P. Laurent pose la question « Où est la gauche dans la politique de F. Hollande et M. Valls ? ... c'est un gouvernement dans lequel siège Emmanuel Macron, qui veut rompre avec tous les fondamentaux de la gauche. Tout cela est une imposture. En vérité, leurs discours sur les deux gauches vise à la briser définitivement pour tourner la page d'une alternative de transformation sociale".

Il y aurait donc UNE gauche, une seule. Mais incluant qui ? Quelle caractérisation porte P. Laurent sur le PS dans son ensemble et pas seulement les frondeurs, qui rappelons-le sont minoritaires. On n'en saura rien car de façon surprenante, le PS n'existe pas dans cet article. Ni d'ailleurs aucune autre force politique habituellement indiquée comme appartenant au camp de la gauche dont les autres forces du Front de Gauche, lequel n'est cité d'ailleurs que pour la motion de censure ou pour critiquer la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

A lire l'ensemble de l'interview, on pourrait tirer comme conclusion que les forces de gauche sont les « forces qui ne veulent justement pas se retrouver derrière une candidature de F. Hollande ».

Mais c'est un peu court comme définition car il y a toute une partie du PS qui ne veut pas de la candidature de Hollande, notamment ceux qui préféreraient Valls ou Macron, mais cela n'en fait pas des partenaires potentiels. D'ailleurs peut-on croire que la majorité du PS bascule dans une critique de « gauche » de la politique du gouvernement ? Qu'il y a une majorité prête à faire le pas de rompre avec le PS tel qu'il se positionne aujourd'hui ? Martine Aubry et ses soutiens ont refusé de signer la motion de censure de la loi travail et sont plus préoccupés par le prochain congrès du PS dans l'espoir d'y reprendre la majorité que par le fait d'aller à la présidentielle contre Hollande.

La primaire impossible

F. Hollande est-il prêt à abandonner ? Son lapsus commis au micro d'Europe 1 « si je ne suis pas ... si la gauche n'est pas reconduite », et d'autres signaux laissent plutôt penser le contraire.

Y aura-t-il une primaire dans ce cas ? Si la décision de l'organiser n'est pas prise rapidement, elle va devenir de moins en moins probable. Pourrait-elle se limiter à une primaire réduite au PS ? Dans ce cas, il y a pléthore de candidats et notamment chez les opposants : MN Lienemann, Benoît Hamon, Gérard Filoche et maintenant Arnaud Montebourg. Bien malin qui peut dire quel serait le résultat dans ce cas peu probable.

A propos de la primaire des gauches et des écologistes lancée par Libération le 11 janvier, Pierre Laurent avait répondu le lendemain : « On me dit : primaire. Ce n'est pas ma culture, mais je dis : discutons, échangeons, construisons ensemble » . Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, a participé à toutes les réunions d'organisation avec la direction officielle du PS.

Maintenant, P. Laurent annonce : "Nous avons clarifié totalement cette question, en écartant cette possibilité. Quand nous avons décidé de laisser la porte ouverte à une primaire, c'était d'ailleurs avec l'objectif d'ouvrir un chemin de rassemblement aux forces qui ne veulent justement pas se retrouver derrière une candidature de F. Hollande. Mais si le chemin n'est pas celui-là, la convergence de toutes ces forces est une nécessité". Sauf qu'en février (le week-end des 20 et 21) le même avait indiqué « n’avoir "aucun problème" avec (une participation de François Hollande à la primaire) car il a "confiance dans le choix que feront les citoyens de gauche" . C'est suite au tollé soulevé par cette déclaration au sein du PCF que P. Laurent a ensuite affirmé que cette candidature n'était pas envisageable.

Donc exit la primaire avec Hollande. A vrai dire dans le climat actuel avec le contenu de la loi travail, les mobilisations à son encontre avec leur accompagnement répressif, je ne vois pas qui, à part Gérard Filoche, peut encore promouvoir des primaires incluant Hollande.

Le PCF propose-t-il un candidat commun au PCF, à EELV et aux frondeurs ?

« Le congrès devra dire jusqu'à quelle échéance nous proposons de poursuivre nos efforts de rassemblement des forces à gauche". A ce stade on ne sait toujours pas qui sont les force à gauche et si le PS dans son ensemble est contenu dans cette définition.

Et quelle place pour l'écologie dans cette recherche de candidat ? Est-ce une cerise sur le gâteau ou au contraire au centre de l'alternative indispensable en 2017 ?

On sait juste que « La construction d'une candidature présidentielle la plus rassembleuse possible doit rester l'objectif » et que JL Mélenchon ne ferait pas l'affaire parce que "La candidature de JLM a été annoncée dans des conditions qui ne conviennent à aucune des autres forces du FdG. Nous voulons l'unité mais sa candidature ne suffit pas à répondre en l'état à l'ampleur du défi politique qui est devant nous. Si nous laissons faire les choses, il y aura d'autres candidats dans l'arc de forces que nous souhaitons rassembler. La division se paierait cher .."

Outre que cela est caricatural, la forme serait prioritaire sur le fonds ? Je rappelle que P. Laurent lui-même avait annoncé sa candidature non négociable comme tête de liste aux élections régionales d'IDF sans en discuter avec aucune autre force du Front de Gauche qui n'ont donc pas eu le choix.

Pas plus de discussion d'ailleurs sur la réponse positive à la primaire. Les annonces de candidature aux législatives de 2017 ont déjà commencé à fleurir de manière unilatérale côté PCF.

Mais passons et revenons au fond. Donc Jean-Luc Mélenchon serait une candidature de division, car c'est en fait ce qui est sous-entendu. Il faudrait donc chercher un-e autre candidat-e.

Or pour le moment aucun « opposant », « frondeur » PS ou Montebourg ne s'est dit disponible à concourir à la présidentielle contre un candidat choisi par le PS, ils ont même affirmé le contraire.

La perle rare issue du mouvement social n'a pas non plus été été trouvée malgré les recherches actives du PCF et de Ensemble.

Les tentatives actuelles du côté de Arnaud Montebourg ou Noël Mamère signifieraient-elles pour P. Laurent que la candidature de l'un ou l'autre serait plus rassembleuse ?

Qui peut croire que la candidature de Noël Mamère ait quelque chance d'aboutir ? Il faut lire les textes des partis et les déclarations des uns et des autres. Et EELV est clair : soit Nicolas Hulot soit une candidature issue de leurs rangs et pour l'instant Cécile Duflot est toujours candidate en interne.

Quant au scénario Montebourg, qui indique lui-même qu'il n'ira pas hors PS, il ne fonctionne que si Hollande renonce à se présenter, et à condition de gagner les primaires. Beaucoup de si !

Dans les deux cas, en quoi les forces qui ont participé au FdG auraient-elles plus de points communs avec deux personnalités qui ne se sont jamais situées comme anticapitalistes, et pour l'une d'elle, N. Mamère partisan du oui au TCE en 2005 et pour l'autre, Montebourg, partisan des gaz de schiste sans compter tous les désaccords au niveau économique ?

Mais admettons que l'une ou l'autre hypothèse se présente. Comment sera prise la décision ? Par une primaire entre EELV, PCF et Ensemble ? Personne n'en a les moyens et personne ne le voudra car dans ce cas il y aura de nombreuses et nombreux candidats et le résultat risque d'être pire que tout.

En attendant il paraît que la solution est de faire des débats. "Le congrès du PCF doit répondre à ce défi politique en proposant sur la base d'une offre politique clarifiée par nos débats, une nouvelle vague d'initiatives et un calendrier pour que, d'ici à l'automne nous débouchions sur une étape de convergence nationale. ..." Sauf que des débats nous en avons déjà fait beaucoup et qu'il arrive un moment où le temps est celui du mouvement et plus l'attente qu'une solution improbable apparaisse. A quoi cela sert-il d'attendre ? Que Montebourg se décide ? Que Hollande annonce son retrait ? Pour qu'on ait Macron ou Valls à la place ? Quel intérêt ?

Est-il possible d'éviter une second tour droite extrême-droite ?

Tous les actes posés par la direction du PCF seraient motivés par cette nécessité "L'acharnement du gouvernement provoque une très grande colère et un désarroi démocratique parce que la parole politique est bafouée .. Cette situation peut effectivement conduire à oublier ou à relativiser le très grave danger qu'il y aurait à laisser basculer le pays dans les mains de la droite flanquée d'une extrême-droite à un très haut niveau. Le seul moyen de faire barrage à cela est de reconstruire un véritable espoir de changement à gauche".

Il ajoute : "... je constate pour le moment, qu'aucune hypothèse, pas plus la candidature de Jean-Luc Mélenchon qu'une autre, n'empêche le scénario d'un duel droite-extrême-droite au second tour de l'élection présidentielle et dans ces conditions un risque de désastre aux législatives".

D'abord soulignons que si le scénario d'un tel second tour se réalise, la responsabilité en reviendra totalement à F. Hollande pour la politique qu'il a mené pendant son mandat et au PS pour l'avoir soutenu. En conséquence la meilleure façon de se battre pour éviter cela ce n'est pas en allant chercher un candidat du PS, même frondeur, car ces derniers s'opposent certes sur certains textes mais en accompagnent d'autres dont on parle peut-être moins mais qui sont tout aussi inacceptables. Ils ne se sont jamais fait remarquer non plus pour leur compréhension des enjeux écologiques.

Si on reprend les deux candidatures citées qui peut croire que l'une ou l'autre aient plus de possibilités d'être au second tour ?

N. Mamère a obtenu 5,25% en 2002 soit moins de la moitié du score obtenu par JL Mélenchon en 2012 (11,11%) et aucun autre candidat vert n'a jamais dépassé les 5%. Quant au PS, aucun candidat issu de ses rangs n'a l'espoir d'être au second tour, sauf peut-être Macron qui est considéré comme le meilleur défenseur du libéralisme par l'électorat de droite. Pas vraiment la solution recherchée !

Cet argument du second tour pour rejeter la candidature de JL Mélenchon est donc soit absurde soit sert à cacher un rejet sans motif politique alors que les sondages à répétition le donne régulièrement entre 12% et 15% talonnant Hollande et dans certains cas passant devant. S'il s'agissait de chercher à avoir le meilleur candidat, il apparaîtrait logique dans cette configuration d'unir les forces pour que le candidat choisi par le Front de Gauche en 2012 et qui avait soulevé tant d'espoir puisse cette fois-ci atteindre le 2ème tour. Il reste 12 mois pour modifier la donne.

2017 et ensuite

Si "ce qui se joue ce n'est pas seulement la bataille de 2017 » cela ne peut se résumer à « la reconstruction durable d'une gauche capable de maintenir en France un projet majoritaire de transformation sociale". Déjà lorsque Pierre Laurent dit "des 3 partis qui ont structuré la gauche ces dernières décennies (sous-entendu PS PCF Verts) le PCF est le seul qui tient la gauche debout" on est en droit de se demander si il n'est pas dans le déni de réalité car il faut bien le reconnaître, même si c'est douloureux, tous les partis, absolument tous, vont mal. Et le PCF ne fait pas exception ni illusion lorsqu'on voit les résultats de la première phase du congrès que ce soit en nombre de votants ou en mise en difficulté de la direction sortante. Ensuite cette formule sous-entend donc que le PS est globalement encore un parti de gauche. Certes, il y a encore de nombreux militants de gauche en son sein, encore que beaucoup depuis un an, entre déchéance de nationalité et loi travail, s'en vont soit en claquant la porte avec fracas soit écœurés sans rien dire. Mais le PS en tant qu'appareil partidaire est aujourd'hui massivement aligné sur la politique gouvernementale.

La reconstruction d'une force capable de porter un projet de transformation sociale, démocratique et écologique ne pourra se faire que si la clarification sur le projet et donc la rupture avec le modèle capitaliste et productiviste, est réelle. La présidentielle peut et doit en être une étape. Mais cela implique d'arrêter de courir derrière des chimères. Nous avons un candidat possible et disponible. Le niveau de départ est au dessus du score de 2011. Nous avons une base programmatique qui a déjà réuni 4 millions d'électeurs en 2012. Elle est remise au débat collectif pour la mettre à jour, l'amender, la préciser. Quel est donc le problème : la personnalité de Jean-Luc Mélenchon ? Arrêtons ce débat absurde. Chacun est ce qu'il est. Nous faisons de la politique, nous ne sommes pas dans le registre de l'amitié. Nous avons su faire une campagne collective en 2012 avec Jean-Luc comme candidat. A nous de recommencer et de faire beaucoup mieux cette fois-ci. Et sans attendre.

JLM2017