Si nous avons vu cela, nous avons moins anticipé la rupture avec le fonctionnement démocratique des institutions. Avec une majorité écrasante à l'assemblée nationale, rien ne pouvait laisser supposer qu'il imposerait un tel déni du débat démocratique au point de ne même plus se soucier des apparences. Nicolas Sarkozy avait déjà durci le fonctionnement la 5ème République ce qu'on avait dénoncé à l'époque. Mais qui aurait imaginé un tel mépris assumé du parlement de la part d'En Marche ? On était habitué aux affrontements politiques mais l'arrivée de nombreux députés ayant peu de passé politique ou ayant rompu avec leur famille politique d'origine et devant donc tout à Macron, a cassé les traditions parlementaires de respect, même limité, des adversaires. Macron a aussi compris qu'il fallait limiter la durée des débats parlementaires. Les différentes réformes du règlement de l'assemblée nationale ont toutes cet objectif : réduire la parole de l'opposition au parlement pour empêcher toute jonction avec les mobilisations sociales.

Côté répression, nous avons connu les années Marcellin après mai 68 où les manifestations politiques étaient interdites, où les distributions de tract se terminaient souvent en course poursuite avec la police avec arrestations et poursuites judiciaires à la clé. A la fin des années 70 il y avait près de 200 prisonniers politiques en France dont certains poursuivis devant la Cour de Sûreté de l'état, tribunal d'exception supprimé en 81 pour les procès de civils. Mais à cette époque le PS était encore de gauche et des intellectuels de renom apportaient leur solidarité contre la répression.

Ces dix dernières années, la répression est allée crescendo notamment avec Manuel Valls ministre de l'intérieur. Mais le traumatisme de la mort de Malik Oussekine aux mains des voltigeurs en 1986 avec Charles Pasqua ministre de l'intérieur du gouvernement Chirac, était toujours présent. Il vient de sauter.

Avec Macron, la fin justifie les moyens. Agitant la peur du RN qui lui sert de diable de confort, il a besoin de casser toute force politique qui pourrait cristalliser la colère populaire car il se sait minoritaire dans le pays (23,90% au premier tour de la présidentielle). Il ne peut se maintenir et poursuivre sa politique que grâce aux forces de répression et à la couardise de ceux qui se proclament de gauche mais sont plus préoccupés de l'avenir de leur appareil partidaire. D'où ses attaques extrêmement violentes contre la France Insoumise, vue comme la principale force d'opposition, et son groupe parlementaire reconnu pour sa pugnacité et sa présence aux côtés des secteurs en lutte.

A la fin de l'été, les sondages nous donnaient de bons scores pour les européennes, il fallait donc casser dès le début toute dynamique en notre faveur. Les perquisitions du 16 octobre ont eu ce rôle. Le fait qu'une attaque d'une telle ampleur jamais vue contre un mouvement politique en France n'ait provoqué aucun mouvement de solidarité en dehors de notre cercle de sympathisants a été le signal pour Macron qu'il pouvait dorénavant tout se permettre. Ceux qui ont laissé faire à gauche, se réjouissant à l'idée de pouvoir en tirer avantage, n'ont pas compris le tournant que cela signifiait.

Le pouvoir a ensuite été surpris par l'irruption du mouvement des Gilets jaunes, son ampleur et l'appui de l'opinion publique. Mais le soutien à cette mobilisation ayant tardé à se manifester en dehors de la France Insoumise, partis syndicats et intellectuels étant occupés à se quereller sur la nature du mouvement et son infiltration ou pas par les idées d'extrême-droite, a permis à Macron de faire face en intensifiant la répression à un niveau jamais connu dans notre pays, assuré qu'il n'y aurait pas de réaction massive de solidarité. Même l'agression policière contre Loïc Prud'homme, député marchant pacifiquement dans une rue, a entraîné peu de protestations des autres forces politiques.

Macron peut penser qu'il a un boulevard devant lui, puisque dans une situation où il aurait fallu un axe fort de solidarité contre la répression, rien n'est venu. Il a en fait été bien aidé par le PS, Hamon et Jadot qui pensant leur heure arrivée ont passé leur temps à nous insulter comme si la FI était leur premier adversaire. Macron a dû se frotter les mains ! EELV vient de découvrir à ses dépends les façons d'agir de En marche avec la campagne polémique lancée contre Michèle Rivasi, 2ème de leur liste européenne. Et si les sondages continuent à les donner en hausse, les attaques redoubleront.

D'autant que les manifestations pour le climat prennent leur essor notamment dans la jeunesse et avec des mots d'ordre assez radicaux. Macron ne peut pas laisser apparaître et se construire un nouveau front de lutte. La répression a d'ailleurs déjà commencé avec de nombreuses gardes à vue pour des militants pacifistes qui ont enlevé le portrait de Macron dans des mairies. Petit rappel : aucune loi ni règlement n'oblige à accrocher le portrait du président de la République dans une mairie.

Dans ce cadre, on peut s'interroger sur la stratégie de maintien de l'ordre utilisée samedi dernier lors du 18ème samedi de mobilisation des gilets jaunes. Les jours précédents, les médias se répandaient sur l'arrivée de black blocs en nombre. La préfecture de police n'a donc pas été prise de court. Or le choix a été fait de laisser faire des casseurs alors que les gilets jaunes nassés par les forces de police et aspergés de gaz lacrymogène, ne pouvaient sortir du périmètre pour ceux qui l'auraient voulu notamment afin de rejoindre la manifestation climat. Il est ensuite facile de les accuser d'être restés !

Plutôt que de désavouer Castaner, le gouvernement a choisi de virer le préfet de police et ses subordonnés immédiats sous prétexte notamment qu'il aurait refusé l'emploi massif des LBD. Or cela semble faux vu le nombre de blessés dont un éborgné ce samedi. Mais la nomination à ce poste du préfet d'Aquitaine, préfet qui a assumé le fait que le député Loïc Prud'homme ait été matraqué, va de pair avec les déclarations va-t-en-guerre du secrétaire d'état à l'intérieur, Laurent Nuñez devant les députés. Après avoir repris les propos absurdes de Castaner « samedi dernier il n'y avait pas 1.500 casseurs mais 10.000 casseurs" soit donc tous les gilets jaunes présents sur les Champs Élysées !!, il a ajouté « Nous partons du principe que ces rassemblements sont des rassemblements d'émeutiers... Nous les disperserons immédiatement et s'il le faut, nous interpellerons massivement"

De son côté le premier ministre menace de poursuites judiciaires « Un certain nombre de personnalités, et je mets personnalités entre guillemets, ont encouragé et légitimé les violences et continuent à le faire sans vergogne. J’ai demandé au ministre de l’Intérieur de saisir systématiquement la justice à leur encontre » en visant notamment certaines figures des gilets jaunes. Nous allons voir si la justice se plie aux desiderata du gouvernement en tordant la loi pour faire entrer des propos de personnalités dans une incitation ou une légitimation de la violence.

L'annonce du passage de 38 euros à 135 euros de la contravention encourue en cas de participation à une manifestation interdite vise à dissuader de manifester en tapant au portefeuille. Cela fait écho aux méthodes qui ont été utilisées pour démanteler les occupations de ronds-points.

Le cadre répressif est donc en place. Outre les gilets jaunes, nous savons que la France Insoumise est une des cibles principales de ce pouvoir. Nous devons en tirer des leçons. Ce gouvernement ne reculera devant rien. Toutes les vannes ont sauté. Et toutes les occasions d'attaque contre la FI seront utilisées, policières, judiciaires, médiatiques à coups de calomnies. Ils feront tout pour limiter notre score aux européennes, notamment en essayant de nous salir. Nous savons donc déjà que nous aurons droit aux accusations sur le Venezuela, Cuba, Poutine bien relayées par les représentants d'En Marche ou par Y. Jadot qui ne rate pas une émission médiatique pour nous taper dessus. Mais ils chercheront d'autres angles d'attaques car nous sommes la seule force politique capable d'être présente avec poids dans les luttes sociales, démocratiques et écologiques. A nous d'éviter de tendre le bâton pour nous faire battre.

Nous n'avons pas besoin de martyr, mais de militants disponibles donc c'est à chaque Insoumis.e de faire attention aux propos qu'il tient. Le temps qui vient est celui des têtes dures, de celles et ceux qui ne se laissent pas intimider, qui n'abandonnent pas la volonté de convaincre autour de soi et d’entraîner toujours plus de monde dans la résistance à ces politiques ultralibérales autoritaires menées par Macron, de celles et ceux qui continuent à se battre pour un monde meilleur sur une planète vivable.