Avant-hier 1er mai, avait lieu comme chaque année dans tous les pays du monde la manifestation pour les droits des travailleurs. A Paris, 250 000 personnes ont participé à un cortège syndical hyperdynamique. Cette manifestation du 1er mai se fait aujourd'hui en France dans le cadre d'un jour férié, chômé, payé, inscrit comme tel dans le Code du travail depuis 1947.

Mais à la fin du 19e siècle (à compter de 1890 au plan international) et jusqu'en 1919, où le 1er mai fut reconnu par la loi comme jour chômé, ne pas travailler en ce jour voulait dire faire grève et manifester, notamment pour la journée de huit heures. En 1886 à Chicago, puis en 1891 à Fourmies, dans le Nord, plusieurs grévistes sont tués par les forces de l'ordre.

Cette date est donc chargée d'histoire. Cela rend d'autant plus indécente la volonté de Nicolas Sarkozy de s'approprier cette date en utilisant qui plus est le terme aux relents pétainistes de "vrai travail".

Avant-hier, donc, se tenait à Paris une manifestation à l'appel d'une intersyndicale (CGT, CFDT, Solidaires, UNSA, FSU), soutenue par des partis politiques. La capitale a par ailleurs connu deux rassemblements politiques : l'un de l'extrême-droite, l'autre de la droite extrêmisée. Dans le discours prononcé à cette occasion par Nicolas Sarkozy, et dans les commentaires de certains de ses ministres, un vocabulaire récurrent dans l'histoire de la droite anti-sociale est de retour. En osant dire "poser le drapeau rouge et servez la France", en exaltant "les racines chrétiennes de la France", en faisant appel à "ceux qui aiment vraiment la France", Nicolas Sarkozy reprend de fait le vieux discours de l'anti-France. Tous ceux qui manifestent, tous ceux qui se battent pour la défense des droits des travailleurs, ne serviraient donc pas la France ? Mais qui s'expatrie à l'étranger pour ne pas payer d'impôts ? Qui délocalise les entreprises hors de France pour moins payer les salariés et ne plus être soumis à des normes environnementales et sanitaires trop contraignantes ?

Alors oui, la légitimité, mardi 1er mai, était du côté du cortège syndical. De nombreux citoyens avaient décidé de se joindre à cette manifestation pour dire eux aussi, Sarkozy dehors ! Et non seulement ils avaient le droit de le faire, mais en plus ils avaient raison.

Derrière les syndicats, le Front de Gauche a défilé, dans un cortège joyeux et nombreux. Combien de personnes sont venues me dire leur gratitude au Front de Gauche de leur avoir redonné le goût de se battre, la joie d'être là, la volonté de ne plus rien céder.

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Mais ce président qui essaie de s'approprier la France, n'a même pas jugé de sa responsabilité de président de la République d'honorer de sa présence les cérémonies en mémoire des déportés lors de la journée du Souvenir, dimanche dernier. Par contre, outre le ministre des Anciens combattants, ce qui est normal dans une telle cérémonie, nous avons eu le droit pour la première fois en dix ans à la présence d'un autre membre du gouvernement, le secrétaire d'État au Commerce extérieur. Quel rapport ? Aucun. Sauf que nous sommes peu de temps avant les élections législatives et que visiblement Pierre Lellouche a jugé qu'être présent pouvait lui être utile. Et pourtant, bien qu'il ait été député de Paris avant sa nomination au gouvernement, personne ne l'avait jamais vu à cette cérémonie depuis 1995.

Pour ma part, après avoir assisté le matin à la cérémonie dans le 3e arrondissement, je participais comme depuis 2002 à la cérémonie nationale, au Mémorial de la Shoah, puis au Mémorial de la Déportation. C'est toujours pour moi un moment d'émotion qui me renvoie à mon histoire familiale. Cette année, ce fut encore plus marqué, puisque parmi les derniers résistants présents se trouvait mon père, résistant déporté à Neuengamme, et l'un des peu nombreux rescapés...