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A l'heure où beaucoup de Parisiens se préparent à arpenter les allées du Salon de l'agriculture, j'ai visité jeudi la ferme bio de la Réome de Michel Picoche à Saint Just, en Côte d'Or. Je dois ouvrir mardi le forum du Front de Gauche sur l'agriculture, dans le cadre de l'élaboration du programme partagé, et cela fait du bien de confronter ses propositions aux réalités concrètes.

Sur 130 hectares de terres dont 110 de terres labourables, depuis le milieu des années 80, cette ferme élève moutons et chèvres, et produit les céréales nécessaires pour les nourrir. Alors que la filière élevage est globalement en crise, ce type de ferme bio avec autoproduction des céréales nécessaires à l'alimentation des animaux engraissés à la ferme s'en sort un tout petit mieux, car elle n'est pas dépendante des fluctuations du prix des céréales. Mais même ainsi, l'éleveur a des revenus peu élevés car les prix de vente de la viande couvrent juste le prix de production, et encore heureusement qu'il y a les subventions européennes dans le cadre de la PAC pour financer les investissements.

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Venant de la ville, j'ai évidemment dans la tête circuits courts, vente directe aux consommateurs, cantines bio, AMAP. Seulement voilà, pour la viande ce n'est pas si simple, parce que l'éleveur veut vendre toute sa bête et pas seulement les morceaux qui sont les plus consommés, car sinon, que ferait-il des morceaux restants ? De même à la remarque sur la hausse du prix du diesel, ma réponse d'écolo a jailli : mais pourquoi ne faites-vous pas du colza pour l'utiliser comme carburant pour le tracteur ? Seulement voilà, le colza en bio ce n'est pas facile, et vu le climat de la région, ce n'est pas la plante la plus intéressante pour la rotation des cultures.

Nous parlions relocalisation de l'économie et circuits courts, lorsque Michel Picoche m'a expliqué le problème de l'abattage. La plupart des abattoirs locaux ont fermé. Avant le plus proche était à 20 kilomètres mais il a arrêté de travailler avec les éleveurs indépendants et ne fournit plus que la grande distribution. Puis celui situé à 50 kilomètres a fermé, obligeant maintenant à faire 80 kilomètres. Ce qui fait un aller-retour pour amener les animaux, un aller-retour pour récupérer les carcasses découpées. Total : 320 km, qui ont un coût économique en carburant, et un coût environnemental en termes d'émissions de gaz à effets de serre ! Sans compter le stress des animaux.

En bref, une aberration totale.

Leçon de cette visite sur le terrain : il ne suffit pas de répéter des discours tout faits, faut-il encore s'assurer que cela coïncide avec les réalités. Ainsi à la question "mais que peut-on faire pour ce problème d'abattoir, sachant qu'ils doivent répondre à des normes très strictes ?", réponse de Michel Picoche : "faire comme dans les pays nordiques : avoir des abattoirs itinérants." Si j'avais entendu cette proposition dans une réunion en salle, peut-être que je ne l'aurais pas prise au sérieux. Mais en l'écoutant, tout en visitant la ferme et en intégrant par là même un peu plus concrètement les problèmes, la réponse apparaît de bon sens. Après tout, cela évitera de faire faire des kilomètres aux animaux et compte tenu du nombre plus réduit d'éleveurs, de nos jours, cela peut apparaître comme une meilleure réponse que de dire qu'il faut rouvrir de nombreux abattoirs qui n'auraient pas une activité suffisante.

Pour terminer nous avons devisé autour d'un fantastique jus de pomme bio fait à la ferme, moi qui adore cela.

Bilan : ne pas asséner des certitudes sans vérifier concrètement leur pertinence.