L 'énergie nucléaire a été vendue aux français comme une énergie sûre, peu cher et garantissant l'indépendance énergétique de la France. Qu'en est-il de ces trois arguments : pas cher : aujourd'hui entre la chute du prix du pétrole et du gaz, la montée en puissance des énergies renouvelables et la réintégration des coûts externalisés du nucléaire (traitement des déchets, démantèlement des centrales) le nucléaire est bien plus cher sûr : Three Mile Island mars 79), Tchernobyl (URSS avril 86) et Fukushima (Japon mars 2011) : ces 3 catastrophes démontrent que l'accident peut se passer dans n'importe quel pays avec des conséquences dramatiques. Une seule centrale nucléaire suffit à faire courir un risque ! Indépendance énergétique : l'uranium indispensable (9900 tonnes par an) est importé par Areva des mines qu'il contrôle au Niger ( Arlit et d’Akouta ) ainsi que celle de Tortkuduk au Kazakshtan. Cela se fait au prix de compromissions avec des gouvernements despotiques et corrompus et au détriment des travailleurs et des populations locales. La mine d'Artlit en outre a été la cible d'Aqmi.

Le développement du nucléaire a été un choix politique suite au choc pétrolier de 1974. Les gouvernements français se sont donnés les moyens pendant des décennies de le garantir en injectant des milliards dans Areva et Edf. Pour utiliser cette énergie, il fallait assurer une consommation électrique à la hauteur d'où l'absurdité de la priorité donnée massivement au chauffage électrique individuel dans toutes les constructions de logements des années 70-90. Avec la crise économique et la baisse des revenus des ménages, le poste chauffage a été un des premiers que ces derniers ont cherché à réduire. Ajouté à la désindustrialisation de la France, la demande en électricité stagne alors que l'offre augmente et que la chute des cours des hydrocarbures provoquent la chute du prix du MWh passé de 42 euros en 2014 à 28 euros actuellement. Or en 2014, la Cour des comptes estimait que les seuls coûts d’exploitation du parc nucléaire français atteignaient 24,40 euros/MWh.

La même Cour des Comptes a souligné la fragilité financière d’EDF dont l'endettement net atteint 37,4 milliards d'euros. L'obligation qui vient de lui être faite par le gouvernement de racheter une partie d'Areva (endetté à hauteur de 6,3 Md d'euros) au prix de 2,5 Md euros pour empêcher sa faillite, risque surtout de précipiter la sienne.

Aujourd'hui, EDF doit faire face à l'ensemble des coûts liés au fiasco de l'EPR de Flamanville passé de 3,5 milliards d'euros à 10 milliards sans compter 6 ans de retard et des malfaçons sur la cuve du réacteur suffisamment graves pour laisser planer le doute sur la possibilité de voir démarrer un jour cet EPR , à celui du projet Cigéo d'enfouissement des déchets autour de 34 Md, à celui du démantèlement estimé par EDF à 19,3 Md euros mais dont il faut vraisemblablement prévoir un coût multiplié de 3 à 5, et à celui des investissements nécessaires à l'amélioration de la sûreté des centrales et à leur prolongement malgré les incidents à répétition ( 100 milliards d’euros d’ici à 2030 selon la Cour des Comptes). La direction de EDF et le gouvernement s'obstinent avec le projet de construction de 2 EPR à Hinkley Point en Angleterre. Plusieurs partenaires s'étant retirés EDF se retrouvent à devoir garantir l'investissement de 24,5 milliards d'euros soit plus que la valeur d'EDF en bourse tombée à 21,5 milliards. Le directeur financier d'EDF n'ayant pas réussi à convaincre son entreprise de la nocivité financière de ce projet, a préféré démissionner. Les syndicats, dans une lettre à F. Hollande, disent aussi leur inquiétude devant le risque d'une faillite de leur entreprise et la nécessité d'abandonner la la construction de ces 2 EPR ainsi que la privatisation des barrages hydrauliques.

Devant ce fiasco financier, le gouvernement s'obstine pourtant et veut engager un programme de cessions d’actifs qui pourrait concerner jusqu’à 50 % de RTE, le réseau de transport électrique, une opération qui rapporterait plusieurs milliards d’euros à EDF.

La situation actuelle met donc EDF en danger avec un risque de privatisation à terme. Ses salariés semblent être la variable d'ajustement toute trouvée soit directement « Très longtemps, le compromis social sur EDF a été fait aux dépens de tout le monde, dans l’intérêt des seuls salariés », Emmanuel Macron le 8 mars devant les députés, soit en recourant au maximum aux sous-traitants au dépend de la santé des salariés ainsi employés et au point de vouloir casser les grèves en allant même contre le droit du travail. Les salariés de plusieurs entreprises sous-traitantes d'EDF en grève sur les sites de Cruas (07), Penly (76) et Dampierre (45) ont été remplacés par des intérimaires.

L'idéologie du primat du nucléaire amène EDF a développé sa filiale EDF Energies nouvelables à l'étranger pendant qu'en France tout est au fait au contraire pour privilégier le nucléaire avec même l'abandon de la filiale Nexcis qui possédait pourtant un brevet innovant pour des vitrages photovoltaïques.

Mais pas question de faire de l'ombre au nucléaire dans l'hexagone. Ainsi des milliards sont gaspillés dans l'énergie nucléaire mais il n'y a pas d'argent pour la recherche sur le stockage de l'électricité et le développement de la performance de toutes les énergies renouvelables. La France est à la traîne en Europe pour les énergies renouvelables. S. Royal vient de reporter à 2019 la décision sur la place du nucléaire dans la production d'énergie. La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) est repoussée à juillet et réduite aux objectifs de production d'énergies renouvelables, objectifs diminués pour l'éolien en mer. Le respect des objectifs de la loi de transition énergétique, dont la baisse de la part du nucléaire, ne peut se faire à production d'énergie nucléaire constante que par une hausse de la consommation et donc par exemple par une hausse des énergies renouvelables. La décision de S. Royal n'est donc pas en contradiction totale avec la LTE. Sauf qu'actuellement la France et l'Europe sont en surcapacités de production électrique.

Pendant ce temps des entreprises privées occupent l'espace laissé par EDF mais leurs choix sont dictés par le profit recherché et non par l'intérêt général.

Pour gérer au mieux la sortie du nucléaire dangereux, encore plus en ces temps de terrorisme qui font des centrales une cible hélas plausible, et des énergies carbonées nocives pour le climat, il y a besoin d'une politique nationale de même ampleur que celle qui a propulsé la France dans le nucléaire. Deux outils sont indispensables, un pôle public de l'énergie et une planification énergétique pour organiser au mieux ce passage à la sobriété énergétique, à la fin des gaspillages et au développement des énergies renouvelables en organisant le meilleur choix selon les possibilités de chaque territoire et en garantissant l'égalité d'accès à l'énergie de tous les citoyens. Cette politique devra aussi en finir avec le recours aux sous-traitants et la précarité que cela signifie pour leurs salariés et organiser la reconversion des salariés des secteurs qui fermeront.