Le sursaut de participation au second tour est comparable à celui du deuxième tour de la présidentielle de 2002 : +8,5 points cette fois-ci contre +8,11 à l'époque (+4,89 au deuxième tour de la régionale 2010 et +4,82 à celui des régionales 2004).

L'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (+23,2 %) (à noter une liste régionaliste de droite atteignant 11% en Alsace) et la Bourgogne-Franche-Comté (+20,9 %), menacées par Front national à l’issue du premier tour, sont les deux régions à avoir connu la plus forte progression de participation. PACA n'a connu une progression que de 16,1% mais une hausse du vote FN de 23,11%. A l'inverse le Nord-Pas-de-Calais-Picardie n'a connu une hausse que de 11,8% quasi identique à la hausse du vote FN 11,7% comme s'il n'avait plus de réserve supplémentaire par rapport aux autres forces politiques au second tour. Les régions ayant connues la plus faible hausse de participation au second tour sont celles où le risque FN était absent (FN en dessous de 30%) : Bretagne (+10,3 %, à noter), Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes 13,4% et Pays de Loire 14,6% et où le second tour semblait joué.

Relatif échec de la Droite

Au premier tour, dans 4 régions le score est inférieur à celui de 2010. En dehors des deux régions acquises par la droite grâce au retrait du PS, Normandie et Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine sont gagnées par des listes à profil plus centristes, Aura et Pays de Loire par des listes à profil de la droite dure, et deux sont perdues, Centre et Bourgogne, par des listes menées par des centristes. Difficile dans ces conditions d'en tirer quelque conclusion même si Sarkozy a intérêt a faire une lecture de victoires grâce à une ligne de droite dure.

Démarches citoyennes non concluantes

La seule qui est allée jusqu'à la présentation de liste est la Vague citoyenne en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente où elle a obtenu 1,85% des voix et avec pour principal résultat d'empêcher la liste du FG de franchir les 5%. Il est d'ailleurs très intéressant de voir qu'une liste Nouvelle Donne dans cette même région atteint 1,21% démontrant par là-même que la démarche dite spécifique de la Vague citoyenne n'a pas plus d'impact qu'une liste traditionnelle de parti. Scores des 3 autres listes ND en France : 0,83% en Midi- Pyrénées Languedoc Roussillon, 0,79 en Normandie et 0,64% en PACA au lieu de 2% à 3% aux européennes.

Une spécificité Corse

La victoire de la liste menée par Gilles Simeoni, maire de Bastia qu'il a conquis en 2014 sur Paul Giacobbi déjà, a été un véritable coup de tonnerre, avec à l'issue du 1er tour un éparpillement record de 6 listes pouvant se maintenir plus une septième pouvant fusionner. Elle masque la nouveauté du score FN à 10,58% qui arrive même en deuxième position à Ajaccio avec 16%. Mais cette victoire des autonomistes et des indépendantistes au deuxième tour (17,62% et 7,72 % au 1er tour) est d'abord celle des autonomistes et de son chef de file G. Simeoni et non des indépendantistes et cache paradoxalement un recul par rapport au 1er tour de 2010 (-2 points pour les indépendantistes et -1 pour les autonomistes). Pourtant au second tour, le total de voix gagnées par la liste fusionnée 18 883 est supérieur au total de votes supplémentaires 15 536 . Comme si des électeurs corses avaient décidé d'utiliser ce bulletin pour exprimer localement un «que se vayan todos » contre les clans et les partis déconsidérés par la corruption et les affaires.

Apparition d'un vote « musulman » en IDF

Une liste «Union des Démocrates Musulmans Français» a atteint 5,9% à Mantes-la-Jolie arrivant en 4ème devant EELV et le FG, 4,71 % à Villetaneuse avec 3 bureaux supérieurs à 5% dont 1 à 6,93 (à noter que ce sont aussi les bureaux où le FN et la droite sont le plus faibles) 4,71% à Chanteloup les Vignes (avec un bureau à 13,97% et un à, 9,80%), 4,38% aux Mureaux, 4,4% à la Courneuve avec des bureaux au dessus de 8%, 4,2% à Trappe avec 6 bureaux sur 14 au dessus de 5%, 3,72 % à Villeneuve la Garenne, 3,70 % à Stains, 3,66% à Montereau, 2,91 % à Bobigny.  Les bulletins de vote n'ont pas été disponibles partout mais il semble que des secteurs précis aient été ciblés. Ainsi à Paris si on prend le 19ème et le 20ème arrondissements plus de la moitié des votes émis sont concentrés dans moins de 5 bureaux pendant qu'aucun vote n'est émis dans la majorité des bureaux.

  • Leçons à gauche

Le Parti Socialiste ne s'écroule pas (23,48%) et améliore même un peu son score par rapport aux départementales (21,85 %). Certes le PS perd 50% de ses élus sortants, de 670 à 339, après avoir perdu 162 villes de plus de 9 000 habitants aux municipales de 2014 et 24 départements en 2015. Il perd cette fois-ci l'équivalent d'une dizaine d'anciennes régions et ne gagne que grâce à des triangulaires sauf en Bretagne avec 51,41% des voix. A noter que l'obstination de Le Drian à refuser la fusion avec EELV, qui avait obtenu 6,70% au premier tour (contre 17,37% au second tour en 2010 après s'être maintenu et gagné 5 points), n'a pas empêché sa victoire pas plus que la liste régionaliste de Christian Troadec, ancien porte-parole des Bonnets rouges (6,71% surtout concentrée autour de Carhaix, ville dont il est maire et conseiller départemental). Le vote blanc a augmenté mais sans conséquence et le PS a ainsi éliminé totalement EELV du conseil régional.

Au final, avoir sauvé 5 régions, soit 2 de plus que le pire scénario donné possible avant le premier tour, est plutôt une satisfaction pour la direction du PS qui considère ainsi avoir «sauvé les meubles». Pourtant le total «gauche» du premier tour, 35% , est le plus faible depuis que les conseils régionaux sont élus au suffrage universel (1986). A noter que les villes qui votent le plus à gauche sont celles de plus 25 000 habitants. Il faut reconnaître aussi que l'appel à faire barrage au FN a fonctionné dans les deux régions concernées, même s'il semble que l'électorat FG y ait été le moins sensible et si des scores de 45,22 % et de 42,23% pour le FN seul contre tous montrent que ce barrage n'est qu'un pis aller provisoire qui risque d'être assez vite submergé. A l'opposé, le maintien de la liste de Jean-Pierrre Masseret, faisant un score similaire à celui du premier tour même si une partie de son électorat entre les 2 tours s'est modifié, a fait la démonstration que le FN pouvait être battu dans une triangulaire.

EELV recule massivement, avec une moyenne nationale de 6,81% et deux régions en dessous de 5% (Nord Pas de Calais Picardie 4,83% et Bourgogne-Franche-Comté 3,91%) passant de 265 élus régionaux sortants, présents dans toutes les régions, à 66 dans 7 régions et des vice-présidences dans deux régions, ALPC et LRMP, au lieu de 19 régions avec l'ancien découpage.

Certains se sont empressés d'accuser les alliances avec le PG ou le FG d'avoir brouillé leur identité et d'être responsables de ce résultat. En fait EELV s'est laissé griser par de rares bons résultats précédents en oubliant le reste. Ainsi les listes EELV avaient obtenu 16,28% aux européennes de 2009 mais seulement 8,95 en 2014 soit 7,33 points de moins. De même aux départementales le score est passé de 12,18% en 2010 à 6,63 en 2015 soit 5,55 points de moins. Et pour rappel aux régionales de 2004, Les Verts ne s'étaient présentés de manière autonome que dans 5 régions sur 22 avec des scores de 5,61 (Auvergne) à 10,09 en Rhônes-Alpes en passant par 6,02% en Limousin, 6,28% en Nord Pas de Calais et 9,70% en Bretagne (mais avec l'UDB qui cette fois-ci est partie avec le PS). En résumé, les scores inhabituels sont ceux de 2009 et 2010, années fastes du lancement de EELV. Aujourd'hui c'est le retour au socle historique des Verts mais dans un contexte politique bien dégradé. Le PG et le FG n'ont donc aucune responsabilité dans le recul d'EELV.

Les résultats de Paris, avec toute leur spécificité, sont d'ailleurs très intéressants : en 2010, 148 324 voix vont au PS, 116 207 voix à EELV et 34 505 au FG. En 2015, 192 018 voix vont au PS soit 43 694 voix de plus ou +29,45%, EELV se contente de 66 702 voix soit 49 505 de moins ou -42,60% et le FG gagne lui 7 113 avec 41 618 voix soit +20,61%. EELV est donc la seule force à reculer à gauche à Paris.

Plus globalement au niveau de l'IDF, région qui n'a pas été modifiée par rapport à 2010, la liste EELV conduite par sa secrétaire nationale, Emmanuelle Cosse, a perdu 8,55 points (de 16,58% à 8,03%) et 47,55% de ses voix pendant que le FG améliorait son score de 0,7 points et de 19 746 votes.

Au final, le bipartisme de la 5ème République est en train de se changer en tripartisme au bénéfice de l'extrême-droite. Il est à noter que les différents partis ou forces politiques autres qui ont essayé d'émerger dans la dernière décennie notamment avec un discours sur la rénovation de la vie politique, après une première phase d'euphorie ont vite connu des limites avant de s'effondrer ou au moins de subir un recul très important.

Modem 2007 : la tentative de construire une force du centre indépendante a échoué

NPA 2009 : croire qu'il pouvait construire seul l'alternative à gauche a débouché sur une crise majeure et des scissions à répétition

EELV 2009 créé pour dépasser les Verts en se positionnant sur une ligne moins radicale pour attirer une partie de l'électorat centriste et PS n'aura fonctionné que le temps de deux élections. Aujourd'hui c'est le retour à la case départ dans un contexte bien plus difficile

Front de Gauche 2009 voir plus bas

Nouvelle Donne nov 2013 aura été le champignon politique le plus éphémère de cette décennie


  • Où en est le FG aujourd'hui et quelles ont été nos erreurs

Front de Gauche illisible dans ces régionales

Dès le début aucune stratégie nationale n'a été possible, le PCF considérant qu'il s'agissait d'une élection locale où chacun faisait ce qu'il voulait dans sa région.

Côté PG, notre orientation conçue comme une stratégie nationale articulait implication citoyenne et alliances politiques larges. Mais de fait deux interprétations en ont découlé.

D'un côté une orientation pensant qu'on pouvait se passer des partis qui ne devaient être qu'au service d'un mouvement citoyen allant jusqu'à opposer les citoyens aux partis dans des réunions où la majorité des présents appartenaient à des partis dont le PG. Menée jusqu'au bout, cette orientation a débouché sur la liste de la Vague citoyenne en Aquitaine. Ailleurs, la faiblesse de la mobilisation citoyenne et le risque de ne pas atteindre les 5% à amener à recaler le positionnement vers une articulation entre assemblées citoyennes et partis.

De l'autre la volonté d'élargir des alliances au delà du FG en incluant EELV. Juste sur le fonds, cette ligne a souffert de l'impossibilité de la mener nationalement y compris en notre sein. Elle a débouché sur des accords à la carte aggravés par des bagarres entre PCF et EELV pour obtenir les têtes de liste débouchant sur des listes concurrentes dans 3 régions où des discussions poussées montrent qu'un accord était pourtant possible : NpdCP, Aura, Bretagne. Le bilan n'est positif pour personne.

  • 4 formules différentes pour les forces du Front de Gauche :

Deux alliances EELV-PG s'opposant à deux listes PCF

Le résultat, 4,83% en Nord Pas de Calais Picardie, a été une surprise et démontre que le rapport de force était du côté du PCF (5,32%). L'Auvergne Rhône-Alpes donne le rapport inverse (6,90% contre 5,39% au PCF). La démarche de rassemblement engagée dans la suite de l'élection de Grenoble puis des départementales (EELV, PG, Ensemble, Nouvelle Donne, NGS ...)n'a cependant pas produit l'effet d'entraînement espéré. A noter que le débauchage du secrétaire départemental PG de Haute-Loire par le PCF s'est soldé par son éviction au second tour pour faire élire un PCF pur jus.

Les alliances avaient permis d'additionner à peu près les électorats lors des municipales, moins déjà aux départementales sauf en cas de candidat connu dans son canton et particulièrement apprécié. Au niveau des régionales, par contre cette addition semble moins fonctionner lorsque le FG est divisé et donc n'emmène pas avec lui une réelle dynamique.

Deux listes PCF sous étiquette FG

Dans les deux cas, ni le PG ni Ensemble ne participant à une autre liste, les listes PCF étaient les seules à utiliser le logo FG, dans des régions qui n'avaient pas changer de périmètre.

Le pire résultat est en Pays de Loire 3,33% avec seulement une vingtaine de communes au dessus de 5%. Le PG et Ensemble! avait refusé de s'y joindre notamment à cause du soutien du PCF à l'aéroport de Notre-Dame des Landes. Elle fait moins que la liste PG-NPA de 2010 qui avait raté les 5% de quelques voix. A noter d'ailleurs que ces votes de 2010 ne se sont retrouvés ni sur la liste LO pour laquelle appelait à voter le NPA (1,47% en 2015 contre 1,60% en 2010 !), ni dans les blancs ou nuls (4,70 % contre 4,21%), ni par une augmentation significative de l'abstention (51,77% e 2015 contre 50,03% en 2010), ni par une hausse du vote PS (25,75 en 2015 contre 34,36 en 2010). Comme il est peu vraisemblable que toutes ses voix perdues « à gauche » se soient transférées vers le vote FN (21,35%), la seule explication consiste à penser que la majorité d'abstentionnistes de 2010 n'est pas la même que celle de 2015.

Dans la région Centre, ( PG et Ensemble! refusant de participer à une liste conduite par Nicolas Sansu, déjà député-maire), Nicolas Sansu n'a pas atteint les 5% (4,59% contre 7,53% pour MF Beaufils) qu'il ne dépasse que dans le Cher contrairement à 2010 où c'était le cas dans les 6 départements. Il est difficile de savoir où ont pu se porter les votes FG refusant de voter PCF puisque le taux d'abstention 50,46% est plus faible qu'en 2010 53,59% et le nombre de blancs et nuls 4,48% légèrement inférieur à celui de 4,64% en 2010.

La forme d'expression des déçus du FG est donc difficile à détecter dans ces deux régions.

Le PCF continue à reculer dans ses bastions historiques__ (Centre et Limousin), seule la Seine-Maritime surnage. Sur toute la France, à peine 80 communes (Allier, Puy-de-Dôme, Limousin et IDF) ont placé les listes Front de Gauche ou communiste en tête au premier tour alors que le PCF dirige encore 669 communes. Il ne disposera plus que de 27 conseillers régionaux contre 100 sortants et 183 lors de leur niveau le plus fort en 2004 et sera absent de 7 des 13 exécutifs régionaux. Il paie très fort le retrait des listes PS et donc l'impossibilité de fusionner en Nord-Pas-de-Calais Picardie et PACA, ainsi que l'effondrement dans deux bastions historiques, le Centre et le Limousin.

Listes FG dans 6 régions

Bretagne (mais des cadres du PCF sont partis sur la liste du PS), Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Bourgogne-Franche Comté, Normandie et IDF. Seule ces deux dernières franchissent le cap des 5%. Mais une nouvelle fois, l'hégémonie du PCF laissera des traces. Déjà il a exigé à chaque fois d'avoir la tête de liste. Puis en Normandie, en excluant le PG et tout candidat s'opposant à la participation à l'exécutif, des discussions de second tour, le PCF a montré que la sauvegarde de ses postes au détriment de ses partenaires, comptait plus que la construction de relations de confiance au sein du FG.

Deux liste FG- EELV

La seule liste à gauche du PS à franchir la barre des 10% est celle réunissant tout le FG et EELV en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Elle a pourtant dû affronter une liste Nouvelle Donne (0,83%). Partie d'une démarche citoyenne, elle a su l'articuler avec la participation des partis permettant d'en tirer un bilan positif en terme de construction collective, d'implication et de dynamique citoyenne.

Si la même configuration en PACA n'a permis d'obtenir que 6,54%, on est en droit de se demander ce qu'il serait advenu avec deux listes distinctes.

Pourtant il existe un espace politique FG-EELV autour de 10%

Au final, la somme dans chaque région des listes regroupant les diverses forces du Front de Gauche et EELV va de 8,53% le score le plus faible en Bourgogne-Franche Comté et 9,77 % en Alsace-Champagne-Lorraine à 14,66% en IDF. Certes des listes communes n'auraient pas forcément additionner à 100% les électorats mais jointes à une démarche nationale on peut penser que la dynamique créée aurait permis de meilleurs scores collectifs.

Le deuxième tour a beaucoup mobilisé le PG, ainsi que Ensemble d'ailleurs, sur fusion ou non avec les listes PS. Nous nous sommes beaucoup déchirés pour au final avoir comme seule question à se poser, retirons-nous nos candidats des listes fusionnées dans 3 régions. Il semble que le positionnement de notre électorat soit moins radical que celui de notre microcosme. Ainsi en IDF l'augmentation du nombre de bulletins blancs et nuls au second tour (+39 950) ne suffit pas à expliquer le retard de la liste de C. Bartolone par rapport à celle de V. Pecresse (60 143 voix de différence). Des relevés effectués sur les listes d'émargement de certains bureaux de vote parisiens auraient tendance à montrer un électorat jeune s'étant abstenu au premier tour et venant voter au second alors qu'à l'inverse un électorat né dans les années 70 se serait au contraire abstenu au second tour. Différence de positionnement par rapport aux renoncements du PS ?

A la sortie de ces élections, un bilan global non seulement de cette séquence électorale, mais plus globalement de la séquence politique ouverte à l'issue de la présidentielle de 2012 est nécessaire pour aider à se poser les bonnes questions pour la nouvelle séquence qui s'ouvre.