Un recul des perspectives de révolution citoyenne sur toute la planète_

Nous subissons au niveau international une nouvelle période de montée des régressions libérales et de l'obscurantisme religieux avec ses conséquences en termes de conflits violents et de terrorisme. C'est vrai en Amérique Latine (offensive de la droite libérale en Argentine, Brésil, Venezuela) comme au Moyen-Orient avec la régression autoritaire en Égypte et en Turquie et la montée de Daesh, comme en Europe avec la poursuite de l'offensive libérale dans tous les pays et les poussées de xénophobie dans nombre d'entre eux.
Dans ce cadre bien difficile, le score de Podemos aux dernières élections espagnoles est bien l'exception. Mais on peut s'inquiéter que, dans un pays où le taux de chômage dépasse les 28% et où une fraction importante de la jeunesse est obligée de s'exiler, le vote de rupture ne dépasse pas 25% (Podemos+IU). Syriza en Grèce a renoncé à l'affrontement avec la troïka européenne et se trouve contraint d'appliquer toutes les mesures antisociales refusées précédemment. L'acceptation du mémorandum est venue clore l'espoir soulevé d'une alternative immédiate aux politiques européennes d'austérité.


Oser regarder la réalité en face : la situation française n'est pas meilleure

La dynamique créée par la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, 4 millions de voix, s'est prolongée dans les marches appelées sous l'impulsion du Front de Gauche mais avec un succès diminuant peu à peu : 30 septembre 2012 contre le TSCG, marche citoyenne pour la 6ème République du 5 mai 2013, 1er décembre 2013 pour la révolution fiscale, 12 avril 2014 contre le pacte de responsabilité et l'austérité.

Nous nous sommes heurtés à l'intransigeance du pouvoir qui avait bien compris que la moindre faiblesse de sa part pouvait le mettre en difficulté. C'est ainsi qu'après l'avoir promis, Hollande a rejeté toute loi d'amnistie des syndicalistes et militants associatifs victimes de la répression sous Sarkozy. Cet échec, plus la poursuite sans dévier de la politique austéritaire du gouvernement, ont fini par démobiliser y compris les secteurs les plus combatifs. Certes, certaines luttes, totalement soutenues par le Front de Gauche, ont fini par gagner : les Pilpa, les Fralib. Mais face à tant d'autres fermetures d'entreprises que nous n'avons pas réussi à empêcher, face à la poursuite des politiques libérales dont le résultat consiste en une aggravation des inégalités, le Front de Gauche n'a pas réussi à apparaître comme celui en capacité de protéger les intérêts des classes populaires. Il ne faut pas oublier non plus la répression de plus en plus dure contre les luttes comme nous venons de le voir avec la condamnation à de la prison ferme des 8 syndicalistes de Goodyear ou la confiscation de véhicules et de tracteurs pour opération escargot afin de protester contre Notre-Dame des Landes

L'optimisme et le volontarisme ne peuvent pas tout résoudre.

À chaque échéance électorale, nous annoncions vouloir passer devant le PS, renverser la table et construire des formes de pouvoir citoyen. Mais le PS ne s'est pas effondré. Et l'ambiance dans le pays n'est pas aux mobilisations citoyennes de masse. Notre enthousiasme nous a amenés à repeindre la situation en plus favorable qu'elle n'était et à nier la réalité.

Il faut reconnaître que les mobilisations sociales sont faibles et que Hollande et son gouvernement remplissent le rôle que Sarkozy n'a pas su occuper : briser les résistances populaires pour poursuivre la casse du droit du travail, des protections sociales et des services publics. Les libéraux de droite comme de gauche ont tiré une leçon de la défaite du mouvement social contre la réforme des retraites de 2010 : il est possible de passer en force. Jusqu'ici les classes moyennes et l'intelligentsia cherchaient à se consoler en se disant qu'au moins le PS défendait des valeurs de gauche. Ce dernier marqueur est tombé avec la promotion de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français ainsi que l'état d'urgence.

Nous devons nous mettre d'accord sur la gestion du temps : il ne s'agit plus de renverser la table à court terme mais d'accepter que le temps est plus long. Sinon nous en serons réduits aux coup de barre constants pour essayer régulièrement d'ajuster à la réalité une ligne trop optimiste. Une analyse moins optimiste de la conjoncture implique un travail à plus long terme.

Un Front de Gauche au bout de sa dynamique ?

Le Front de Gauche avait été conçu pour lutter contre l'éparpillement des forces à gauche du PS, pour éviter de se retrouver dans la situation de la présidentielle de 2007 avec des candidats concourant à celui qui obtiendrait moins de 2% et terminer dans un paysage à l'italienne avec disparition de toute gauche digne de ce nom. La présidentielle de 2012 a été une réussite. Mais nous n'avons pas su faire fructifier le résultat.

Il y a eu le traumatisme des municipales avec le choix du PCF de partir dans la moitié des cas avec le PS et en plus de l'affirmer en tant que stratégie nationale. Les batailles autour de l'utilisation du sigle FG ont laissé localement des plaies ouvertes et ont installé une défiance réciproque et profonde. Les expériences de liste commune avec EELV menées dans plusieurs communes ont abouti à d'assez bons résultats laissant entrevoir l'intérêt de rassemblement de listes FG-EELV. Mais la direction d'EELV, procédant à une analyse fausse quant à leur recul électoral global, a vite sifflé la fin de ces convergences. Grenoble avait donné une confirmation à notre stratégie constamment affirmée d'un PS en voie d'écroulement et d'une possibilité de passer devant et de gagner en entraînant une dynamique populaire. Malheureusement ce fut la seule victoire et la tentative de reproduire un schéma similaire au niveau du département l'année suivante, permettra certes un résultat intéressant mais pas au point de passer devant le PS et de gagner.

Les élections européennes de mai 2014 se sont déroulées dans ce climat de défiance au sein du FG et se sont soldées par un résultat en stagnation de 6,5% et la perte du siège de la région Nord. Pour les élections régionales je vous renvoie au billet que j'ai publié sur ce blog http://www.martine-billard.fr/post/2015/12/26/Quelques-r%C3%A9flexins-de-bilan-des-%C3%A9lections-r%C3%A9gionales-et-de-la-s%C3%A9quence-2012-2015

De l'incapacité de passer d'un cartel à un mouvement national de masse

La première erreur, et à vrai dire l'erreur fondamentale, a été de maintenir le FG sous forme cartel. Le PG a essayé de poser le débat en son sein. Ainsi la résolution du Conseil National de juin 2012 : « Il est nécessaire d'avancer sur la façon de poursuivre les assemblées citoyennes et les possibilités d'adhésion au Front de Gauche, au moins localement. La volonté d'y intégrer les citoyennes et citoyens qui ne veulent pas s'engager dans l'un de ses partis est partagée par tous. Nous proposons donc que la discussion s’engage sur ces questions. »

Devant le refus absolu du PCF d'envisager une force politique avec adhésions directes, tant le PG que les forces qui ensuite constitueront Ensemble ! n'ont pas osé aller à l'affrontement et construire des collectifs FG à la base. Là où le PCF était hégémonique ou anti FG, les militants désireux de constituer le FG en front de masse ont soit eu peur d'être étouffés soit n'ont pas trouvé comment passer outre l'opposition du PCF. Mais il a aussi existé des FG locaux très positifs ainsi que des fronts thématiques qui ont réellement fonctionné, comme par exemple le Front de Gauche de l'agriculture ou le Front de Gauche féministe.

Nous relancerons cette proposition en janvier 2014. Suite à un appel de personnalités lancé le 16 mai 2014, une AG du FG réunira 250 personnes à Montreuil le 6 septembre, avec la présence de tous les animateurs du FG, Pierre Laurent, Clémentine Autain et Jean-Luc Mélenchon compris. Mais ce sursaut sera sans lendemain, la réunion suivante le 7 décembre restera sans suite.

Ce refus d'aller au-delà d'un cartel d'organisations signe l'impossibilité du FG de se dépasser.

Chaque échéance électorale a été un moment de tension. Outre la question de l'indépendance vis-à-vis du PS, l'obstination à concevoir toute élection, hors présidentielle et européenne, comme des élections locales a empêché le FG de se construire comme une alternative. De même le recours aux « notables locaux » conçus comme des garanties de score a démontré son inefficacité à moyen terme, élection après élection, les bastions historiques du PCF fondant comme la banquise sous l'effet du réchauffement climatique.

Les partis politiques sont-ils un obstacle ?

Tous les partis sont impactés par les résultats des élections régionales. Même le FN vit des tensions entre la tante et la nièce. À droite, courir derrière le FN n'est pas concluant et Sarkozy n'apparaît pas comme le candidat indiscutable pour 2017. En cas de victoire de A. Juppé à la primaire des LR, il n'est pas impossible qu'une partie de l'électorat de « gauche modérée » préfère ne pas courir le risque de voir M. Le Pen élue et vote donc pour lui dès le premier tour empêchant ainsi Hollande de parvenir au second tour. Pour Hollande il est primordial d'empêcher tout candidat à sa gauche tout en espérant plusieurs candidats à droite. La droite a évidemment l'intérêt inverse. Nous ne sommes donc pas à l'abri de rebondissements. Mais dans tous les cas, il est vraisemblable que le résultat de 2017 ouvre une période d'explosion du PS vers une ligne plus démocrate portée par Valls et d'autres. Côté frondeurs pour le moment on assiste plutôt à un éparpillement, puisqu'à chaque rupture apparaît une nouvelle structure politique (Pouria Amirshahi et son « mouvement commun », Philippe Noguès avec « Voix de gauche », Debout la Gauche à La Seyne sur Mer ...)

Nous pensions que l'alignement du PS français, dans la suite de toute la social-démocratie européenne, sur le modèle libéral allait dégager un espace à gauche. Au PG, on ajoutait qu'une course de vitesse était engagée avec le FN pour savoir si l'espace libéré par le PS dans la lutte contre le libéralisme serait occupé par une alternative de rupture à gauche ou au contraire par le FN. On nous a beaucoup reproché cette formule. Hélas il faut bien reconnaître que le FN nous a plus que distancé et que c'est lui et non le FG qui a profité de l'espace dégagé par le PS.

Quelles en sont les raisons ? Souvent nous revient la réflexion que gauche et droite c'est pareil. Or nous nous appelons Front de Gauche, Parti de Gauche et donc pour les franges les moins politisées de l'électorat, tout cela c'est du pareil au même. Par ailleurs sachons reconnaître que nos formes d'expression ne sont pas forcément les plus adaptées à l'objectif que nous fixons de nous adresser au peuple.

Pour d'autres, la faute en revient aux partis politiques qui feraient obstacle à l'engagement politique. Et en général, on nous donne Podemos comme contre exemple. Pourtant Podemos est un parti. J'avais déjà répondu sur ce blog à propos de cette question http://www.martine-billard.fr/post/2015/03/25/A-mes-amis-qui-pensent-que-les-partis-n-ont-plus-de-raison-d-%C3%AAtre

Il est indéniable qu'il y a peu de jeunes dans les partis, même si le PG fait un peu exception, tout comme d'ailleurs dans les syndicats et les associations dont l'objet est dans le champ politique. Seules les luttes écologiques voient des jeunes s'engager. Peut-être parce que c'est un des rares secteurs où l'action concrète débouche sur de réelles modifications.

Il est à noter aussi que le M6R a certes récolté de très nombreuses signatures, 100 000 en 1 an, pour la constituante et la 6ème République mais n'est pas non plus parvenu à se changer en mouvement de masse. Or si cela avait correspondu à une vraie attente dans la société, le M6R aurait réussi à bousculer les partis politiques contre leur propre volonté, à commencer par le PG et le Front de Gauche dans son ensemble. Cela n'est pas arrivé.

Il nous faut regarder la réalité en face, la reconstruction politique va prendre du temps. Vouloir aller plus vite que les rythmes politiques ne sert à rien sinon à décourager encore plus.

Rassemblement citoyen contre partis politiques ?

Faisant le bilan du marasme du Front de Gauche, du refus de listes larges de rassemblement FG-EELV-Nouvelle Donne-Nouvelle Gauche Socialiste à l'échelle nationale permettant de créer une véritable dynamique citoyenne, le PG a essayé de contourner cet état de fait par des appels citoyens pour peser et donner de l'air. Malheureusement il faut reconnaître que le résultat n'a pas été là non plus à la hauteur des espérances.

Là encore la réalité nous est revenue en boomerang : il n'y a pas de raccourci. La période politique n'est pas bonne. Dans ces conditions, penser qu'on va pouvoir construire des organes de pouvoir citoyen à partir de rien, revient à faire abstraction de la situation réelle. Comme le dit très bien René Revol sur son blog : « Cela se construit mais ne se décrète pas. De véritables assemblées citoyennes où le peuple décide de son destin ne peuvent se forger que dans une situation de mobilisation sociale et civique » https://leblogderenerevol.wordpress.com/2015/12/30/et-maintenant-que-faire/

C'est ce qui a amené le PG à proposer une articulation entre appels citoyens et alliances de partis, pensant que autrement l'espace n'existait pas pour obtenir des scores qui donnent envie de continuer au lieu de désespérer et ce d'autant que rien n'aurait convaincu ni EELV ni le PCF de renoncer à faire apparaître leur étiquette d'une façon ou d'une autre. Le résultat de la Vague Citoyenne en Aquitaine montre que ce n'est pas que la méchanceté des partis qui a empêché les citoyens de rejoindre massivement une liste affirmant rompre avec les vieux partis. D'ailleurs, de nos jours s'appeler citoyens ou rassemblement, appeler à donner la parole aux citoyens ... n'est absolument pas un clivage politique, on le retrouve aussi bien à droite qu'à gauche.

Toute l'histoire démontre que lorsque la situation est mûre, les masses débordent sans problème les partis voire les syndicats, même si ceux-ci peuvent effectivement dans un deuxième temps constituer un obstacle à la poursuite d'un mouvement de masse (mai 68, comités de lutte, comités de grève débordant les syndicats dans les années 70, COBA en Italie, Indignés en Espagne et dans d'autres pays ...). Nous n'assistons pas à cela en France actuellement même si beaucoup d'initiatives foisonnent sur Internet appelant au dépassement des partis. Mais Internet n'est pas toute la société.

Le peuple ne se lasse jamais de lutter

En politique il y a des moments de recul. À la sortie d'une séquence aussi désastreuse pour notre camp, le pire serait de passer notre temps à nous déchirer, de ressasser le passé, de se replier chacun sur son appareil convaincu d'avoir raison contre tous et faire parler la rancœur et les règlements de compte, de jeter le bébé, en l'occurrence toute forme de parti, avec l'eau du bain. Quelle qu'ait été la position de chacun sur ce qu'il fallait faire au second tour des régionales, maintenant nous devons réfléchir tous ensemble sur comment faire face à la situation actuelle.

Il reste dans ce pays un courant de pensée qui refuse d'accepter l'idée qu'il n'y a pas d'alternative, qui refuse de croire que la solidarité est un concept dépassé, que la lutte de classes n'existe plus. C'est à ce courant qu'il faut nous adresser, sans sectarisme mais aussi sans opportunisme, pour reconstruire un socle sans nous réduire à notre microcosme politique qui nous amène à avoir une vision totalement déformée de la réalité. Nous n'avons pas besoin d'un concours à qui sera le plus radical. Si c'était le problème, LO ou le NPA aurait beaucoup plus d'audience dans le pays.

Il nous faut redonner de l'espoir. Montrer qu'il existe une force qui ne plie pas, une force qui n'est pas que dans le négatif mais a des propositions positives.

Pour cela il faut être capable de reconstruire un projet de société alternatif qui en même temps soit crédible. Cela suppose de retravailler notre projet pour passer d'un projet théorique à un projet concret : l'écosocialisme c'est un autre mode de vie, solidaire, démocratique et écologique.

Il nous faut reprendre la bataille culturelle pour montrer que nous n'abandonnons pas les classes populaires, être présents dans les luttes sociales, écologiques et pour la défense des droits démocratiques. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi interroger notre vocabulaire.

2017 : le problème n'est pas l'âge du capitaine

Nous avons de nouveau le droit à une multitude de discours sur ces hommes (et oui ce sont tous des hommes), qui réussissent parce qu'ils sont plus jeunes. Cela avait commencé avec Obama, puis continué avec Renzi en Italie, Tsipras en Grèce et aujourd'hui en Espagne avec Pablo Iglesias de Podemos et Albert Rivera de Ciudadanos. Tout serait donc une question d'âge. Mais alors comment expliquer le succès de Beppe Grillo en Italie ? (61 ans lors du lancement de son mouvement 5 étoiles en 1999, 66 lors de son succès aux élections de 2013, 25%), comment comprendre la victoire de Corbyn (66 ans) au parti travailliste en Angleterre ? Ou le succès dans les sondages de Bernie Sanders (74 ans) aux USA ? Comme quoi l'âge n'est pas la variable déterminante. Alors ce serait la nouveauté, le renouvellement ? Mais Arlette Laguillier, 6 fois candidate à la présidentielle, obtient son meilleur score 5,72% en 2002 pour sa 5ème candidature à l'âge de 62 ans. Dans le cas de Corbyn et Sanders il s'agit de parlementaires anciens. Et que dire de Alain Juppé (70 ans) qui apparaît comme une image de renouvellement alors qu'il a été un homme politique toute sa vie, ministre pour la première fois en mars 1986, premier ministre en 1995, condamné à de la prison et à l'inéligibilité pour 1 an dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. D'ailleurs le dernier sondage Odoxa publié dans Le Parisien du 2 janvier est très significatif au niveau du résumé présenté par la presse « Une majorité de Français souhaitent un renouvellement de la classe politique (56%), Juppé plébiscité, Macron symbole du renouvellement (55%) » ! Et donc si tout cela était un poil plus compliqué ?

UnE candidatE à la présidentielle pourquoi faire ??

Pour éviter l'obstacle, certains sont tentés de dire nous sommes contre la présidentialisation de la vie politique, occupons-nous plutôt des législatives. Certes les institutions de la 5ème République, centrées autour du Président de la République et donc de son élection sont mortifères. Mais en attendant de pouvoir changer, que fait-on ? La présidentielle est l'élection nationale par définition, avec la plus forte participation électorale et où il est possible de défendre un projet de société en s'adressant au plus grand nombre. Ne pas y participer revient à être absent du débat politique.

S'il faut un candidat, ce n'est pas pour avoir une candidature de témoignage à 1% ou même 3%, mais pour porter un projet politique et sur cette base utiliser l'élan de la campagne pour reconstruire une force politique. Un candidat qui ne serait là que pour faire le meilleur score possible mais sans projet politique de construire la suite de manière collective, serait de peu d'utilité.

Des primaires pour un candidat de gauche, mais quelle gauche ?

Beaucoup rêvent d'un seul candidat à gauche. Mais une fois dit cela, les interrogations commencent. Une quarantaine d'intellectuels et de politiques soutenus par Libération ont lancé une pétition « pour une primaire des gauches et des écologistes». Dans le monde politique, beaucoup se précipitent pour se féliciter de cette initiative, trop contents d'échapper à la douloureuse décision d'y aller ou pas en 2017. Or les primaires exacerbent les défauts de la présidentialisation. Déjà foisonnent les candidatures potentielles. Des responsables EELV ont ainsi annoncé leur volonté d'y présenter un candidat, sans compter les individualités et ceux issus de la « gauche » du PS.

Le Manifeste qui accompagne l'appel réussit la prouesse de ne citer à aucun moment le nom du président actuel de la République ni le fait que le gouvernement soit PS. En dehors de la déchéance de la nationalité, pas de critiques claires sur la politique menée.

En fait deux discours accompagnent cet appel : un premier qui consiste à dire que cet appel va de Hollande à Mélenchon et que cela peut permettre de redonner une légitimité à Hollande. Quel sens d'avoir un appel pour une primaire si au final c'est pour se ranger derrière Hollande ? Comment pourrait-on se retrouver à recommencer avec lui en 2017 après 5 années calamiteuses qui n'ont fait que creuser la désespérance dans tout le pays et monter le FN. La seule mesure positive aura été le mariage pour tous, un peu maigre comme bilan pour avoir envie de continuer. De plus qui peut croire que si Hollande décide de se représenter, et pour le moment rien ne permet de penser l'inverse au contraire, il va se soumettre à une primaire ?

Un autre discours cherche à dégager Hollande pour désigner un autre candidat de "la gauche et des écologistes" ou autrement dit ne veulent surtout pas d'une « primaire de la gauche de la gauche ». Quels pourraient être les points d'accord avec des signataires qui ne jurent que par l'Europe libérale pour toutes celles et ceux qui la combattent notamment depuis le TCE en 2005 ? Quel intérêt de repartir avec le même schéma de soumission au système si ce n'est faire monter encore plus le FN ?

Enfin, certains espèrent pouvoir au final détourner cet appel en primaires pour un candidat de la gauche de la gauche contre Hollande. Mais l'affirmation de la recherche de l'unité dans une telle confusion politique ne peut pas déboucher sur une reconstruction utile.

En plus cet appel recouvrant des arrières-pensées différentes et mêmes divergentes, il n'est pas impossible qu'après un moment d'euphorie et de débats qui peuvent réunir beaucoup de monde et être riches et intéressants, tout cela ne termine dans la confusion et la déception.

Un candidat d'unité à gauche du PS ?

Oui c'est ce qu'il faudrait. Le PG s'est battu aux municipales puis aux départementales puis aux régionales sur cette idée d'unité Front de Gauche-EELV pouvant susciter des dynamiques citoyennes. Nous y sommes parfois arrivés localement mais hélas les dynamiques d'appareils politiques ont souvent été les plus fortes comme viennent de le démontrer les régionales. Nous sommes repartis dans une période de décomposition-éparpillement.

Candidat à la présidentielle ne s'improvise pas et encore moins dans le contexte difficile actuel. Et que cela nous plaise ou non, aucune figure issue des mouvements sociaux ne se détache pour remplir cette tâche. Le contraire serait d'ailleurs surprenant dans un contexte politique de recul de ces derniers. Partir avec quelqu'un de totalement inconnu, désigné par une primaire ou pas, avec le blocage de l'accès aux médias de toute parole alternative, est très risqué, et partir divisés est suicidaire. De plus il ne faut pas oublier l'obstacle des 500 signatures.

Dans un contexte de confusion politique totale, entretenue par le positionnement du gouvernement qui n'a plus rien de gauche et le discours pseudo social du FN et où le positionnement gauche/droite a de moins de moins de sens pour bon nombre d'électeurs, la porte est ouverte à toutes les aventures personnelles sans lendemain mais pouvant attirer le vote des déçus du système.

Comment avancer ? Le pire serait de semer de faux espoirs pour que ensuite tout retombe. A l'inverse il ne s'agit pas non plus de se replier dans le purisme et le refus de tout débat. Mais les 17 mois qui nous séparent de 2017 ne doivent pas avoir pour seul objectif de remobiliser le microcosme politique. Il faut s'adresser largement aux électeurs avec la proposition de construire ensemble un projet de rupture avec les politiques menées. Cela doit donc se faire dans la clarté.

Il nous faut un candidat capable d'articuler projet écologique, social et démocratique. Mais si cela est indispensable, cela n'est pas suffisant. Il nous faut quelqu'un capable de porter un tel discours auprès des classes populaires donc au-delà de notre microcosme politique ou des intellectuels. Il ne s'agit pas de faire campagne pour plus de gauche, les meilleurs à gauche, l'opposition de gauche mais pour le peuple contre l'oligarchie et le système. Il ne s'agit pas non plus de terminer à 1% ou 2% car cela serait sans lendemain. Pas simple donc. Nous ne partons pas de rien puisque nous avons les 4 millions de voix de Jean-Luc Mélenchon en 2012. Qu'en faisons-nous ? Devons-nous toujours repartir de zéro ? Ou essayons-nous de faire une force de cette réalité, du fait que sa popularité semble n'avoir subi qu'une faible érosion dans l'électorat populaire ?

L'enjeu dans ce cas est la forme de la campagne. Cette fois-ci, il ne faut pas refaire l'erreur de 2012. Il faut une seule campagne nationale présidentielle et législative, donc avec un seul programme que nous pourrions commencer à construire dès le début 2016 au travers d'assemblées citoyennes, même s'il est vraisemblable que leur nombre et leur force soient relatifs au début. Mais construire collectivement est fondamental. Les porte-paroles de cette campagne pourraient représenter les secteurs auxquels nous voulons nous adresser, entreprises, quartiers, luttes écologiques et non en priorité les forces politiques parties prenantes de la campagne commune. Elle doit dépasser le FG qui par sa forme cartel n'est plus adapté et se donner comme objectif de construire une nouvelle organisation de masse écologique, sociale et défendant les valeurs républicaines. Organisation dont il serait mieux que le nom ne soit plus une référence à la gauche dans le contexte de discrédit de ce mot.

La présidentielle ne doit donc pas être vue comme une fin en soi mais comme un outil pour modifier le rapport de force au sein de la société, comme une étape pour préparer la suite.