12.05.05-plainte_contre_le_CC.jpg

Maya Surduts nous a quittés aujourd'hui. Je la connaissais depuis son retour en France et son arrivée au groupe Révolution ! en 1972.

Maya faisait partie dans les années 70 de ce qu'on appelé à l'époque le courant lutte de classes du mouvement des femmes, notamment autour du journal "Femmes en Lutte" édité par Révolution ! puis l'OCT.

Elle devint une des grandes figures de la lutte pour les droits des femmes.

D'abord la lutte pour le droit à la contraception et à l'IVG qu'elle mènera avec le MLAC puis plus tard la CADAC.

Puis la lutte contre les violences faites aux femmes à partir de 2004. C'est grâce à la mobilisation lancée par le CNDF (Collectif national des droits des femmes) dont Maya était un pilier, et notamment à la pétition exigeant qu'une loi cadre soit inscrite à l'ordre du jour de l'assemblée, qu'une loi contre les violences faites aux femmes verra le jour et sera adoptée en juillet 2010 par le parlement.

Maya

J'ai beaucoup de respect pour elle car dans les moments de reflux elle n'a jamais baissé les bras. Si une permanence du mouvement de femmes s'est maintenue en France pendant toutes ces années, on le doit beaucoup à Maya. Toujours vaillante, sur la brèche, prête à nous houspiller lorsqu'elle trouvait qu'on était pas assez à l'offensive. Pour cela je lui ai toujours pardonné ces "coups de gueule". C'était une femme libre et totalement désintéressée.

Maya est surtout connue comme figure féministe mais elle était aussi une défenseuse de la laïcité, convaincue que c'était la seule façon de garantir les droits des femmes.

Ces dernières années, lors de nos repas réguliers dans un restaurant où elle adorait manger du tajine, elle me disait souvent son angoisse face à la montée des forces d'extrême-droite dans divers pays d'Europe. Marquée par son enfance pendant la guerre et le nazisme, elle désespérait de voir que nous n'arrivions pas à construire en France une force capable de résister à la montée du FN et aux obscurantismes religieux dont les premières victimes sont toujours les femmes.

C'est douloureux d'imaginer que demain elle ne sera plus là pour continuer à nous secouer. Au delà de perdre une camarade de lutte, je perds aujourd'hui une amie.

PS : Il n'est pas facile de trouver des photos de Maya car elle n'aimait pas trop être prise en photo. Celle-ci a été prise lors du dépôt de plainte contre le Conseil Constitutionnel pour son abrogation de la loi contre le harcèlement sexuel en mai 2005.