Ma tribune dans l'Huma

La France vit un moment de profonde délégitimation de ses institutions. Alors que la politique de Manuel Valls et ­François Hollande est rejetée massivement, le gouvernement, s’arc-boutant sur les institutions, peut continuer dans son obstination austéritaire. Ce n’est pas la première fois qu’un président est élu sur une promesse d’orientation pour ensuite faire le contraire. La Ve République lui permet de ne rendre de comptes ni au Parlement et encore moins au peuple dont il est censé tirer directement sa légitimité. Celles et ceux qui ont voté pour changer de politique sont donc légitimement écœurés et furieux. Ils en tirent souvent la conclusion que, puisque leur vote n’est pas respecté, autant s’abstenir. Le discrédit des institutions politiques et la crise de la droite rattrapée par de nouvelles affaires ont atteint un tel niveau que le Front national peut prospérer sur le « tous pourris » convaincu que son heure arrive. Ce n’est pas un hasard s’il défend maintenant la Ve République, espérant gagner l’élection présidentielle de 2017 et utiliser ensuite les possibilités institutionnelles telles que le référendum et le pouvoir de dissolution. C’est donc la forme oligarchique du système actuel qui est en cause.

Au sein du Front de gauche, nombreux sont ceux pour qui, certes la VIe République fait partie du bagage commun défendu lors de la campagne présidentielle, mais qui y opposent la priorité des urgences sociales. Pour le Parti de gauche, il ne saurait y avoir opposition. Toutes les luttes actuelles montrent la nécessité d’une nouvelle Constitution garantissant de nouveaux droits, personnels, démocratiques, écologiques et sociaux pour que le peuple soit souverain : contre les politiques d’austérité qui ­remettent en cause l’accès à la contraception et à l’IVG, droit à disposer de son corps qui doit aller jusqu’au droit à mourir dans la dignité ; contre la restriction de l’accès aux soins, droit à la santé ; contre le mal-logement, droit au logement ; contre la toute-puissance patronale, droits de veto des comités d’entreprise ; contre le bradage de nos entreprises, droit de reprise par les salariés ou par la puissance publique ; contre les lobbies industriels, protection des lanceurs d’alerte ; contre la fuite en avant dans le modèle productiviste, la règle verte pour protéger notre écosystème ; contre les aventures militaires, sortie de l’Otan… Le bloc de constitutionnalité actuel incluant le préambule de la Constitution de 1946 et la charte de l’environnement, aux côtés de droits fondamentaux, précisent les formes d’organisation et de fonctionnement des institutions qui sont aussi à revoir en affirmant le refus de la compétition territoriale imposée par l’Europe libérale, la nécessité de la proportionnelle dans tous les scrutins avec obligation de parité, le droit de vote pour les résidents étrangers, le refus du cumul de mandats, l’inéligibilité à vie en cas de condamnation pour fraude fiscale ou abus de biens ­sociaux…

Mais se contenter de proposer le remplacement de la Ve République par une VIe République serait totalement inopérant. La méthode est fondamentale : il ne s’agit pas d’arriver avec une Constitution rédigée par un comité d’experts qu’il suffirait ensuite d’adopter ou de rejeter. C’est à une Assemblée constituante, élue à la proportionnelle et sans que les parlementaires sortants puissent se présenter, que doit revenir la rédaction d’une nouvelle Constitution. Plus que jamais « place au peuple » : c’est la raison du mouvement pour la VIe République pour mener la campagne pour la Constituante et reconstruire une alternative démocratique, sociale et écologique qui donne envie de réinvestir la politique à toutes celles et tous ceux qui, aujourd’hui, ont perdu confiance.