La perte de repères idéologiques

Pendant une grande partie du 20ème siècle, les conflits étaient structurés par l'affrontement des deux blocs, est et ouest, par les luttes de décolonisation, par la volonté de nombreux peuples de se battre pour un avenir meilleur. A l'époque il était courant de la part des gouvernements de dénoncer comme complot marxiste ce qui n'était que la juste lutte des travailleurs et classes populaires contre l'exploitation et l'oppression qu'ils subissaient. Il ne s'agissait pas de complot mais de luttes des classes et de solidarité internationale. La chute de l'URSS et des pays du bloc de l'est, liée à l'aspiration légitime des populations concernées à pouvoir vivre dans un état respectueux des libertés démocratiques, a rebattu les cartes.

Plus généralement, si pendant longtemps les patrons étaient connus, aujourd'hui la finance n'a plus de visage : les propriétaires des entreprises, des banques, du commerce... sont des fonds de pensions, d'investissements, tous totalement désincarnés. Les responsables de la situation vécue par chacun apparaissent de plus en plus lointain : l'Europe, la mondialisation, la finance...

Dans ce contexte, la compréhension qu'avaient les travailleurs et les classes populaires de leurs intérêts communs et de l'existence d'un seul adversaire, le capitalisme, a reculé. Le repli sur la religion est apparu comme une forme de résistance à la mondialisation et débouche sur des conflits meurtriers qui mettent en jeu l'ensemble des religions : bouddhistes contre musulmans en Inde, sunnites contre chiites et inversement au Moyen Orient, chrétiens contre musulmans en Centrafrique... L'analyse marxiste des conflits de classe a laissé la place à la croyance de complots de tout genre et tout niveau. Comme si les multinationales, les oligarchies des différents pays avaient besoin d'organiser des complots ! Ils se contentent de défendre leurs intérêts sur toute la planète et pour cela ils savent interrompre leur concurrence, se serrer les coudes et se venir en aide lorsque leurs intérêts sont en jeu. Pas besoin de complot pour cela, c'est juste le fonctionnement habituel du capitalisme, amplifié de nos jours par la mondialisation. Dans cette situation de globalisation, il devient plus difficile de défendre et d'agir pour les droits des salariés et des paysans et contre l'exploitation effrénée de notre écosystème.

La théorie des complots

La tentation est alors grande de chercher des explications plus faciles et c'est ainsi que l'on voit fleurir la théorie des complots, irréfutable par essence puisque toute tentative de démonter les explications conspirationnistes est en général retournée contre son auteur comme exemple même du fait qu'il y a bien un complot. Lutter contre une argumentation conspirationniste est aussi difficile que lutter contre une rumeur. Et encore plus de nos jours avec la rapidité et la capacité de diffusion octroyée par internet et les réseaux sociaux. Cette sensation de ne plus avoir de prise sur le monde actuel a donc ouvert la porte cette dernière décennie à des explications conspirationnistes qui justifient cette impuissance y compris dans certains milieux d'extrême-gauche qui évitent ainsi de se poser des questions sur leurs propres insuffisances. Quand le rejet du système et la théorie de l'impérialisme américain ennemi principal se conjuguent au bon vieux principe selon lequel les ennemis de mes ennemis sont mes amis, on voit surgir de bien sinistres rapprochements. La croyance en la toute puissance américaine amène ses plus farouches détracteurs à refuser d'imaginer qu'il puisse y avoir des failles dans le système (les USA ont pourtant bien été battus par le Vietnam) et en conséquence à refuser de reconnaître la réalité des attentats du 11 septembre 2001. Une fois dénoncée « l'imposture », il faut bien évidemment rechercher qui est responsable du complot. Et c'est là que réapparaissent les vieux démons de l'antisémitisme, parfois déguisés en antisionisme. Il est juste de dénoncer les politiques menées par les divers gouvernements israéliens et le soutien qu'ils peuvent recevoir ainsi que l'injustice faite aux palestiniens. Mais il est inadmissible de transformer ces critiques en le rejet d'un peuple tout entier et encore pire en mettant en cause tous les juifs de la planète.

Ne pas sous-estimer l'extrême-droite

Des idéologues d'extrême-droite ont compris qu'ils pouvaient tirer parti d'un tel contexte pour gagner la bataille idéologique. Eux aussi ont lu avec attention Gramsci et sa conception de l'hégémonie culturelle. Ils cherchent donc à multiplier les débats pour tirer parti de la confusion idéologique qui règne. Malheureusement de nombreuses personnes se laissent prendre à leur rhétorique, ce qui amène les mêmes camarades qui dénoncent le FN, à crier au scandale, à l'étouffement de la liberté d'expression et bien évidemment au complot pour faire taire les « antisystèmes », lorsque les liens avec les penseurs d'extrême-droite sont dénoncés. Alors soyons clairs. Nous combattons le système capitaliste, nous voulons en finir avec la 5ème République pour une 6ème République réellement démocratique, nous ne voulons plus de l'Europe telle qu'elle a été construite et nous voulons la refonder sur d'autres bases. Notre moteur idéologique est une analyse marxiste de la société, pas la recherche de complots. Nous n'avons donc rien à débattre avec tous ceux qui propagent des théories conspirationnistes, des idées d'extrême-droite, dont le racisme et l'antisémitisme. Qu'allons-nous discuter avec des gens qui s'en prennent aux nôtres ? ou avec ceux qui ne voient pas d'inconvénient à relayer de tels discours au nom de la défense de la liberté d'expression. Nous n'oublions pas que nos militants sont menacés régulièrement par des militants de ces réseaux et notamment deux camarades femmes menacées de mort en 2013.
En conséquence nous n'avons rien à discuter avec :

Alain Soral, Égalité et Réconciliation, spécialiste de l'ambiguïté, ancien du Comité national du FN, co-rédacteur du programme du Front National en 2007, et qui flirte avec l'antisémitisme. Grand ami de Dieudonné
Dieudonné dont les spectacles, mois après mois, versent dans le plus abject antisémitisme même s'il essaie de le faire de façon détournée en espérant ainsi échapper à la loi. Le 26 décembre 2006, il fait monter sur scène du Zénith le révisionniste Faurisson et le fait applaudir chaudement.
Thierry Meyssan à l'origine du Réseau Voltaire pour lutter contre l'extrême-droite et qui aujourd'hui a totalement abandonné ce combat pour verser dans le conspirationnisme actif et s'exprimer régulièrement sur le site Égalité et Réconciliation d'Alain Soral. Il a été aussi un fervent soutien de Mouammar Kadhafi, reste celui de Bachar el-Assad et considère que « l'axe de la résistance (est constitué par) Iran, Syrie, Hezbollah. »

Nous ne soutenons pas :

Étienne Chouard, à la pointe du combat contre le TCE mais qui maintenant au nom de la liberté d'expression défend toute personne qui lui paraît dire une chose intéressante sans se préoccuper de la totalité du propos. Ainsi peut-on lire sous sa plume des réactions comme « j'ai trouvé chez Soral — en plus de certaines de ses analyses que je trouve pertinentes, et de son courage qui est évident —, » et à propos du site de Soral, Égalité et Réconciliation « E&R, qui est considéré par certains comme diabolique et par d’autres comme héroïque (à chacun de juger, sur pièce), mais qui, en tout cas, ne manque pas de courage. » « son mouvement (E&R) est à l’évidence un exemple de mosaïque de couleurs et de religions (on peut sûrement leur reprocher plein de trucs, évidemment, mais l'accusation de racisme ne tient pas debout, à mon sens). » Rappel (voir plus haut) sur qui est Soral ! J'ai envie de paraphraser une célèbre formule : visiblement selon Étienne Chouard, Alain Soral et son site tiendrait des propos globalement positifs !
René Balme : maire de Grigny dans le Rhône, qui se fait le relais de Thierry Meyssan ainsi que du site complotiste Reopen911. Interpellé parce qu'il a laissé apparaître entre autres sur son ancien blog oulala.net des commentaires de soutien à Faurisson et aux thèses révisionnistes, après s'être montré surpris et avoir effacé les commentaires et fermé son site, il a préféré nous insulter et quitter le PG et ouvrir un nouveau site qui continue à propager les thèses conspirationnistes. C'est un désaccord de fond entre nous.

Ceci nous amène effectivement à ne plus inviter Étienne Chouard ou René Balme dans des réunions organisées par le PG et à ne pas participer à des débats avec eux.

L'habileté du FN et des réseaux d'extrême-droite aujourd'hui est d'utiliser le vocabulaire des altermondialistes. Mais lorsque Florian Philippot dénonce le TSCG, le GMT, la hausse de la TVA, etc. doit-on tirer comme conclusion que le FN tient des propos intéressants et qu'en conséquence il faut inviter ses représentants dans les débats que nous organisons ? Cela ne viendrait à l'idée de personne. Alors de la même manière, clairement le Parti de Gauche ne peut pas, ne doit pas inviter ou répondre à des invitations à des réunions avec des personnes qui entretiennent la confusion idéologique. Certains nous accusent en conséquence de vouloir bâillonner la liberté d'expression. De nos jours, internet facilite l'accès à l'information mais elle est proposée de manière non « hiérarchisée », tout se vaut, des propos racistes comme antiracistes. Devant la masse d'informations en circulation, il est très facile de s'y noyer car reconstituer par exemple la pensée globale d'une personne à partir des textes trouvés sur internet nécessite énormément de temps. A défaut, on dispose d'une information tronquée qui peut donc très bien ne donner accès qu'aux discours les plus « softs » ou masquer la cohérence du discours global.
Le rôle d'un parti est justement de proposer des éclairages, des analyses sur le monde qui nous entoure. C'est aussi de participer de la formation de ses militants et plus largement de l'éducation populaire pour que justement tout citoyen ait les moyens de juger en toute indépendance. Pour nous, l'antisémitisme n'est pas un détail sur lequel on pourrait tirer un trait sous prétexte que nous sommes d'accord avec tout le reste d'un discours. Ceux qui sont tentés par ce positionnement ne l'admettraient pas pour tout autre racisme. Soyons conséquents : lorsqu'on est antiraciste, on lutte contre tous les racismes de la même façon et on refuse les compromis avec tout discours semant la confusion. La liberté d'expression doit servir à l'émancipation de tous et pas à l'asservissement idéologique.