Notre désaccord sur les questions européennes ne se limite pas à cet appel. Alors que pour faire face à la crise économique conséquence de l’épidémie du COVID-19 les députés de la France Insoumise au parlement européen ont proposé que la BCE prête directement aux états à taux zéro au lieu de continuer à prêter aux banques pour qu’ensuite celles-ci prêtent aux états en s’enrichissant au passage par la facturation de taux d’intérêt, les députés de EELV ont voté contre.

Julien monte sur ses grands chevaux parce que Jean-Luc Mélenchon se demande si sa proposition relève du gouvernement d’union nationale ou de la grande coalition pratiquée par les Verts notamment en Allemagne. Alors reprenons son discours au Conseil Fédéral de EELV du 4 avril 2020. Déjà remarquons que avant de donner des leçons d’humilité aux autres il ferait bien de se les appliquer.

Imaginez : hier nous demandions dans le désert des contreparties sociales et environnementales pour les aides aux entreprises comme le CICE et nous passions pour des utopistes. Aujourd'hui les conditions au versement des dividendes sont sur toutes les lèvres, même sur celles du ministre de l'économie. Dans le désert ? De nombreuses forces politiques comme la FI et le PC le demandent depuis le début.

Je ne veux pas faire de procès en insincérité, mais on ne peut pas se reposer sur de simples promesses. Le 'monde d'après' ne pourra pas être inventé par Emmanuel Macron et Édouard Philippe seuls. Il est nécessaire de trouver les modalités pour mettre tout le monde autour de la table.

Justement nous ne croyons pas que Emmanuel Macron et Edouard Philippe, seuls ou pas seuls, soient les personnes idoines avec qui négocier «le monde d’après ». C’est là où est notre désaccord. Nous n’oublions pas le niveau de répression jamais atteint contre un mouvement social en France que ce soit contre les Gilets Jaunes, contre les manifestations contre la réforme des retraites et contre les soignants, ceux-là mêmes qu’aujourd’hui il applaudit hypocritement. Nous n’oublions pas les discours non suivis d’effets pour l’environnement.

Et lorsqu’on étudie les mesures mises en œuvre actuellement, elles sont très concrètes et sans contreparties environnementales pour ce qui est de sauver l’aéronautique et l’industrie automobile. Par contre aucune mesure immédiate pour l’hôpital, les EHPAD et les soignants, sauf des primes temporaires et pour LREM la participation au défilé du 14 juillet ! Les soignants ne demandent pas l’aumône mais une santé publique digne de ce nom et à la hauteur des besoins de la population française.

Comment croire qu’il suffira d’une négociation avec ce président pour que son gouvernement au service des lobbies change d’orientation et encore plus lorsqu’on voit ce qu’ils viennent de voter au au niveau européen. Son refus de nationaliser l’usine Luxfer productrice de bouteilles d’oxygène et actuellement à l’arrêt est très significative. Il ne veut pas d’un précédent qui puisse faire jurisprudence malgré l’urgence sanitaire.

Ce que nous obtiendrons c’est en l’arrachant par la lutte, pas en cherchant à négocier avec un président et un gouvernement qui n’ont eu de cesse de piétiner les syndicats et les associations depuis leur élection ainsi que le parlement à un niveau jamais atteint même sous Sarkozy.

On ne peut que se féliciter de cette presque autocritique sur la participation de EELV aux gouvernements socialistes sous François Hollande. Pour rappel le Front de Gauche, justement parce qu’il avait déjà analysé ce refus de sortir de l’orthodoxie libérale, a refusé d’y participer. Au passage personne ne demande à EELV d’être les supplétifs de qui que ce soit et personne n’a obligé EELV aux alliances avec d’autres forces politiques pour obtenir des élus et des ministres. Bizarre aussi d’affirmer Nulle arrogance ni volonté d'hégémonie de notre part, mais devoir d'entraînement : nous cherchons à créer les conditions d'un basculement politique de grande ampleur après avoir fait du chantage aux têtes de liste aux municipales sous peine de rompre des alliances qui avaient été construites avec d’autres forces politiques.

Drôle de méthode enfin que de vouloir engager un dialogue constructif en maniant l’insulte à l’égard d’une autre force politique et de son président de groupe parlementaire. Julien, tu peux te moquer des résultats de Jean-Luc Mélenchon en disant qu’il a perdu 2 fois l’élection présidentielle. Cela a dû faire rire pas mal de lecteurs en pensant aux scores des Verts. Peux-tu nous les rappeler ? (3,95 % en 1995 1,57 en 2007, 2,31 en 2012 et seul Noël Mamère en 2002 a dépassé les 5 % avec 5,25). Combien a obtenu Yannick Jadot en 2017 ? ah désolée il s’est retiré. Alors quand un candidat des Verts atteindra les 11,1 % ou les 19,58 % de Jean-Luc Mélenchon on en reparlera. Que ça nous plaise ou pas, la constitution de la 5ème République donne tant de pouvoirs au président de la République, encore aggravé avec l’inversion du calendrier électoral et dans le cas actuel avec la majorité écrasante de LREM à l’assemblée, que oui c’est un verrou à toute politique différente. Le nier en se moquant de la place centrale de cette élection est absurde. Il est bien connu que Yannick Jadot ne pense pas tous les matins en se rasant à l’échéance de 2022.

Oui nous assumons tout à fait d’avoir fait des élections législatives une élection nationale couplée à l’élection présidentielle car c’est ce qu’elle est. Et pour ce qui est des conséquences, c’est l’élection de 22 députés (17 FI et 5 PC soutenus dès le premier tour par la FI). Et nous sommes fiers du travail qu’ils abattent y compris pour l’écologie. Dois-je te rappeler que les Verts-EELV n’ont jamais réussi à faire élire des députés en dehors d’alliance avec le PS. Et je peux d’autant plus facilement le rappeler que c’est ainsi que j’ai été élue.

Dans mes dernières années chez les Verts, j’avais souvent coutume de dire que au final ce ne serait pas nos discours qui convaincraient les citoyens mais les faits. Nous y voilà depuis quelques années avec la réalité du réchauffement climatique, de la perte de biodiversité, de l’explosion des maladies liées aux pollutions chimiques etc ...

Il faut s’en féliciter car maintenant le débat n’est plus si c’est réel ou non, même s’il reste ici ou là quelques climato-sceptiques qui n’ont plus aucun poids, mais quoi faire et comment. Et il faut se réjouir que des forces politiques qui hier minimisaient l’importance de l’écologie, comprennent aujourd’hui que c’est incontournable.

De nombreux appels sont parus pour réfléchir à un monde d’après. Beaucoup de propositions sont communes. La France Insoumise a aussi fait des propositions. Tant mieux cela ouvre un débat qui ne peut être que fructueux et EELV doit arrêter avec ses tentations hégémoniques et sa tendance à croire que l’écologie lui appartient, que c’est sa chasse gardée. Oui ce sont les Verts qui ont été la première force politique à alerter sur les dommages créés par l’activité humaine à la planète. Et d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon l’a souvent rappelé pour les féliciter d’avoir été en avance sur toutes les forces politiques. Mais maintenant bien d’autres forces apportent des propositions alors débattons-en d’autant qu’elles recoupent des projets de société totalement différents, entre le capitalisme vert, la relance verte ou l’écosocialisme.

Une partie de EELV, à commencer par Yannick Jadot pendant la présidentielle, a pas mal insulté la France Insoumise sur ses propositions de souveraineté et de planification écologique. Aujourd’hui on voit concrètement ce qu’a donné cet abandon de souveraineté : plus d’industrie pharmaceutique, plus de fabrication du matériel de protection des soignants etc … La souveraineté ne peut pas être qu’alimentaire, elle doit concerner tous les secteurs. Et cela n’a rien à voir avec du nationalisme mais tout à voir avec l’écologie, car il n’y a pas de circuits courts sans souveraineté.

De même la planification écologique a beaucoup été brocardée. Aujourd’hui on voit ce que donne la concurrence entre régions et autres collectivités locales pour se procurer des masques et du matériel pour les soignants. Alors qu’un état stratège aurait été capable d’anticiper et de répartir de façon juste. La planification ce n’est pas le Gosplan mais la projection pensée et organisée de la bifurcation écologique indispensable articulée avec la justice sociale et la prise en main par les citoyens de leur avenir. Pour celles et ceux qui ont envie de dépasser les caricatures, ils peuvent lire la tribune parue dans Le Monde "Après le coronavirus : « Pourquoi ne pas penser aussi à la planification à la française ?" »

Cette différence de projet se traduit forcément sur le plan politique. Vu l’urgence écologique sociale et démocratique, le temps des incitations, des petits pas, des compromis est derrière nous.

"Alors oui, "il faut rompre les rangs". Car plus que jamais l'heure est à tracer des lignes de clivage entre l’écologie d’accompagnement du système et celle de rupture, seule à même d’offrir une possible issue à la catastrophe annoncée. Entre capitalisme vert et écosocialisme. Plus que jamais, nous devons bâtir le monde d'après sur de nouvelles bases, celui d'une écologie populaire partant des besoins de celles et ceux qui ont le moins. Alors avant d'appeler au rassemblement, clarifier déjà votre position, en assumant collectivement qu'écologie et libéralisme étant incompatible il n’y a pas d’issue politique en faisant du charme à En marche et autres centristes en France et en Europe.