Travail du dimanche : aberration économique, sociale et écologique

Comme nous arrivons à mi-mandat, il n'y a plus de temps à perdre : le gouvernement a donc décidé de procéder par ordonnances pour toutes les mesures pour lesquelles il n'a pas de majorité dans son propre parti. Il pourrait en effet faire voter l'extension du travail du dimanche avec les voix de la droite qui se ferait ainsi un malin plaisir de venir à sa rescousse. Mais l'image laissée dans l'opinion serait désastreuse. L'argument de la nécessité d'agir vite est donc brandi pour justifier ce déni de démocratie. Or depuis la dernière réforme de 2009 du règlement de l'assemblée nationale, le temps de débat peut être limité à 30 heures, ce qui joint à la procédure d'urgence réduisant l'examen d'un texte à une seule lecture, permet finalement qu'un texte soit examiné en 2 semaines voir 2 semaines et demi au maximum. Un chamboulement dans notre vie avec l'extension du travail du dimanche ne justifierait pas de prendre aussi peu de temps ?

Le patronat a bien compris le signe envoyé : dans Paris les supérettes des diverses enseignes Monop, Franprix, Super U ...multiplient dorénavant les ouvertures le dimanche après-midi et n'hésitent plus à afficher des horaires de fermeture du dimanche postérieures à 13 heure ce qui est totalement illégal. Mais pourquoi se gêneraient-elles puisque aucune sanction ne les frappe ? Déjà sous la droite, cette tactique avait été utilisée pour obtenir la loi Mallié en 2009. Puisque cela lui avait si bien réussi, la grande distribution recommence et visiblement de nouveau elle va être payée de retour. Cela répond tout à fait à la doxa libérale de la politique de l'offre de Hollande mais c'est totalement absurde car les français ne peuvent pas dépenser plus que ce qu'ils ont dans leur porte-monnaie. Les dépenses du dimanche seront les non dépenses de la semaine. Par contre les travailleurs, et encore plus les travailleuses très nombreuses dans cette branche professionnelle, qui déjà ont du mal à trouver un emploi, n'auront pas le choix et devront se plier à ces nouveaux horaires, bien loin des discours lénifiants sur le volontariat. C'est donc bien d'une dégradation des conditions de travail dont il est question avec ce travail du dimanche. La majoration de salaire est minime voire non obligatoire dans les zones touristiques. Mais en plus pour aller travailler le dimanche lorsque vous avez des enfants il faut trouver une solution de garde et si c'est dans un lieu non desservi par les transports en commun, avoir une voiture ce qui signifie des dépenses supplémentaires en carburants. Au total la rémunération du travail du dimanche est bien entamée par les dépenses annexes nécessaires pour aller travailler. Enfin, lorsqu'il s'agit de grands centres commerciaux en périphérie des villes, l'ouverture du dimanche signifie une circulation automobile supplémentaire, donc plus d'émissions de gaz à effets de serre. Ces ouvertures du dimanche sont des aberrations économiques, sociales et écologiques.

Seuils sociaux

Déjà sous Sarkozy le Medef avait tenté de modifier ces dispositions. Il n'avait obtenu que des changements à la marge. Il est donc reparti à la charge et a été plus écouté par ce gouvernement du PS que par le précédent de l'UMP. Mais après tout que peut-on attendre de dirigeants politiques dont quasiment aucun n'a jamais été simple salarié dans une petite entreprise ? Pourtant la présence de délégués du personnel dans les entreprises de moins de 100 personnes est indispensable car les « petits patrons » ont trop souvent tendance à se croire tout permis et à peu respecter le code du travail. A partir de 11 salariés, il est donc possible actuellement d'exiger l'élection d'un délégué du personnel et de son suppléant. Et par expérience de travail en petite entreprise, je peux témoigner de l'importance d'avoir un délégué du personnel qui ose revendiquer le strict respect du code du travail. Car lorsque votre patron ne respecte pas la législation sur les horaires de travail, lorsqu'il installe un bureau dans un local sans aération, lorsqu'il oublie sciemment de verser la participation salariale pourtant obligatoire dans les entreprises d'au moins 50 salariés, lorsqu'il attribue le poste d'une salariée enceinte à un autre salarié etc ... le fait que le délégué du personnel arrive avec le code du travail et la menace d'en référer à l'inspection du travail a en général comme résultat de faire reculer le patron et de l'obliger à respecter le droit. Bon d'accord cela a aussi souvent comme conséquence un licenciement sous un motif ou un autre pour le délégué, expérience personnelle aussi vécue ! La suppression des délégués du personnel dans ces petites entreprises dégradera encore plus les conditions de travail des salariés.

Enfin il n'est pas inutile de rappeler que, hélas, beaucoup de petites entreprises n'ont aucune instance représentative du personnel, même pas un simple délégué du personnel. Ainsi, si au delà de 50 salariés, 94% des établissements ont au moins une institution représentative du personnel (DP ou DS ou CE), ce n'est le cas de que de 65 % des entreprises de 20 à 49 salariés, et ce pourcentage chute à 37% pour celles de 11 à 19 salariés. Par ailleurs le nombre de délégués syndicaux dans les entreprises d'au moins 20 salariés a tendance à baisser. Rien d'étonnant lorsqu'on connaît la répression qui les frappe.

Sanction contre les chômeurs

Plus qu'un long discours, il suffit de reprendre les expressions du PS, à l'occasion d'une annonce similaire de Sarkozy, et de certains de ces représentants en 2012, ce n'est pas si loin, mais quelques mois avant d'accéder aux responsabilités gouvernementales :

François Hollande : « il n'est jamais utile pour un président sortant qui est en échec de s'en prendre aux plus fragiles »

communiqué du PS de février 2012 : « Nicolas Sarkozy préfère combattre les chômeurs à défaut de combattre le chômage ...Choquant encore, parce que les Français, en quête de vérité de la part des politiques, savent pertinemment que le Président sortant feint grossièrement d’ignorer qu’il existe déjà des obligations drastiques et graduées qui pèsent sur les demandeurs d’emplois aujourd’hui. Comment expliquer autrement que nombre d’entre eux sont régulièrement radiés des listes de Pôle emploi ? ... Avec François Hollande, nous avons conscience que notre tâche ne sera pas d’accuser ni de diviser les Français, mais bien de redresser la France »

communiqué de Marisol Touraine en mars 2012 : "Pour masquer son échec social, le président sortant refait le coup de la chasse aux fraudeurs !"

Les propos de Rebsamen, homme qui n'a jamais eu à chercher du travail, sont particulièrement odieux alors que le chômage concerne plus de 5 millions de chômeurs. Après les critiques portées contre N. Sakozy, une fois au pouvoir le PS est incapable de faire mieux et ne trouve pas d'autre solution pour faire oublier son échec que la vieille recette libérale consistant à accuser les chômeurs de fraude pour pouvoir ensuite des la radier et ainsi améliorer les statistiques à défaut d'améliorer l'emploi.

Partenariats public-privé (PPP)

A l'occasion des 10 ans de la création de ce mécanisme, de nombreux rapports en ont tiré le bilan : tous s'accordent pour en souligner les effets néfastes, que ce soit par exemple celui remis le 16 juillet 2014 par la mission d’information de la Commission des lois du Sénat qui parle de « bombe à retardement budgétaire » ou celui de la Cour des Comptes à propos des PPP du plan hôpital 2007. En résumé, ils coûtent très cher aux collectivités ou à l'état et ne rapportent gros qu'aux entreprises privées qui les obtiennent soit Bouygues (21% des contrats), Eiffage (21%) et Vinci (près de l moitié de la valeur globale), au total ces 3 groupes ayant remporté 90 % des méga-contrats, GDF et Veolia se concentrant sur les contrats concernant l'énergie. Et pourtant Manuel Valls vient de proposer leur relance pour « faire la démonstration de notre optimisme". Il s'agit plutôt de faire la démonstration de l'irresponsabilité budgétaire, financière et souvent écologique puisque cela concerne notamment des grands projets comme Notre-Dame-des-landes ou les nouvelles lignes ferroviaires à très grande vitesse dénoncées par de nombreuses associations et le PG pour leur rôle de « désaménagement du territoire ». Dans les deux cas c'est Vinci qui empochera les dividendes et l'état et les régions qui paieront en cas, fort probable, de bénéfices moindre que ceux proclamés pour justifier ces grands projets inutiles.

Encadrement des loyers et garantie universelle des loyers

On avait déjà connu des lois votées mais jamais appliquée. La plus emblématique fut celle créant le CPE (contrat première embauche au rabais pour les jeunes de moins de 26 ans). Mais c'est une mobilisation de la jeunesse soutenue par les syndicats de salariés qui en avait eu raison. Aussi je crois bien que nous sommes en train d'assister à une grande première : une loi votée par l'ensemble des parlementaires du PS sans même une abstention est désavouée avant même le moindre commencement d'application. Mais cette fois-ci ce n'est pas une mobilisation populaire qui aura fait céder le gouvernement mais le lobbying des acteurs du secteur immobilier ! Nous avons donc gouvernement issu du PS qui est plus à l'écoute des riches que de son propre électorat.

La mesquinerie consistant à renommer la loi de la nouvelle ministre du logement, Sylvia Pinel membre du PRG, démontre surtout la volonté de Manuel Valls d'écraser toute velléité de résistance que ce soit chez ses anciens partenaires de la majorité comme EELV ou celle pouvant provenir de l'aile critique du PS.

Refuser la confiance au gouvernement Valls II

Dans ce contexte de mise au pas des parlementaires de son propre camp, tous ceux qui critiquent sont placés devant leurs responsabilités : que feront-ils pour le vote sur la confiance du gouvernement Valls II ? Demander aux « frondeurs » de voter contre est-ce un ultimatum ? Refuser la confiance à Valls ne veut d'ailleurs pas dire dissolution automatique comme cherche à le faire croire certains. En effet la constitution de la 5ème République ne prévoit aucune conséquence concrète du rejet d'un vote de confiance sur une déclaration générale. La répercussion serait donc strictement politique car personne n'imagine qu'un premier ministre désavoué pourrait continuer à appliquer sa politique. Mais rien n'empêche alors le Président de la République de nommer un autre premier ministre qui n'a pas d'obligation constitutionnelle de demander un vote de confiance. Bien sûr cela serait le signe d'une grave crise politique. Mais puisque les « frondeurs » disent vouloir faire pression pour obtenir un changement de cap, c'est la seule voie réelle envisageable. Une abstention ne ferait que conforter Manuel Valls.

Mais il faut regarder la réalité en face, même si c'est très douloureux : le Parti Socialiste n'a plus rien de socialiste (rappelez-vous Manuels Valls voulait justement en finir avec ce nom) et le nom ne fait plus illusion. Malheureusement il déconsidère le mot de socialisme et au delà le fait de se réclamer de la gauche car pour la majorité de nos concitoyens aujourd'hui "droite et gauche, c'est pareil".

Toutes celles et ceux, venant du PS, de EELV, du Front de Gauche ou de toute autre force qui se réclamait de la gauche, qui veulent ne pas sombrer avec le PS mais au contraire redonner de l'espoir, doivent montrer qu'une autre politique est possible : il n'y a pas de fatalité à accepter que les riches soient de plus en riche et les pauvres de plus en plus pauvres, que le bouleversement climatique soit inéluctable, que le pouvoir soit confisqué par une petite caste, que le FN arrive au pouvoir. Mais pour cela, il faut être extrêmement clair vis à vis de la politique menée par ce gouvernement : ce n'est pas ni oui ni non, C'EST NON !