Samedi, 21 juin 2014

L’Argentine refuse de céder aux fonds vautours et elle a raison

En 2001, ce pays fait faillite et la seule option pour les créanciers privés est d’accepter une négociation avec abandon de 70 % du montant de la dette.

Mais des fonds spéculatifs, représentant 7 % des créanciers, ont refusé cette décote.

Cependant ceux qui finalement vont attaquer en justice ne sont pas ceux qui avaient prêté à l’Argentine. Le principal est le fonds Elliott, fondé par le milliardaire américain Paul Singer, et qui a pour spécialité la spéculation sur le rachat de titres de dette, notamment de pays pauvres, lorsqu’ils sont au plus bas. Il l'a fait précédemment avec le Pérou. Membre et gros financeur du Parti Républicain américain, porter préjudice à l’Argentine est devenu pour lui une obsession. Il le dit clairement : il veut faire échouer Cristina Kirchner.

Il a donc racheté des titres de dette pour une valeur de 48,7 millions de dollars et a ensuite exigé, non seulement le remboursement des titres achetés, mais qui plus est à leur valeur d’origine avant la décote, soit 832 millions ! Il vient de recevoir le soutien de la Cour Suprême des Etats-Unis !

Au total le jugement condamne l’Argentine à payer 1,4 milliard de dollars à 2 fonds spéculatifs. Mais d’autres fonds avaient eux aussi refusé la restructuration de la dette et pourraient donc s’appuyer sur ce jugement pour exiger le même traitement. Dans ce cas ce sont 15 milliards de dollars supplémentaires qui devaient être déboursés. Or le pays n’a pas les moyens de débourser une telle somme. Cela veut dire la faillite.

Ce jugement illustre bien comment le droit américain est conçu pour assurer la domination de l’oligarchie financière.

Il préfigure ce qui pourrait arriver si le GMT venait à se mettre en place avec le système des tribunaux d’arbitrage qui permettrait à de tels fonds vautours ou à des multinationales d’attaquer les états au seul profit de la finance.

Cela menace aussi tout pays qui voudrait renégocier sa dette. Ainsi à l’avenir d’autres fonds pourraient refuser tout effacement de leurs créances et empêcher par là-même tout plan de restructuration financière. Plusieurs pays d’Europe peuvent donc se retrouver dans cette situation, d’autant que les plans d’austérité imposés par la troïka européenne ont pour principale conséquence de faire envoler la dette dans les pays concernés, Grèce et Espagne par exemple.

Nous sommes donc totalement solidaires du gouvernement argentin dans son refus d’appliquer la sentence car cela créerait un précédent extrêmement dangereux. Plus aucune politique d’indépendance nationale ne serait alors possible, rendant les peuples dans l’incapacité de défendre leurs intérêts.

Mercredi, 8 décembre 2010

Procès de la dictature chilienne à Paris

Tant d'années à attendre, pour qu'enfin un procès se tienne contre l'impunité dont ont profité les militaires chiliens ! Certes, Pinochet est mort sans être jugé. Certes, les militaires mis en cause dans le procès qui vient de s'ouvrir aujourd'hui à Paris ont préféré la politique de la chaise vide et seront jugés selon la procédure "de défaut criminel", qui a remplacé la contumace. Mais il était important que ce procès ait lieu, pour les familles, afin que soit enfin reconnues publiquement la disparition de leur proche et la responsabilité de la dictature militaire, et plus largement pour toutes les victimes chiliennes.

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En effet, les très nombreuses victimes des dictatures latino-américaines ont rarement été reconnues comme telles et des lois d'amnistie ont été imposées comme conditions pour le retour à la démocratie. Le combat politique, pour que les crimes commis par les forces de répression pays par pays et à l'échelle de l'Amérique Latine notamment dans le cadre du plan Condor soient jugés, reste d'actualité - comme la recherche des disparus.

Mais c'est aussi un signal dans le cadre de la lutte contre l'impunité en Amérique Latine et plus largement, surtout au moment où de nouveau des pays de cette région ont vu réapparaître des coups d'État (Honduras) ou des tentatives comme en Équateur.

Les familles de quatre Français disparus au Chili et en Argentine, entre 1973 et 1976, du fait de la répression menée par Pinochet, ont donc obtenu que se tienne un procès pour "séquestration suivie d'actes de torture et de barbarie". Aux côtés des proches de Georges Klein, Étienne Pesle, Alphonse Chanfreau et Jean-Yves Claudet, les parties civiles sont l'Association d'ex-prisonniers politiques chiliens - France (AEXPPCH - France), la Corporation de Promotion et Défense des Droits du Peuple (CODEPU, Chili), France Amérique Latine, la Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH) et la Ligue des Droits de l'Homme. J'ai été honorée d'accueillir ces militant-e-s à l'Assemblée nationale le 30 octobre, pour un colloque faisant le point sur la préparation du procès.

Ces dossiers ont été retenus parce qu'il s'agit de ressortissants français, condition pour que le procès puisse avoir lieu à Paris, et parce que les familles ont déposé plainte. Mais à travers ces quatre disparitions, autant d'aspects différents de la répression exercée par la dictature chilienne tout au long de son règne seront mis en lumière : contre les proches d'Allende au palais de la Moneda dès le coup d'État du 11 septembre 1973, contre les acteurs de la réforme agraire, contre les militants politiques participant à la résistance, et enfin dans le cadre du plan Condor à l'échelle de l'Amérique du Sud. Je vous propose en téléchargement la note rédigée par les parties civiles ainsi que le dossier de presse. Ces documents présentent chacun des quatre disparus, les accusés, et un bref historique des poursuites judiciaires.

Un rassemblement de soutien aux victimes était organisé aujourd'hui, place Saint Michel, entre 11h et 14h. Vous pourrez rejoindre les deux rassemblements suivants, prévus au même lieu, à la même heure

  • le lundi 13 décembre,
  • le jeudi 16 décembre.

Et pour toutes celles et ceux qui ont participé à la solidarité avec le Chili dans ces années noires de la dictature ou tout simplement pour les plus jeunes qui veulent s'informer, manifester leur solidarité, nous pourrons nous retrouver le vendredi 17 décembre à partir de 17h à la mairie du 3e arrondissement, pour un compte-rendu du procès suivi d'une soirée festive. Pierre Aidenbaum, que je remercie d'avoir accepté d'accueillir cette rencontre, sera bien entendu présent.

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