximum d'impôt au delà duquel il deviendrait confiscatoire, revient à imposer le pouvoir des juges à la décision souveraine du Parlement. Ce n'est pas admissible.

Intervention au Mali : une impression de déjà-vu : la démocratie, les droits des femmes, la lutte contre le terrorisme. Malheureusement le Mali n'est pas le seul pays où la régression, basée sur la montée de l'intégrisme, frappe l'ensemble de la société et en premier lieu les femmes. Selon wikipedia, de nombreux pays ont aujourd'hui la charia comme base de leur droit : l'Arabie Saoudite, le Koweit, le Bahrein, les Emirats arabes unis, le Quatar, l'Oman, le Yémen, l'Iran, le Pakistan, l'Afghanistant, la Lybie, le Soudan, l'Egypte maintenant, la Somalie, et quelques états du nord du Nigéria. L'immense majorité de ces pays ne brillent pas par leur démocratie et les droits des femmes. Et les résultats des interventions extérieures dans ces pays ne sont pas particulièrement positifs : en général cela se termine en chaos, terrorisme, aggravation des antagonismes ethniques ou religieux. Il y a une grande leçon à tirer de cela : on ne peut pas faire le bonheur des peuples de l'extérieur. Les peuples doivent se prendre en charge et se battre pour leurs libertés, avec la solidarité d'autres peuples mais on ne peut pas régler les problèmes de démocratie de l'extérieur.

On peut comprendre que le peuple malien ne veuille pas basculer dans les ténèbres fondamentalistes. Mais il ne faudrait quand même pas oublier les origines de la crise au Mali : la déliquescence de l'état et la corruption à tous les niveaux non seulement dans la classe politique et économique mais semble-t-il aussi au niveau des associations, une armée peu équipée et dont une brigade formée spécialement par les Etats-Unis est carrément passée de l'autre bord, et un conflit historique entre nord touareg et sud africain réuni dans un seul état par la main de l'occupant colonial de l'époque, c'est à dire la France (voir le document de Survie http://survie.org/francafrique/mali/article/les-zones-d-ombres-de-l.) Voilà pourquoi nous revendiquons d'avoir un œil critique sur cette intervention.

Accord Mefef-syndicats minoritaires : cet accord a permis au Medef d'obtenir des reculs des droits des salariés qu'il exigeait depuis de nombreuses années et que Sarkozy n'avait pas osé lui octroyer. Mais nous dit-on il y a des avancées. Je suis en train d'en faire une analyse précise que je mettrais en ligne dans les jours qui viennent. En attendant, vous pouvez retrouver l'intégralité du texte de l'accord y compris les annexes sur le site de la CGT http://www.cgt.fr/spip.php?page=article_dossier2&id_article=39901

Pour ne pas faire trop long, je terminerai sur les nouvelles attaques du PS contre le PG et Jean-Luc Mélenchon. François Hollande a été clair pendant sa campagne présidentielle et lorsqu'il a assumé comme président de la République : ses 60 engagements n'étaient pas négociables. Malgré cela il n'a pas respecté son engagement de renégocier le traité européen pour l'austérité (TSCG). Dans ces conditions, le Front de Gauche a pris ses responsabilités : il n'était pas possible de participer au gouvernement puisque nous avions un désaccord de fond sur les politiques d'austérité. Puisque nous ne sommes pas dans la majorité gouvernementale, nous n'avons pas d'obligation de solidarité. Notre seule obligation est d'être transparent et cohérent devant les français : nous avons défendu des propositions pendant notre campagne, notamment contenues dans notre programme l'Humain d'abord, nous continuons à les défendre. Lorsque les lois présentées par le gouvernement vont dans le bon sens, nos parlementaires les votent. Lorsque ce n'est pas le cas, nous votons contre ou nous abstenons selon le cas. Ainsi le Front de Gauche votera la loi sur la mariage pour tous, et nous mobilisons au maximum pour soutenir cette loi, même si nous regrettons le recul sur la PMA. Mais à l'inverse, nous allons mobiliser toutes nos forces pour faire reculer le gouvernement sur la transposition de l'accord sur l'emploi et nous nous joindrons à toutes les actions unitaires allant en ce sens. Et nous lançons notre campagne des 25 propositions contre l'austérité : http://www.placeaupeuple2012.fr/le-front-de-gauche-lance-sa-campagne-lalternative-a-lausterite-cest/ Je le dis très clairement au PS : ce n'est pas la peine de nous menacer, vous ne nous ne ferez pas taire. Si vous voulez qu'on soit moins critique, changez de politique : nationaliser Florange, refuser de transcrire l'accord du Medef, abandonner Notre Dame des Landes, fermer Fessenheim et là vous nous trouverez à vos côtés.