Des menaces sur son devenir, l'Hôtel-Dieu n'a cessé d'en connaître depuis quelques années. Ses locaux font l'objet de bien des convoitises, mais la mobilisation commune des personnels, des usagers et des élu-e-s avait permis de le préserver.

Ça recommence !

Cette fois, c'est la directrice générale de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris en personne qui souhaite y implanter le siège de l'AP-HP. Objectif : réaliser une opération immobilière en vendant les différents bâtiments qui abritent aujourd'hui les services administratifs de l'AP-HP. Les syndicats la soupçonnent de vouloir, au passage, de tailler dans les effectifs. C'est l'application des dogmes libéraux dans toute leur splendeur : réduction des dépenses publiques à tout prix et bradage du patrimoine pour remplacer un peu des recettes pérennes supprimées par idéologie par des recettes immédiates mais sans lendemain.

Nous ne tomberons pas dans le piège consistant à opposer entre elles différentes catégories de personnel, toutes indispensables au bon fonctionnement des hôpitaux publics, et les syndicats veillent à maintenir la nécessaire unité dans la mobilisation. Mais tout le monde s'accorde pour constater que pour l'hôpital du centre de Paris, l'accueil dans ses murs de 1 400 personnels administratifs (à effectifs constants), ou même de 700 (si les pires craintes des syndicats sont fondées, ce qui est hélas plausible) signifie une profonde remise en cause du projet médical. Pourtant, l'Hôtel-Dieu présente des particularités intéressantes et bénéficie de solides atouts.

Le 2 mars, j'ai écrit au président de l'Agence régionale de santé pour défendre l'Espace santé jeunes Guy Môquet, créé par le Docteur Dinah Vernant, et dirigé maintenant par le Docteur Thomas Girard. Les services rendus à un public très précaire sont tels qu'il a été un temps question de créer une structure par département, sur le modèle de cette unité médicale de l'Hôtel-Dieu. Le débat à l'Assemblée avait tourné court, déjà sous des prétextes budgétaires absurdes, qui ne mesurent pas tous les gains pour la société d'investir dans la santé publique.

Au-delà de ce service, j'avais été alertée sur l'incohérence qu'il y a à prétendre maintenir les urgences en retirant tout ce qui leur permet de fonctionner de manière performante. Il semble bien qu'une stratégie de grignotage soit à l'œuvre, avec à terme une fermeture pure et simple, mais qu'il ne faudrait pas annoncer trop brutalement pour ne pas provoquer de réaction aussi forte que précédemment.

L'enjeu est considérable : à ce jour, les personnels de l'Hôtel-Dieu assurent dans l'année 120 000 urgences, 350 000 consultations, 35 000 hospitalisations. Il est plus que temps de donner un coup d'arrêt aux coupes claires dans les budgets publics consacrés à la santé, à la course à la rentabilité financière au détriment de l'efficacité du service rendu, aux décisions bureaucratiques qui vont à l'encontre des intérêts du public et des prescriptions des personnels.

Du fait d'un déplacement programmée depuis plusieurs semaines, j'ai dû me contenter de me faire représenter à la réunion publique organisée en urgence mardi à la mairie du 4e. Mais bien entendu, je vous invite à rejoindre la mobilisation en cours. Le blog L'Hôtel Dieu, hôpital d'avenir a été relancé pour diffuser les informations.

La journée nationale de mobilisation "Santé en danger", le 2 avril, à l'appel des États Généraux du Service Public, constituera un rendez-vous important. En Ile-de-France, une manifestation quittera la Bastille à 14h30. Un départ commun de Paris centre se prépare, depuis le parvis de l'Hôtel-Dieu. Je préciserai dès que les détails seront connus.

Il faut rappeler que selon la Fédération hospitalière de France, l'hôpital public a perdu 9 800 emplois entre 2008 et 2009, dont 3 648 en Ile-de-France. Et encore, pour la seule AP-HP, 2 500 postes d'infirmières sont budgétés mais vacants. Les conditions de travail se dégradent à un tel point que des personnels qualifiés finissent par se tourner vers le privé.

Avant cette grande mobilisation unitaire, l'avenir de l'hôpital public sera au cœur des débats, lors de la réunion publique sur la santé organisée par le Front de Gauche Paris centre du 29 mars, à 19h, au local du PCF 4e (19, rue du Pont Louis-Philippe), autour

  • du Docteur Jean-Louis Pourriat, directeur des urgences de l'Hôtel Dieu ;
  • de Catherine Mills, membre du conseil national du PCF, spécialiste des questions de santé ;
  • de Cécile Lhuillier membre de la commission des droits sociaux d'Act'up.