Ce texte avait réussi la prouesse de ne jamais citer les énergies fossiles comme responsables des émissions de gaz à effet de serre, ni les émissions liées au transport aérien et maritime mondial. Il conseillait « d’accélérer, d’encourager et de permettre l’innovation pour une riposte mondiale efficace à long terme face aux changements climatiques et au service de la croissance économique et du développement durable. ». La remise en cause de cette course à la croissance mortifère en termes d’émissions de gaz à effet de serre était totalement absente. Les terres agricoles et les forêts étaient réduites à des « puits et réservoirs de carbone », l’agriculture industrielle n’était pas remise en cause et la défense du libre-échange passait par l’acceptation des accords commerciaux internationaux type TAFTA,

Les derniers chiffres connus sur le réchauffement climatique, ceux de novembre, indiquent une augmentation moyenne de la température mondiale de 1,2°C. Nous en voyons déjà les conséquences : sécheresses (Brésil, Argentine, Paraguay, Chili) provoquant un déficit de ressources en eau et des mégas feux en Australie, Amazonie et Californie ; inondations records en Asie et Afrique ; 2 fois plus de cyclones que la moyenne dans l’Atlantique nord et d’intensité plus forte ; des millions de personnes déplacées.

En Europe une étude menée par Oxfam montre que les Européens les plus riches sont responsables de 27 % des émissions, celles des 10 % les plus riches ayant augmenté de 3 % entre 1990 et 2015 et celle des 1 % les plus riches de 5 %. Pendant ce temps, celles des 50 % les plus pauvres ont baissé de 24 % et celles des 40 % de revenus moyens de 13 %. Les inégalités sociales se doublent d’inégalités environnementales. Les riches polluent beaucoup plus que les pauvres, ce sont donc eux qui doivent en premier modifier leurs modes de consommation.

En prévision du Sommet de l’ambition climatique qui aura lieu le 12 décembre, la Commission européenne a proposé de renforcer les engagements pris en augmentant l’objectif de réduction des émissions de GES de moins 40 % à moins 55 % en 2030 (le Parlement européen a voté pour une baisse de 60%). Or entre 1990 et 2019 ces émissions n’ont diminué que de 24 % au sein de l’UE (hors Royaume-Uni).

Pour la France cela impliquerait de réduire ses émissions de – 45 % par rapport au niveau de 2019 selon Negawatt or entre 1990 et 2019, elles n’ont diminué que de 19 %.

De plus repousser sans cesse la réduction des émissions tout en maintenant l’objectif de la neutralité carbone en 2050 signifierait un effort gigantesque de réduction entre 2030 et 2050. Il est donc plus réaliste de commencer dès maintenant.

En comparant les engagements pris et leur mise en œuvre le rapport du PNUE (programme des Nations Unies pour l’environnement) conclue : « le monde n’est absolument pas sur la bonne trajectoire pour combler ce fossé et pour respecter les objectifs de l’accord de Paris ».

La crise sanitaire, malgré la baisse attendue de 7 % des émissions en 2020, n’aura qu’un effet négligeable sur le réchauffement climatique compte tenu de la durée de vie des GES. Pire si la relance s’accompagne d’une explosion de la consommation d’énergies carbonées nous irions vers une hausse des températures entre 3° et 4° C. Pourtant la tendance pourrait être inversée.

Pour cela il faut s’en donner les moyens concrets et donc planifier très précisément cette baisse des émissions de GES. Les secteurs concernés sont connus : énergies, transports, agriculture et utilisation des sols … Les solutions aussi à condition ne pas chercher à contourner les décisions courageuses par des fuites en avant technologiques de géo-ingénierie ou des impasses comme le piégeage du CO2 par les océans pourtant déjà saturés ou la relance du nucléaire tel que continue à le prôner E . Macron alors que le fiasco des EPR est éclatant.

Ayant présidé la COP 21 qui a abouti à cet accord, on aurait pu imaginer que la France allait soutenir une politique exemplaire. Il n’en a rien été et les politiques menées par l’actuel président tournent le dos à toute amélioration. Le plan de relance profite aux secteurs aérien et automobile sans contreparties environnementales de même que la suppression de l’impôt de production pour toutes les entreprises. Rien n’est prévu pour aider à sortir de l’élevage industriel et les aides à la rénovation thermique du bâti ne sont toujours pas à la hauteur.

Macron comme toujours nous explique que la France fait mieux que ses voisins. Ses permanentes vantardises deviennent fatigantes face à la réalité que sont la baisse du budget du ministère de l’environnement, la dislocation de l’ONF, le démantèlement programmé de EDF, la privatisation du rail, l’abandon des ressources industrielles qui nous permettraient justement de faire face aux nécessités de la bifurcation écologique (General électric …) avec leur délocalisation synonyme d’exportations des émissions de GES et l’abandon des promesses faites à la Convention citoyenne pour le climat.

La planification proposée par la France Insoumise vise à répartir, après un débat démocratique, et sur la base de la justice sociale, les efforts à faire par chaque secteur et chaque région pour aboutir à cette neutralité carbone en 2050. Il y a urgence à agir résolument pour cette bifurcation sinon la vie sur terre deviendra intenable. Mais cela suppose de rompre avec le système productiviste actuel, de démontrer qu’on peut modifier nos modes de consommations en supprimant l’inutile et les gaspillages et vivre dans une société de sobriété heureuse qui au lieu de courir derrière la croissance mette l’humain au poste de commande.