Cet après-midi, l'Assemblée doit débattre de la proposition de résolution "réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution". Je l'ai cosignée, comme des député-e-s de tous bords, mais je ne serai pas en séance. En effet, nous n'avons su la date d'examen de ce texte que la semaine dernière, alors qu'il a été déposé en juin ! Impossible dans de telles conditions de gérer son agenda correctement. Je ne pouvais remettre en cause d'une semaine sur l'autre l'engagement que j'avais pris de prendre part à un débat à Pau...

Ne déplaise aux critiques, cette proposition de résolution entend rompre avec les réponses sécuritaires à la prostitution, qui ne pénalisent que les prostitué-e-s, c'est à dire les victimes. Je reste opposée à la loi sur le racolage passif de 2003, qui a eu pour seul effet de rendre moins visible la prostitution, et de rendre les prostitué-e-s encore plus précaires et en danger. Les réseaux de traite, en particulier ceux exploitant des jeunes femmes d’ex-Yougoslavie, du Nigeria ou de Chine, se sont développés et se maintiennent par la peur des représailles, notamment sur les familles restées au pays. Les aides qui leur sont accordées en cas de dénonciation des proxénètes sont dérisoires : une carte temporaire de trois mois mais pas de protection réelle et suffisante.

Peu d'hommes se prostituent, mais les clients sont des hommes, et dans l'immense majorité des cas, ils ne sont pas « dans une misère affective et sexuelle ». Ce sont les clients qui font que la prostitution perdure. Une vision archaïque des rapports hommes-femmes prétend que les hommes auraient des besoins sexuels irrépressibles et devraient les assouvir ; il est plus que temps de sortir de telles représentations.

L'argument de la limitation des viols que permettrait la prostitution ne tient pas plus la route. La grande majorité des viols est le fait de proches.

Quant à la prostitution « par choix », qui concerne-t-elle vraiment ? Qui se prostituerait, sans subir de problèmes financiers ? Je ne tombe dans aucun moralisme : une femme peut avoir des partenaires multiples si elle le souhaite, ça ne regarde pas la société. Mais si c'est en échange d'argent, cela prend une autre signification sociale : la prostitution ne peut être une réponse à la précarité financière et à la pauvreté.

La protection des femmes prostituées, leur santé, leurs droits, doivent faire l'objet d'une politique d’accompagnement. Mais il est impératif de leur proposer un autre avenir. Et ce ne sont pas elles qu'il faut réprimer, mais les clients, si l'on veut au moins faire reculer la prostitution.