Le plus désolant est de voir tous ceux qui s'enferrent dans des stratégies locales en croyant ainsi contrer le FN. La cantonale de Brignoles est l'exemple même de l'échec d'un tel choix. Le niveau de confusion était au maximum : une campagne PCF mêlant revendications très locales et dénonciation de l'austérité tout en distribuant en même temps un communiqué de soutien d'Harlem Désir ; un PS soutenant nationalement le candidat du PCF et localement celle d'EELV, laquelle se présentait comme la candidate de la gauche rassemblée soutenue par le PS local ! Le candidat du FN a au contraire fait une campagne tout à fait nationale ! Dans ce contexte, ceux qui avaient voté Hollande au second tour pour chasser Sarkozy ne se sont pas déplacés. Ils l'auraient peut-être fait s'ils avaient eu la conviction d'aller voter pour une politique clairement en rupture avec celle du gouvernement. Mais tout était embrouillé. Que répond le PS à cette situation ? Après avoir semé la pagaille localement, il ose tirer comme conclusion que la leçon dorénavant est de se regrouper derrière son panache rose. Or c'est la politique impulsée par l'Elysée et Matignon, consistant à céder à tous les lobbies patronaux et financiers, qui fait le lit du FN. Pourquoi voulez-vous que les agriculteurs acculés à la faillite, les salariés licenciés par milliers, celles et ceux qui ne peuvent retrouver d'emploi, jeunes, femmes, salariés âgés confrontés au chômage faute de pouvoir prendre leur retraite à 60 ans, tous victimes de la concurrence libre et non faussée vantée par tous nos libéraux de droite et de gauche réunis, zélateurs béats d'une Europe fer de lance de la mondialisation, aillent voter ?

Tous ceux qui céderont à l'injonction de rassemblement derrière le PS seront entraînés dans le gouffre avec lui et, bien plus grave, continueront à aggraver le désespoir de toutes celles et ceux qui veulent une alternative aux politiques d'austérité.

Le temps n'est pas à l'enfouissement local, il est à la bagarre nationale sur une ligne catégorique de rupture avec les politiques gouvernementales. En période de crise politique, c'est celui qui est clair et déterminé qui entraîne. Cela a été la force de la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle. C'est la perte de cette ligne claire qui fragilise le Front de Gauche aujourd'hui .

Stratégie électorale et cohérence politique

Le débat est effectivement animé au sein du Front de Gauche sur la stratégie municipale. A Paris, la direction du PCF vient de voter à 67% pour des listes avec le PS, en mettant en avant un la promesse de 13 places éligibles au conseil de paris et 32 conseillers d'arrondissement et de très limités engagements comme la non remise en cause du service public dans les quelques arrondissements où la collecte des déchets n'a pas fait partie des privatisations effectuées par l'exécutif PS sortant (pour mémoire 4 arrondissements de gauche, IIIème, XIXème, IXème et XVIème privatisés en juillet 2008 ).

Vous pouvez trouver la réaction du PG à ce vote http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/municipales-paris-reaction-au-vote-conseil-departemental-75-pcf-25164

Le Parti de Gauche défend depuis de nombreux mois le principe de listes impulsées par le Front de Gauche et autonomes par rapport au Parti Socialiste, particulièrement dans les grandes villes parce qu'on ne peut pas critiquer à juste titre la politique menée par ce gouvernement et ensuite s'allier avec ses représentants au 1er tour des municipales, comme par exemple à Lyon avec Gérard Collomb ou à Evry avec Francis Chouat, tous les 2 signataires d'une tribune de soutien à l'action de Valls contre les Roms. Comment peut-on légitimement voter au sénat contre le Grand Paris pour ensuite appeler à Paris, à l'alliance au 1er tour avec le PS qui a défendu le texte adopté ? Ce sont de telles contorsions qui font perdre toute confiance dans les forces politiques. C'est pourquoi le PG appelle à la cohérence politique.

Aussi je le dis fraternellement à mes camarades communistes et tout particulièrement à Pierre Laurent, ce choix de privilégier la certitude d'obtenir des élus va coûter cher au Front de Gauche. Je reprends quelques unes de tes réponses dans l'interview que tu as donné ce jour au Parisien et je m'étonne que tu ne te rendes pas compte toi-même combien c'est incompréhensible :

A la question, Votre candidat ne s’est pas qualifié pour le second tour dimanche dernier à Brignoles (Var). Comment l’expliquez-vous ? Tu réponds : '' « Par deux facteurs simples. Le premier, c’est que la politique gouvernementale provoque une démoralisation et une démobilisation massive de l’électorat de gauche qui se traduit par l’abstention. Le second, c’est que lorsque le Front national est à un très haut niveau, la division de la gauche entraîne son élimination au second tour. » et à une autre : Et quand Mélenchon estime que le principal pourvoyeur de voix du FN est à l’Elysée, il a raison ? La politique gouvernementale menée par Hollande et Ayrault montre tous les jours qu’elle est incapable de dynamiser et de rassembler la gauche. Elle conduit le pays dans des impasses et probablement à une crise politique aggravée. "''

Assez contradictoire, c'est le moins que l'on puisse dire : la politique gouvernementale provoque l'abstention de l'électorat de gauche, elle est incapable de rassembler la gauche, elle conduit le pays à une crise politique aggravée ... mais ... il faut faire des listes uniques avec le PS !

Heureusement dans nombre de villes, les militants communistes ont fait le choix de listes Front de Gauche, comme à Pau, à Tarbes, à Marseille et dans bien d'autres villes. Les militants communistes parisiens vont voter les 17-18 et 19 octobre. Ils peuvent encore voter pour qu'il y ait à Paris une liste avec toutes les forces du Front de Gauche y compris le PCF.

A défaut, le Parti de Gauche prendra ses responsabilités pour continuer la démarche du Front de Gauche à Paris et ailleurs avec toutes les forces disponibles du Front de gauche et dans le maximum de cas en élargissant à toutes celles et ceux qui veulent clairement dire non aux politiques d'austérité, que ce soit des groupes d'EELV ou du NPA ainsi que des collectifs citoyens locaux.