Pourtant, ce n'est pas que Fessenheim qu'il faudrait fermer car selon Greenpeace 5 centrales sont particulièrement dangereuses :

- Fessenheim (Haut-Rhin) : 2 réacteurs construits en 1977: 2*880 MW à l'uranium enrichi. Villes affectées dans un rayon de 100 km en cas d'accident : Strasbourg, Belfort, Epinal sans compter Bâle côté Suisse, Fribourg côté Allemagne.
C'est la centrale la plus dangereuse, car la plus ancienne et donc avec des normes de confinement et de structure des cuves bien moindres que les centrales construites ultérieurement, en zone sismique, refroidie par le Grand canal d'Alsace mais soumise au risque d'inondation en cas de rupture de la digue car construite 9m en dessous.

François Hollande s'était engagé à la fermer pendant son quinquennat. Or tout aura été fait pour retarder l'échéance, d'autant que maintenant cette fermeture est conditionnée à l'ouverture de l'EPR de Flamanville. Or sa construction a pris beaucoup de retard et son démarrage est au mieux prévu pour 2018. Le décret de fermeture de Fessenheim est annoncé d'ici la fin de cette année 2016. Mais on ne peut qu'être inquiet car la droite a toujours affirmé son refus de cette décision. Il suffit donc que le décret soit pris fin 2016 pour que rien ne soit commencé avant la présidentielle et que donc le prochain président en décide autrement. A se demander d'ailleurs si ce n'est pas le but recherché en traînant ainsi les pieds.

- Bugey (Ain) : 4 réacteurs, 2 construits en 78 2*880 MW, 2 en 79 2*910 MW uranium enrichi. Villes affectées en cas d'accident : Lyon, Grenoble, Macon, Annecy, Chambéry 4,4 millions d'habitants dans un rayon de 80 km.

- Blayais : 4 réacteurs construits en 81-82-83 (2). 4*910 MW uranium enrichi + MOX. Villes affectées en cas d'accident : Bordeaux, Angoulême plus les grands crus de vins de bordeaux à moins de 10 km Château Lafitte, Château Margaux, Saint Estèphe, Saint Julien.. 1,5 million de personnes à moins de 70 km.

- Gravelines (6 réacteurs) : 3 construits en 1980, 81-84-85 6*910 MW uranium enrichi + MOX. Villes affectées en cas d'accident : Lille, Calais, Dunkerque plus la Belgique, 5 millions d'habitants dans un rayon de 100 km.

- Tricastin – Pierrelatte (Drôme) : 4 réacteurs, 2 construits en 80, 2 en 81 4*915 MW uranium enrichi + MOX. Villes affectées : Nîmes, Avignon, Montélimar

La loi de transition énergétique (LTE) votée en 2015 devrait permettre une réduction du nucléaire. Mais là encore, on cherche à nous mener en bateau. Que dit la loi ?

Le nouvel article L 100-4 du code de l'énergie prévoit : « 5o De réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % à l’horizon 2025» et l'article 1 de la loi a prévu un plafond de 63,2GW de production d'énergie nucléaire. Si ce plafond est respecté, pour que cette énergie ne dépasse pas les 50% de la production d'électricité, il faut donc augmenter la production totale. Absurde et en plus non conforme aux objectifs de la COP21 fixés dans l'accord de Paris.

Pas de surprise donc lorsqu'on voit les réticences de ce gouvernement à fermer des réacteurs nucléaires sans ouvrir de nouveaux EPR pour maintenir de façon absurde et dogmatique ce plafond de production d'énergie d'origine nucléaire.

Pourtant vu le peu de réussite de la construction des EPR, l'abandon de Flamanville paraît de bon sens.

Areva construit aujourd’hui 4 EPR dans le monde : un en Finlande, commencé en 2005 et qui aurait dû être livré en 2009, soit déjà 7 ans de retard et une livraison au final prévue pour 2018 avec un coût qui a plus que triplé. Areva a dû provisionner 5,5 milliards d'euros de pertes, soit plus que le prix de vente d'environ 3 milliards. Deux autres sont en construction en Chine, plus un en France.

L'EPR de Flamanville a été commencé en 2007 et devait démarrer en 2012 pour un coût de 3,3 milliards. Aux dernières nouvelles, il ne devrait pas être mis en service avant fin 2018 et il coûterait autour de 10,5 milliards d'euros soit plus de trois fois plus. En avril 2015, l'ASN a relevé des « anomalies de fabrications » sur la cuve de l'EPR. Or une fois installée, il n'est plus possible de changer cette cuve. Opportunément un arrêté ministériel est venu modifier certaines règles de sécurité s'appliquant aux centrales nucléaires et notamment aux cuves des réacteurs.

Si le fiasco des EPR déjà prévus ne suffisait pas, EDF a décidé d'en construire deux autres à Hinkley Point en Angleterre pour une mise en service prévue en 2025 et un coût estimé de 23,2 milliards d'euros. Le directeur financier de EDF vient de démissionner considérant que ce projet représente un gouffre financier pour EDF. Cela n'a pas empêché le PDG d'EDF et Emmanuel Macron de réaffirmer leur volonté de poursuivre et de considérer que c'était un très bon investissement !

Ce type de décision, s'ajoutant à l'obligation faite à EDF par le gouvernement de racheter Areva au bord de la faillite en y investissant 2,5 milliards, met aujourd'hui en grand danger l'avenir de EDF.

Et les divers coûts liés au nucléaire n'arrêtent pas d'exploser :

- coût de la prolongation de la durée de vie des centrales estimé à 56,4 milliards d'euros selon l'électricien et à 100 milliards par la Cour des Comptes,

- projet Cigéo de centre de stockage des déchets dont le coût a dû être lui aussi réévalué à 32,7 milliards d'euros,

- provisions pour le démantèlement des réacteurs en fin de vie et là aussi très nettement EDf a volontairement sous-estimé le coût à 18 milliards d'euros alors qu'une comparaison avec l'Allemagne laisse plutôt prévoir un coût de 80 milliards d'euros.

Le nucléaire est donc un véritable gouffre financier qui empêche tout autre investissement. Pendant ce temps le gouvernement vend au privé la seule centrale géothermique produisant de l'électricité, celle de Bouillante en Guadeloupe, et EDF, ferme sa filiale Nexcis spécialiste des vitrages photovoltaïques et investit peu dans les secteurs d'avenir des énergies renouvelables et ce au moment où le prix de l'énergie nucléaire est en train d'être rattrapé par le le prix du renouvelable faisant ainsi disparaître l'argument du moindre prix du nucléaire pour essayer de justifier la poursuite de cette énergie.

Tant qu'on ne tournera pas la page du nucléaire, la transition énergétique restera un vœux pieux.

Il faut sortir du nucléaire en commençant par arrêter Fessenheim et les 4 autres centrales nucléaires dangereuses, abandonner Flamanville et EDF doit se retirer du projet d'EPR en Angleterre et ne pas prolonger la vie des autres centrales. Les milliards ainsi économisés doivent être massivement investis dans les énergies renouvelables et la sobriété énergétique, tout en assurant la reconversion des travailleurs et sous-traitants du nucléaire dans le démantèlement des centrales et dans les autres énergies.

C'est ainsi qu'on en finira avec ce fiasco économique, social, démocratique et écologique. Voir le tract du PG