Les dirigeants d'EELV se félicitent de l'accord programmatique obtenu à commencer par Cécile Duflot

Ils se félicitent aussi que ce soit un accord avec le candidat et non le PS comme précédemment. Certes en 1997 et 2012, le premier ministre ou le président avait beau jeu de dire qu'il n'était pas tenu par un accord passé entre partis. Mais cette fois-ci, à supposer que Hamon soit élu, ce qui n'est pas gagné, avec quelle majorité gouvernerait-il ? Il imposerait aux députés PS élus, qui seront quasiment les mêmes que les sortants (ils ont été investis de nouveau et peu d'autres circonscriptions permettront d'élire un candidat PS), de voter l'inverse de ce qu'ils ont soutenu pendant 5 ans ? Certes, certains peuvent être légitimistes et suivre les positions du gouvernement mais on voit mal Manuel Valls ou Stéphane Le Foll et leurs soutiens se renier à ce point d'un quinquennat à l'autre.

Rien que cette réalité du rapport de force ne milite pas pour un meilleur avenir pour cet accord que pour les précédents accords des années 1997 ou 2012 Accord PS EELV 2012 .

Rappel sur les accords précédents : 1997, seuls engagements réalisés la fermeture de Super Phénix et l'abandon du canal Rhin-Rhône ; 2012 : mariage pour tous mais sans la PMA et … rien côté environnement puisque Fessenheim n'est pas fermé.

Et puis les promesses depuis 1981 sur le droit de vote pour les résidents étrangers ou sur la dose de proportionnelle, commencent à devenir indécentes.

Cette fois-ci il s'agit de l'instauration de la proportionnelle avec prime majoritaire sans dire quel niveau de prime majoritaire ni quel seuil minimum. En 2001, comme le PS n'avait pas respecté son engagement de l'accord de 1997, la direction des Verts demanda le dépôt d'une proposition de loi commune PS-EELV avant la fin du quinquennat. Refus du PS. EELV pourrait demander le dépôt dès maintenant d'une proposition commune sur la proportionnelle et là on verrait la réalité des promesses.

Pour les autres engagements soi-disant pris dans cet accord pour répondre aux demandes d'EELV, c'est comme pour les contrats d'assurance, il ne faut pas oublier de lire en détail et avec précision sous peine de croire à des promesses qui ne sont en fait pas inscrites en tant que tel. Texte de l'accord Hamon Jadot

Remarque sur quelques engagements :

La dernière trouvaille socialiste pour éviter de prendre des engagements fermes c'est la conférence de consensus. Une conférence de consensus assure « l'accès à l'information (et) la participation du public au processus décisionnel » conformément à l'esprit de la convention d'Aarhus (1998).

Pas moins de 3 cas de conférence de consensus sont prévus par l'accord.

- Lorsqu’est établie l’existence d’un lourd impact écologique d’un grand projet d’investissement local ou national, une Conférence de Consensus, réunissant experts, citoyens, élus, associations, devra être organisée pour faire émerger des solutions alternatives, alliant le réalisme économique, le progrès social et la préservation de l’environnement. Cette formule est en régression par rapport à l'accord de 2012 C'est quoi le réalisme économique ? Cela peut permettre de tout justifier. Et qui va décider s'il y a lourd impact écologique ou pas ?

- pour examiner le cas du Lyon-Turin.

- Et le pompon c'est pour le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes. L'abandon est un mensonge. En effet il est écrit dans l'accord « conférence de consensus destinées à étudier, dans le respect du légitime développement urbain de Nantes, toutes les alternatives au projet de Notre-Dame-des-Landes, dont le site actuel sera abandonné »

Mais aujourd'hui tous les arguments ont été échangés et les procédures ont été détournées pour certaines à commencer par la consultation limitée au département de Loire-Atlantique. A quoi bon donc relancer un tel processus qui dure au minimum 8 mois, coûte de l'argent et n'est pas toujours très convaincant sur son déroulement démocratique ?

Pourtant la solution est simple : il suffit que le premier ministre actuel, Bernard Cazeneuve, signe l'abrogation de la déclaration de DUP.

Qu'attend Benoît Hamon pour faire cette demande au premier ministre ?

Ou à défaut pourquoi, au lieu de proposer une conférence de consensus, ne s'engage-t-il pas s'il était élu à ce que son premier ministre abroge la déclaration de DUP ?

Autres engagements environnementaux :

- la sortie définitive du nucléaire en 25 ans avec fermeture des premiers réacteurs durant la mandature. Mais pas plus de précision sur l'agenda ni sur les réacteurs concernés, ainsi Fessenheim n'est pas cité or sa fermeture est pour le moment totalement aléatoire, ni l'abandon de l'EPR de Flamanville ni celui prévu en Angleterre à Hinkley point.

Mais ce matin 27 février, au 7-9 de France Inter, Benoît Hamon a indiqué un maintien temporaire de l'EPR de Flamanville. Or celui-ci n'est prévu pour entrer en service qu'en 2018 au mieux et la durée de vie est prévue pour 60 ans soit bien au delà de la sortie définitive du nucléaire proposée par l'accord : "''Mise en œuvre d’une sortie progressive et intégrale du nucléaire, avec objectif d'y parvenir à l’horizon d’une génération, soit 25 ans, avec fermeture des premiers réacteurs durant la mandature''," En résumé on y comprend plus rien.

- L'arrêt de l'enfouissement de Bure est au final le seul point totalement clair et positif de l'accord.

- Les autres points sur les ENR, l'efficacité énergétique, la fiscalité environnementale ont des formules mois précises qu'en 2012.

La non ratification du CETA et le refus du TAFTA et du TISA sont indiqués. Mais pour ces deux derniers traités, la France pourrait retirer dès maintenant son mandat de négociations à l'UE au lieu d'attendre que les traités viennent devant le parlement européen surtout qu'on vient de voir ce que cela a donné pour le CETA ou l'ensemble de la social-démocratie européenne hors PS a voté pour.

Enfin selon Cécile Duflot l'accord inclut la mise en œuvre d'une constituante pour une 6 ème République. Qu'en est-il réellement ? Faites l'essai, taper constituante en mot à rechercher dans le texte de l'accord. Réponse : terme recherché introuvable. Encore un mensonge.

Que dit exactement le texte : Une conférence citoyenne réunissant 3 collèges sera installée dès l'été 2017. Elle réunira les parlementaires, les sages et des citoyens, et devra transmettre dans les 12 mois de son installation au Président de la République un projet de Constitution pour une 6 ème République. Ce dernier sera soumis à referendum et donnera lieu à de nouvelles élections avant la fin du mandat.

Vous allez me dire que je pinaille. Mais la différence est énorme. Une assemblée constituante est élue au suffrage direct. Là il s'agit de personnes désignées, on ne sait pas comment ni sur quels prérequis. Et comme dirait Martine Aubry, quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup.

Reste la partie portant sur les circonscriptions législatives.

En 2012 EELV avait obtenu le soutien du PS dans 61 circonscriptions leur permettant d'élire 17 député-es. Sur ces 17 député-es, 7 sont passé-es avec le PS et seront vraisemblablement reconduit-es à l'exception de Baupin 75-10 Lambert 13-10 Cavard 30-6 De Rugy 44-1 Paul Molac 56-4 Pompili 80-2 Massoneau 86-4.

En 2017 l'accord porte sur 43 circonscriptions, soit 18 de moins, dont celles des 8 sortants plus 1 à définir que la rumeur attribue à Yannick Jadot. Quatre des sortants ont été élus de justesse en 2012.

3 sont réellement bonnes : 75-06 où Cécile Duflot est sortante mais où rien ne dit que vu les conditions de l'accord elle ne fasse pas face à une dissidence socialiste, la circonscription des français de l'étranger pour l'Amérique Latine où Sergio Coronado est sortant et la 33-12 en compensation de celle que Noël Mamère laisse à sa suppléante PS.

La 5ème circonscription de Haute-Garonne est aussi attribuée à EELV, la sortante socialiste ne se représentant pas. La candidate PS désignée pour prendre la relève de la sortante a déjà indiqué que quoi qu'il arrive elle maintiendrait sa candidature.

Dans 5 circos les candidats de EELV se retrouveront face à des députés PS sortants passés chez Macron. Machiavélique de la part du PS d'envoyer des candidats EELV alors qu'une bonne partie des électeurs PS préféreront voter pour les sortants.

Bizarrerie de cet accord par rapport aux précédents : EELV n'est pas tenu de retirer en échange des candidats face à des candidats PS. On peut comprendre que ces derniers aient l'impression de payer une note un peu salée.

Au final cet accord est typique des accords Verts-PS tels que signés depuis 1997 : des formules alambiquées qui cachent le fait que le PS ne compte pas mettre en œuvre ce qu'il signe. Il n'engage que ceux qui croient encore aux promesses en l'absence de rapport de force. Il permettra peut-être à EELV où ce qu'il en restera à la sortie de cette séquence de garder un nombre plus que réduit de députés mais sûrement pas de quoi constituer un groupe. Visiblement les leçons du passé ne sont pas tirées.