Pas de jours disponibles pour écrire sur ce blog. Il faut dire que l'actualité s'est accélérée, laissant peu de temps à l'écriture.

D'abord l'occupation de l'immeuble d'Axa du 22 avenue Matignon dans le triangle d'or du pouvoir par Jeudi Noir. Quel malicieux clin d'œil ! Je m'y suis rendue le vendredi 7 janvier au matin, avec nombre d'autres élus, pour l'annonce officielle de l'ouverture du squat. A vrai dire, nous avons bien cru que la police allait casser les vitres pour entrer. Il s'en est fallu de peu, comme cela m'a été confirmé.

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au 22, avenue Matignon
avec Ariane Calvo et François Longérinas
photo : Stéphane Burlot

Mais la présence de nombreux élus - parlementaires nationaux, européens, conseillers régionaux, conseillers de Paris, maires adjoints de Paris, d'arrondissements - plus une marée de journalistes, dont beaucoup avec des caméras, ont quand même fait reculer le gouvernement devant ce qui aurait été pour lui une catastrophe médiatique. La LOPPSI 2 n'est heureusement pas encore adoptée : Jeudi Noir ne peut donc être expulsé que sur décision de justice. Or, pour le moment Axa préfère négocier plutôt que de demander l'intervention des forces de l'ordre, à la grande fureur du gouvernement. Devant la situation – des forces de police filtrant les entrées dans le bâtiment – j'ai envoyé avec les élus de Paris du Parti de Gauche, une lettre ouverte au préfet de police. Vous pouvez signer en ligne la pétition de soutien.

Les manifestations et meetings se sont multipliés en soutien au peuple tunisien en lutte. On criait avec force « Ben Ali dehors ! », suivant avec angoisse l'évolution de la situation en Tunisie en voyant le nombre de blessés et de morts augmenter. On s'est demandé si Ben Ali avait bien pris la mesure de la situation lorsqu'il a annoncé qu'il ne se représenterait pas en 2014 ! Et la nouvelle est tombée vendredi. Il s'était enfui. Gloire au peuple tunisien qui s'est débarrassé du tyran grâce à un mois de mobilisations ! Le fruit était mûr. Il suffisait de secouer l'arbre pour qu'il tombe. Qui l'aurait cru ? J'insiste sur ce point, parce que parfois on élabore de grandes théories sur ce qu'il faut faire et un élément imprévu, comme ce chômeur réduit à vendre à la sauvette et qui s'immole pour dénoncer le harcèlement et l'arbitraire de la police, provoque un mouvement que personne n'aurait imaginé.

En tant que Français, nous ne pouvons que souhaiter au peuple tunisien de construire un État démocratique, laïque, sans corruption et avec moins d'injustices sociales. Immédiatement, nous devons être vigilants sur la confiscation des biens de Ben Ali et de sa famille et leur restitution au peuple tunisien.

Le mois de janvier est traditionnellement celui des vœux. Comme chaque année, le président de la République prononce ses vœux aux parlementaires. Avec mes collègues communistes, citoyens et du Parti de Gauche, nous avons choisi de ne pas y assister cette année. Nous ne voulions pas participer à une mascarade orchestrée par un président qui ne cesse de fouler aux pieds le Parlement et la démocratie. Il faut rappeler que c'est quand même sur ordre de l'Élysée que le président de l'Assemblée Bernard Accoyer a refusé les explications de votes des députés lors du débat sur les retraites.

Jeudi fut aussi la journée des vœux du Parti de Gauche à la presse. Puisque le PG a choisi d'avoir une co-présidence, nous avons, Jean-Luc Mélenchon et moi, fait le choix de présenter ces vœux en duo. Vous pouvez retrouver ces vœux en vidéo ci-dessous.

Ceux présentés par Jean-Luc :



et les miens :



Je voudrais à ce propos répondre à celles et ceux qui m'interpellent par leurs commentaires sur les passages dans les médias. Malheureusement, ce sont les médias qui décident qui ils invitent. Et même si Jean-Luc Mélenchon essaie de se faire remplacer, les médias refusent dans l'immense majorité des cas : c'est lui ou personne. Cela va même plus loin. Ainsi le communiqué du PG de réaction au discours de François Fillon engageant la responsabilité de son gouvernement était signé de nos deux noms. Seul le nom de Jean-Luc Mélenchon a été repris. Voilà la réalité des médias, les mêmes qui ensuite ne se gênent pas pour critiquer la prétendue personnalisation du Parti de Gauche autour de la figure de Jean-Luc Mélenchon.

Vendredi, des bonnes nouvelles : Samana Tshibuyi retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau est enfin libéré et le centre IVG de Tenon devrait rouvrir. Dans les deux cas, la mobilisation aura payé.

Samedi, d'un côté une manifestation pour fêter la chute de Ben Ali, de l'autre une contre la loi LOPPSI 2. Deux combats pour défendre les libertés. Deux cortèges qui se sont rejoints place du Châtelet.

Le projet du gouvernement contenu dans la loi LOPPSI 2 est une véritable atteinte aux libertés individuelles et collectives. Catalogue de mesures sécuritaires, la LOPPSI 2 c'est notamment la possibilité d'expulser les logements jugés « non conformes » sous 48h et sans décision de justice. Les préfets, aux ordres du gouvernement, pourront ordonner des expulsions du jour au lendemain alors que jusqu'à présent la justice prenait le temps d'écouter toutes les parties et ne prononçait pas systématiquement l'expulsion.

La LOPPSI 2, c'est aussi le développement de la vidéo-surveillance et des entreprises de sécurité privées. Le préfet pourra même imposer des caméras de surveillance contre l'avis des municipalités. De plus, le gouvernement n'hésite pas à confier le domaine de la sécurité aux entreprises privés qui y voient un marché juteux.

Le projet du gouvernement s'attaque également à la spécificité du droit pénal des plus jeunes. En instaurant la comparution immédiate pour les mineurs, le gouvernement revient sur le fonctionnement propre au tribunal pour enfants. Jusqu'à présent, un mineur devait passer devant le juge des enfants afin que son parcours puisse être étudié en détail. Cela ne suffit pourtant pas à Christian Estrosi qui veut encore une nouvelle loi, cette fois-ci pour en finir définitivement avec l'ordonnance de 1945 de protection des mineurs.

Au nom de la lutte contre la pédophilie, combat tout à fait nécessaire, le gouvernement est également revenu à la charge et a réussi cette fois à imposer le filtrage d'internet.

En résumé, la LOPPSI 2 est un fourre-tout législatif bien dangereux pour nos libertés publiques.